16 juillet 1888.

Je tiens à dire, avant tout, que M. Alphonse Daudet n'a rien fait de

plus brillant, de plus crépitant ni de plus amusant; rien où

l'observation des choses extérieures soit plus aiguë ni l'expression

plus constamment inventée; rien où il ait mieux réussi à mettre sa

vision, ses nerfs, son inquiétude, son ironie... Un livre comme

celui-là, c'est de la sensibilité accumulée et condensée, une bouteille

de Leyde littéraire. Le plaisir qu'il vous fait est presque trop vif; il

s'y mêle un peu du malaise qu'on éprouve les jours d'orage; on dirait,

en feuilletant cette prose de névropathe, qu'il vous part des étincelles

sous les doigts.

Ceci dit, et pour avoir le droit d'admirer tranquillement tout à

l'heure, je commencerai par un paquet d'objections. Toutefois, il y en a

une que tout le monde a faite et que je ne formule à mon tour que pour

l'écarter aussitôt.

L'_Immortel_ est un roman de moeurs parisiennes et en même temps une

très violente satire de l'Académie. C'est là-dessus qu'on a réclamé. On

a dit, ou à peu près:

--Voilà qui est, en vérité, bien outré et bien peu philosophique; et

l'Académie inspire à M. Alphonse Daudet des moqueries, des colères et

des indignations singulièrement disproportionnées. Il y a, parmi, les

académiciens, des médiocres qui arrivent par le respect et parce qu'ils

ne portent ombrage à personne? Il y en a qui arrivent par l'intrigue, la

flatterie, ou des influences de salons et des manèges féminins? Mais

quoi! Cela se voit partout, même, il paraît, dans la politique.--Il y en

a qui gardent le goût des femmes, voire des petites femmes, jusque dans

un âge avancé? C'est que les académiciens sont des hommes.--Il y en a

qui sont laids? C'est que la nature capricieuse n'a pas donné à tout le

monde de noirs cheveux bouclés, un nez d'une fine courbure, de longs

yeux, une tête charmante et toujours jeune de roi sarrasin.--Il y en a

qui sont infirmes et cacochymes? C'est que l'Académie ne garantit point

contre les inconvénients de la vieillesse... Et encore ils sont bien

trente sur quarante qui sont à peu près valides, et vingt qui ont un

physique présentable, et trois ou quatre qui ont de beaux profils

romains.--Il est absurde et scandaleux qu'une compagnie proprement

littéraire et qui, par définition, doit compter «dans son sein» les

meilleurs écrivains du temps, soit à ce point encombrée de médiocrités,

et il y a pas mal de ces bonshommes à qui on aurait envie de fourrer

dans les narines les branches de persil qu'ils portent sur leur collet?

Mais non: il y en a une bonne moitié qui sont incontestablement des

esprits ou des talents supérieurs (ce qui est une jolie proportion!), et

les autres sont tout au moins de bons lettrés et, je suppose, d'honnêtes

gens. Je ne vous dirai pas que «l'Académie est un salon», parce que je

crois que ce mot est une bêtise, et parce qu'il ne nous importe

nullement que trente-neuf messieurs très bien élevés se rassemblent de

temps en temps pour causer avec politesse au bout du pont des Arts. Mais

je pense, avec Anatole France, qu'il est excellent que l'Académie ne

soit pas infaillible ou même soit parfois injuste dans ses choix. Car,

si les membres de cette vénérable compagnie étaient _nécessairement_ les

quarante plus grands esprits de France, ce serait trop triste pour les

autres: ils seraient jugés par là même; tandis que, l'Académie se

recrutant parfois d'une façon bizarre, on est tout de même content d'en

être, et on n'est point humilié de n'en être pas.--L'Académie est, pour

ceux qui y entrent, l'éteignoir du talent, la fin des belles et

généreuses audaces? Si cela est vrai (et ce ne l'est pas toujours),

c'est peut-être que ceux qui se laissent éteindre par elle ne flambaient

plus guère; et on ne saura jamais si c'est elle qui leur a coupé leurs

élans ou si c'est eux qui ont cessé d'en avoir.--L'institution est

ridicule et surannée? Ses rites et ses costumes sont grotesques? L'habit

vert est le plus vain des hochets? Eh! laissez-nous celui-là! Il est

tout au moins inoffensif, quoi que vous disiez; et nous vivons de

vanités. Faites-nous grâce, homme au coeur fort!

