Je tiens à dire, avant tout, que M. Alphonse Daudet n'a rien fait de
plus brillant, de plus crépitant ni de plus amusant; rien où
l'observation des choses extérieures soit plus aiguë ni l'expression
plus constamment inventée; rien où il ait mieux réussi à mettre sa
vision, ses nerfs, son inquiétude, son ironie... Un livre comme
celui-là, c'est de la sensibilité accumulée et condensée, une bouteille
de Leyde littéraire. Le plaisir qu'il vous fait est presque trop vif; il
s'y mêle un peu du malaise qu'on éprouve les jours d'orage; on dirait,
en feuilletant cette prose de névropathe, qu'il vous part des étincelles
sous les doigts.
Ceci dit, et pour avoir le droit d'admirer tranquillement tout à
l'heure, je commencerai par un paquet d'objections. Toutefois, il y en a
une que tout le monde a faite et que je ne formule à mon tour que pour
l'écarter aussitôt.
L'_Immortel_ est un roman de moeurs parisiennes et en même temps une
très violente satire de l'Académie. C'est là-dessus qu'on a réclamé. On
a dit, ou à peu près:
--Voilà qui est, en vérité, bien outré et bien peu philosophique; et
l'Académie inspire à M. Alphonse Daudet des moqueries, des colères et
des indignations singulièrement disproportionnées. Il y a, parmi, les
académiciens, des médiocres qui arrivent par le respect et parce qu'ils
ne portent ombrage à personne? Il y en a qui arrivent par l'intrigue, la
flatterie, ou des influences de salons et des manèges féminins? Mais
quoi! Cela se voit partout, même, il paraît, dans la politique.--Il y en
a qui gardent le goût des femmes, voire des petites femmes, jusque dans
un âge avancé? C'est que les académiciens sont des hommes.--Il y en a
qui sont laids? C'est que la nature capricieuse n'a pas donné à tout le
monde de noirs cheveux bouclés, un nez d'une fine courbure, de longs
yeux, une tête charmante et toujours jeune de roi sarrasin.--Il y en a
qui sont infirmes et cacochymes? C'est que l'Académie ne garantit point
contre les inconvénients de la vieillesse... Et encore ils sont bien
trente sur quarante qui sont à peu près valides, et vingt qui ont un
physique présentable, et trois ou quatre qui ont de beaux profils
romains.--Il est absurde et scandaleux qu'une compagnie proprement
littéraire et qui, par définition, doit compter «dans son sein» les
meilleurs écrivains du temps, soit à ce point encombrée de médiocrités,
et il y a pas mal de ces bonshommes à qui on aurait envie de fourrer
dans les narines les branches de persil qu'ils portent sur leur collet?
Mais non: il y en a une bonne moitié qui sont incontestablement des
esprits ou des talents supérieurs (ce qui est une jolie proportion!), et
les autres sont tout au moins de bons lettrés et, je suppose, d'honnêtes
gens. Je ne vous dirai pas que «l'Académie est un salon», parce que je
crois que ce mot est une bêtise, et parce qu'il ne nous importe
nullement que trente-neuf messieurs très bien élevés se rassemblent de
temps en temps pour causer avec politesse au bout du pont des Arts. Mais
je pense, avec Anatole France, qu'il est excellent que l'Académie ne
soit pas infaillible ou même soit parfois injuste dans ses choix. Car,
si les membres de cette vénérable compagnie étaient _nécessairement_ les
quarante plus grands esprits de France, ce serait trop triste pour les
autres: ils seraient jugés par là même; tandis que, l'Académie se
recrutant parfois d'une façon bizarre, on est tout de même content d'en
être, et on n'est point humilié de n'en être pas.--L'Académie est, pour
ceux qui y entrent, l'éteignoir du talent, la fin des belles et
généreuses audaces? Si cela est vrai (et ce ne l'est pas toujours),
c'est peut-être que ceux qui se laissent éteindre par elle ne flambaient
plus guère; et on ne saura jamais si c'est elle qui leur a coupé leurs
élans ou si c'est eux qui ont cessé d'en avoir.--L'institution est
ridicule et surannée? Ses rites et ses costumes sont grotesques? L'habit
vert est le plus vain des hochets? Eh! laissez-nous celui-là! Il est
tout au moins inoffensif, quoi que vous disiez; et nous vivons de
vanités. Faites-nous grâce, homme au coeur fort!