Ainsi les esprits, même les plus modérés, refusent d'entrer dans les

sentiments de M. Alphonse Daudet. Et même il se passe ici quelque chose

de curieux et de touchant. On n'est pas fâché contre M. Daudet, non;

mais on est affligé, et très sincèrement, de ses irrévérences et de son

injustice. La superstition de l'Académie est si forte dans ce pays que

beaucoup sont incapables de comprendre qu'un homme qui pourrait en être

ne le veuille point. Et alors ils le plaignent d'être si aveugle et de

repousser un si grand bien. Ils en ont la larme à l'oeil. Et ils ne

croient pas à sa sincérité: «Oui, ce sont de ces choses qu'on dit...

Mais vous y viendrez... On finit toujours par y venir.»

Mais enfin, si pourtant M. Alphonse Daudet déteste l'Académie?... Je

m'explique. Il reconnaîtrait lui-même, si on le pressait un peu, que les

académiciens ne sont pas tous des imbéciles, des intrigants, ni des

invalides. Il est, d'ailleurs, personnellement ami de plusieurs d'entre

eux. Qu'est-ce que cela prouve? Tout artiste ne retient de la réalité

que ce qui est conforme à son dessein; et, en outre, toute satire est

forcément injuste. Mais ici l'injustice paraît si grande qu'elle vient

peut-être d'un sentiment plus profond et plus réfléchi qu'on ne croit.

Et si c'est à l'institution même que M. Daudet en veut? Pensez-vous que

les raisons manquent pour cela? Elles ne manquent jamais pour rien, les

raisons. Tâchons de pénétrer celles de l'auteur de _Sapho_.

On conçoit à la rigueur qu'à une époque où tout était chose d'État, où

s'achevait l'unité de la France, où toute son histoire aboutissait enfin

à la monarchie absolue, où partout, dans les moeurs, dans les manières,

dans la religion, dans les lettres, triomphait le même esprit de

discipline et d'autorité, un cardinal ait eu l'idée de préposer une

compagnie de lettrés à la fixation et à la conservation de la langue.

Mais aujourd'hui? dans une société si différente de l'ancienne et quand

la notion même de l'État se trouve quasi renversée? Quelle cuistrerie

insupportable de vouloir que l'art et la littérature continuent à

relever d'une sorte de tribunal revêtu d'un caractère officiel! et quel

enfantillage que ces distributions de prix, ce prolongement du collège

qui assimile pour toute la vie les littérateurs à des écoliers! Et ne

dites pas: «C'est tout ce qui nous reste de l'ancienne France; gardons

une institution si vénérable par son antiquité. Il faut que vous soyez,

Monsieur, tout à fait dénué du sens de l'histoire, c'est-à-dire de la

faculté de trouver bon ce qui est vieux, pour insulter l'Académie!» Eh!

la royauté aussi, et les parlements, et les corporations, et la noblesse

étaient vénérables par leur grand âge! Ne dites pas non plus:

«L'Académie maintient le goût.» Quel goût? Le sien apparemment. Mais

peut-elle en avoir un, alors que ses membres en ont nécessairement

plusieurs? Et de quel droit, à quel titre définirait-elle «le goût»? Je

crois volontiers à la compétence de tel ou tel académicien: je ne puis

croire à celle de l'Académie. Au reste, je crois surtout à la mienne;