Ainsi les esprits, même les plus modérés, refusent d'entrer dans les
sentiments de M. Alphonse Daudet. Et même il se passe ici quelque chose
de curieux et de touchant. On n'est pas fâché contre M. Daudet, non;
mais on est affligé, et très sincèrement, de ses irrévérences et de son
injustice. La superstition de l'Académie est si forte dans ce pays que
beaucoup sont incapables de comprendre qu'un homme qui pourrait en être
ne le veuille point. Et alors ils le plaignent d'être si aveugle et de
repousser un si grand bien. Ils en ont la larme à l'oeil. Et ils ne
croient pas à sa sincérité: «Oui, ce sont de ces choses qu'on dit...
Mais vous y viendrez... On finit toujours par y venir.»
Mais enfin, si pourtant M. Alphonse Daudet déteste l'Académie?... Je
m'explique. Il reconnaîtrait lui-même, si on le pressait un peu, que les
académiciens ne sont pas tous des imbéciles, des intrigants, ni des
invalides. Il est, d'ailleurs, personnellement ami de plusieurs d'entre
eux. Qu'est-ce que cela prouve? Tout artiste ne retient de la réalité
que ce qui est conforme à son dessein; et, en outre, toute satire est
forcément injuste. Mais ici l'injustice paraît si grande qu'elle vient
peut-être d'un sentiment plus profond et plus réfléchi qu'on ne croit.
Et si c'est à l'institution même que M. Daudet en veut? Pensez-vous que
les raisons manquent pour cela? Elles ne manquent jamais pour rien, les
raisons. Tâchons de pénétrer celles de l'auteur de _Sapho_.
On conçoit à la rigueur qu'à une époque où tout était chose d'État, où
s'achevait l'unité de la France, où toute son histoire aboutissait enfin
à la monarchie absolue, où partout, dans les moeurs, dans les manières,
dans la religion, dans les lettres, triomphait le même esprit de
discipline et d'autorité, un cardinal ait eu l'idée de préposer une
compagnie de lettrés à la fixation et à la conservation de la langue.
Mais aujourd'hui? dans une société si différente de l'ancienne et quand
la notion même de l'État se trouve quasi renversée? Quelle cuistrerie
insupportable de vouloir que l'art et la littérature continuent à
relever d'une sorte de tribunal revêtu d'un caractère officiel! et quel
enfantillage que ces distributions de prix, ce prolongement du collège
qui assimile pour toute la vie les littérateurs à des écoliers! Et ne
dites pas: «C'est tout ce qui nous reste de l'ancienne France; gardons
une institution si vénérable par son antiquité. Il faut que vous soyez,
Monsieur, tout à fait dénué du sens de l'histoire, c'est-à-dire de la
faculté de trouver bon ce qui est vieux, pour insulter l'Académie!» Eh!
la royauté aussi, et les parlements, et les corporations, et la noblesse
étaient vénérables par leur grand âge! Ne dites pas non plus:
«L'Académie maintient le goût.» Quel goût? Le sien apparemment. Mais
peut-elle en avoir un, alors que ses membres en ont nécessairement
plusieurs? Et de quel droit, à quel titre définirait-elle «le goût»? Je
crois volontiers à la compétence de tel ou tel académicien: je ne puis
croire à celle de l'Académie. Au reste, je crois surtout à la mienne;
et, comme je sens qu'elle ne vaut que pour moi, je tire de là des
conséquences. Ne dites pas davantage que l'Académie conserve une
tradition de décence et de politesse. Nous savons fort bien être décents
et polis sans elle, quand on ne nous met pas en colère. Enfin, je vois
que quatre ou cinq des plus grands génies littéraires de ce siècle, sans
compter une douzaine de talents supérieurs, ont été repoussés ou oubliés
par l'Académie. Quoi qu'on dise, cela est grave et cela me la gâte. Et
j'avais tort de prétendre tout à l'heure qu'elle ne peut avoir un goût
collectif et qui soit le goût académique. Seulement, ce goût ne saurait
être qu'un goût moyen, entendez un goût médiocre. Et ce goût moyen, ce
goût bourgeois et lâche, qui n'est peut-être pas celui de tous les
académiciens, mais qui est celui de l'Académie, s'impose plus ou moins à
qui veut lui plaire, et peut faire par là beaucoup de mal... S'ils
avaient été préoccupés de la coupole, ni MM. Meilhac et Halévy
n'auraient fait _la Grande Duchesse_, ni M. Zola n'aurait fait
_l'Assommoir_, ni M. Daudet n'aurait fait _l'Immortel_...