et, comme je sens qu'elle ne vaut que pour moi, je tire de là des

conséquences. Ne dites pas davantage que l'Académie conserve une

tradition de décence et de politesse. Nous savons fort bien être décents

et polis sans elle, quand on ne nous met pas en colère. Enfin, je vois

que quatre ou cinq des plus grands génies littéraires de ce siècle, sans

compter une douzaine de talents supérieurs, ont été repoussés ou oubliés

par l'Académie. Quoi qu'on dise, cela est grave et cela me la gâte. Et

j'avais tort de prétendre tout à l'heure qu'elle ne peut avoir un goût

collectif et qui soit le goût académique. Seulement, ce goût ne saurait

être qu'un goût moyen, entendez un goût médiocre. Et ce goût moyen, ce

goût bourgeois et lâche, qui n'est peut-être pas celui de tous les

académiciens, mais qui est celui de l'Académie, s'impose plus ou moins à

qui veut lui plaire, et peut faire par là beaucoup de mal... S'ils

avaient été préoccupés de la coupole, ni MM. Meilhac et Halévy

n'auraient fait _la Grande Duchesse_, ni M. Zola n'aurait fait

_l'Assommoir_, ni M. Daudet n'aurait fait _l'Immortel_...

Il est certain qu'avec tout cela, on l'aime, cette risible Académie, et

que les plus fiers et les plus révoltés finissent souvent par lui faire

amende honorable. Pourquoi? Oh! tout simplement parce qu'elle assure

ceux qu'elle choisit de leur propre mérite, qu'elle le garantit

solennellement, que parfois même elle l'apprend au public qui

l'ignorait; parce qu'elle donne de la considération, de l'importance,

des galons, un chapeau, une épée. Mais, au fond, cela ne fait guère

honneur à l'humanité; cela montre combien nous sommes faibles et

vaniteux. Que dis-je? L'Académie est une institution radicalement

immorale, puisqu'elle n'ajoute rien au vrai mérite et qu'elle en donne

les apparences à l'intrigue ou à la médiocrité. Peuple! elle te trompe,

car sa fonction affirme une compétence qu'elle _ne peut_ avoir... (Je

songe seulement que la compétence du gouvernement est encore plus

contestable sur la même matière... et, comme on m'affirme que M.

Alphonse Daudet est officier de la Légion-d'Honneur, _pour ses livres_,

je médite douloureusement sur les inconséquences des âmes les mieux

trempées.)

Tout ce que j'ai voulu dire au bout du compte, c'est qu'il y a quelque

chose d'aussi outré, pour le moins, dans les reproches amers ou tendres

adressés par nombre de bonnes gens à M. Alphonse Daudet que dans les

colères de celui-ci contre l'institution des Quarante. Je me hâte

d'ajouter que j'ai la modestie de ne point partager les sentiments de M.

Daudet. Car, pour les partager, il serait bon d'être aussi fort, aussi

austère et aussi évidemment désintéressé que lui. (C'est ce qu'ont

oublié quelques chroniqueurs farouches, de ceux qui vont criant: «Ne

coupez pas les ailes au génie», comme s'ils étaient personnellement

menacés.) Mais je reconnais à M. Daudet (et c'est singulier d'avoir à

dire une chose si simple) le droit d'éprouver ces sentiments; je le lui

reconnais avec entrain, et je suis enchanté qu'il les ait éprouvés,

puisqu'il en a fait ce livre, et qu'il a su répondre si crânement, à

travers deux siècles et demi, aux _Sentiments de l'Académie sur le Cid_

par les _Sentiments de Tartarin sur l'Académie_.

Tartarin, c'est ici Védrine, le bon, le fier, le génial Védrine. Et

c'est maintenant que commencent mes objections, à moi. Védrine ne me

plaît pas énormément. C'est lui qui éreinte tout le temps l'Académie et

qui tire la morale de l'histoire. J'aimerais que l'éreintement se fit

uniquement par le récit et les tableaux, et que la morale s'en dégageât

d'elle-même. Le livre y gagnerait, à mon sens; et les malveillants

auraient moins beau jeu à l'accuser de puérilité et d'injustice. Déjà M.

Émile Zola, dans _l'Oeuvre_, nous avait montré un romancier qui était, à

n'en pas douter, M. Zola en personne; et ce romancier était fort, était

généreux, était magnanime: une manière de bon Dieu! De même le sculpteur

Védrine. Il a tout: du génie, des vertus, une femme qui l'adore, des

enfants d'une beauté merveilleuse. Il n'aime pas l'argent. Il transperce

les hommes de son regard, il sonde les reins et les coeurs. Il morigène,

il fustige, il stigmatise. Quelquefois aussi, il bénit. Du bateau où il

croque des paysages, pendant que ses beaux enfants «pétris d'amour et de

lumière» s'ébattent sur la rive, il tend ses mains de christ aux jeunes

générations... Avec tout cela, je crois bien qu'il lui arrive de dire

des sottises,--des sottises de rapin échauffé, d'artiste à grande barbe

et à grands gestes. Le malheureux a conservé cette illusion, que c'est

la faute de l'Université s'il n'y a pas plus d'esprits originaux en

France, et qu'un professeur de rhétorique est un homme qui s'est donné

pour tâche d'étouffer le génie chez les pauvres potaches confiés à ses

soins. Écoutez-le parler du père Astier-Réhu: «Ah! le saligaud, nous

a-t-il assez raclés, épluchés, sarclés... Il y en avait qui résistaient

au fer et à la bêche, mais le vieux s'acharnait des outils et des

ongles, arrivait à nous faire tous propres et plats comme un banc

d'école. Aussi regarde-les, ceux qui ont passé par ses mains, à part

quelques révoltés comme Herscher qui, dans sa haine du convenu, tombe à

l'excessif et à l'ignoble, comme moi qui dois à cette vieille bête mon

goût du contourné, de l'exaspéré, ma sculpture en sacs de noix, comme

ils disent... tous les autres, abrutis, rasés, vidés...» Bien candide,

ce bon Védrine... J'ai eu l'honneur d'être professeur de rhétorique, ce

qui est un métier fort amusant; et je jure devant Dieu que je n'ai

jamais étouffé le génie et que je n'ai jamais vu personne l'étouffer

autour de moi...

Tous les autres personnages sont, à des degrés divers, vivants et vrais;

mais quelques-uns avec un peu d'inattendu et comme des trous, des

solutions de continuité dans leur psychologie.

Voici l'historien Astier-Réhu. Oh! nous savons tout de suite que c'est

un imbécile, et «quel pauvre cerveau de paysan laborieux, quelle

étroitesse d'intelligence cachent la solennité de ce lauréat académique

fabricant d'in-octavos, sa parole à son d'ophicléide faite pour les

hauteurs de la chaire». Mais M. Alphonse Daudet le hait d'une haine si

féroce, qu'il oublie de nous dire que cet imbécile est un fort honnête

homme, et que je le prenais, moi, de la meilleure foi du monde, sinon

pour un vieux gredin, du moins pour un fort plat personnage. Or, dans

toute la seconde partie du roman, il fait un tas de choses fort

au-dessus de la probité moyenne, et qui semblent même partir d'une âme

vraiment haute. Et certes on peut être à la fois une vieille bête et un

très honnête homme; mais, je ne sais comment cela se fait, je n'étais

point préparé du tout aux belles actions d'Astier-Réhu. Quand j'ai vu

tout à coup cet Auvergnat éclater d'indignation parce que son fils doit

épouser une femme qui a vingt ans de plus que lui et qui a eu un amant,

mais qui est duchesse, très belle, influente et prodigieusement riche,

ma surprise n'a pas été mince. Je l'aurais cru moins insensible, je ne

dis pas à l'argent, mais aux titres, aux marques extérieures de la

puissance: je m'étais trompé. C'est sans doute ma faute; et lorsque,

ensuite, je l'ai vu si digne dans l'affaire des faux autographes, si

décidé à braver le ridicule, à sacrifier sa réputation et toute sa vie

à la justice et à la vérité, je n'ai plus eu d'étonnement. Mais il m'en

est revenu un peu, je l'avoue, à le voir se jeter à la Seine du haut du

pont des Arts... Oui, je sais, le retour chez lui, les propos atroces de

sa femme ont achevé de le désespérer et de l'affoler... Mais il m'avait

si bien paru jusque-là qu'Astier-Réhu n'était point de ceux qui se

suicident! Car enfin, quoi qu'il lui soit arrivé, il reste académicien,

secrétaire perpétuel, logé à l'Institut; et les choses s'oublient, et

dans huit jours on ne songera plus à son affaire, ou même sa loyauté et

son courage lui auront ramené des défenseurs... Vous me direz que, au

moment de son suicide, il est revenu de tout, même des vanités

académiques... Mais justement il m'avait donné l'idée d'un homme

absolument incapable de revenir jamais de certaines vanités. Bref, j'ai

des doutes.

Peut-être en aurais-je moins, si M. Daudet avait moins accablé de ses

mépris, au commencement, cet excellent cuistre, et s'il l'avait

considéré avec moins d'antipathie et plus de sérénité. Moi, les

Astier-Réhu ne me sont point si odieux. Il peut y avoir de la bonhomie

et il y a toujours de la candeur dans leur pédantisme et dans leur

étroitesse d'esprit... Enfin, n'en parlons plus.

De même, quand la sèche et sifflante Mme Astier l'attend à la fin pour

lui jeter sa haine à la figure et pour lui apprendre que, s'il est

arrivé à l'Académie, c'est qu'elle s'en est mêlée (... Et elle précisait

les détails de son élection, lui rappelait son fameux mot sur les

voilettes de Mme Astier, qui sentaient le tabac, malgré qu'il ne fumât

jamais... «un mot, mon cher, qui vous a rendu plus célèbre que tous vos

livres»), je cherche quel intérêt peut avoir une personne si fine à

désespérer et à chasser d'auprès d'elle un mari qui ne serait rien sans

elle, il est vrai, mais sans qui elle serait moins encore. Et, si vous

répondez que la colère l'emporte, je m'étonne donc qu'elle se possède si

bien dans tout le reste du livre. Ou bien alors, je demande comment il

se fait que cette femme si avisée et qui a tant de pouvoir sur son mari

ne l'ait pas empêché, à tout prix et par tous les moyens, d'intenter le

risible procès où doit sombrer une considération dont elle a sa part. Là

encore j'ai des doutes.

Et j'en ai de plus sérieux encore sur la vraisemblance de l'aventure

d'Astier-Réhu et d'Albin Fage. M. Alphonse Daudet m'allèguera celle

d'Émile Chasles et de Vrain-Lucas. Mais le maniaque Émile Chasles était

un mathématicien qu'aucune étude antérieure n'avait pu prémunir contre

les mystifications dont il fut victime. Le cas d'Astier-Réhu n'est point

le même. Astier-Réhu a été professeur d'histoire; il est, je suppose,

agrégé d'histoire et docteur ès lettres pour une thèse historique. Cela

veut dire qu'il sait son métier. Quoiqu'il ne soit qu'un imbécile, il

connaît certainement les méthodes de vérification des manuscrits; il

n'est point nécessaire d'être un aigle pour les savoir et les

appliquer... L'Académie peut bien faire encadrer l'autographe de Rotrou,

parce qu'elle n'y regarde pas de très près, parce qu'elle est un corps

et que les corps sont toujours bêtes. Mais Astier-Réhu, si simple qu'il

soit, ne peut être à ce point la dupe de Fage. D'ailleurs, il a publié

des livres d'histoire qui ont été lus, jugés, épluchés par les

rédacteurs de la _Revue historique_, de la _Revue critique_ et du

_Journal des savants_, et ni M. Gabriel Monod, ni M. Fustel de

Coulanges, ni M. Paul Meyer, ni M. Ernest Lavisse, ni M. Sorel, ni M.

Guiraud ne se seraient laissés prendre aux pièces fabriquées par

l'astucieux bossu. L'aventure d'Astier-Réhu me paraît tout bonnement

_impossible_. M. Daudet, parti d'un fait vrai, l'a rendu totalement

invraisemblable et faux parce qu'il en a changé toutes les conditions.

Il est fâcheux que le principal épisode de son roman repose sur cette

impossibilité radicale.

(_Deuxième article._)

Les Contemporains, Quatrième Série Etudes et Portraits Littéraires · 第 37 / 70 题