Il est certain qu'avec tout cela, on l'aime, cette risible Académie, et
que les plus fiers et les plus révoltés finissent souvent par lui faire
amende honorable. Pourquoi? Oh! tout simplement parce qu'elle assure
ceux qu'elle choisit de leur propre mérite, qu'elle le garantit
solennellement, que parfois même elle l'apprend au public qui
l'ignorait; parce qu'elle donne de la considération, de l'importance,
des galons, un chapeau, une épée. Mais, au fond, cela ne fait guère
honneur à l'humanité; cela montre combien nous sommes faibles et
vaniteux. Que dis-je? L'Académie est une institution radicalement
immorale, puisqu'elle n'ajoute rien au vrai mérite et qu'elle en donne
les apparences à l'intrigue ou à la médiocrité. Peuple! elle te trompe,
car sa fonction affirme une compétence qu'elle _ne peut_ avoir... (Je
songe seulement que la compétence du gouvernement est encore plus
contestable sur la même matière... et, comme on m'affirme que M.
Alphonse Daudet est officier de la Légion-d'Honneur, _pour ses livres_,
je médite douloureusement sur les inconséquences des âmes les mieux
trempées.)
Tout ce que j'ai voulu dire au bout du compte, c'est qu'il y a quelque
chose d'aussi outré, pour le moins, dans les reproches amers ou tendres
adressés par nombre de bonnes gens à M. Alphonse Daudet que dans les
colères de celui-ci contre l'institution des Quarante. Je me hâte
d'ajouter que j'ai la modestie de ne point partager les sentiments de M.
Daudet. Car, pour les partager, il serait bon d'être aussi fort, aussi
austère et aussi évidemment désintéressé que lui. (C'est ce qu'ont
oublié quelques chroniqueurs farouches, de ceux qui vont criant: «Ne
coupez pas les ailes au génie», comme s'ils étaient personnellement
menacés.) Mais je reconnais à M. Daudet (et c'est singulier d'avoir à
dire une chose si simple) le droit d'éprouver ces sentiments; je le lui
reconnais avec entrain, et je suis enchanté qu'il les ait éprouvés,
puisqu'il en a fait ce livre, et qu'il a su répondre si crânement, à
travers deux siècles et demi, aux _Sentiments de l'Académie sur le Cid_
par les _Sentiments de Tartarin sur l'Académie_.
Tartarin, c'est ici Védrine, le bon, le fier, le génial Védrine. Et
c'est maintenant que commencent mes objections, à moi. Védrine ne me
plaît pas énormément. C'est lui qui éreinte tout le temps l'Académie et
qui tire la morale de l'histoire. J'aimerais que l'éreintement se fit
uniquement par le récit et les tableaux, et que la morale s'en dégageât
d'elle-même. Le livre y gagnerait, à mon sens; et les malveillants
auraient moins beau jeu à l'accuser de puérilité et d'injustice. Déjà M.
Émile Zola, dans _l'Oeuvre_, nous avait montré un romancier qui était, à
n'en pas douter, M. Zola en personne; et ce romancier était fort, était
généreux, était magnanime: une manière de bon Dieu! De même le sculpteur
Védrine. Il a tout: du génie, des vertus, une femme qui l'adore, des
enfants d'une beauté merveilleuse. Il n'aime pas l'argent. Il transperce
les hommes de son regard, il sonde les reins et les coeurs. Il morigène,
il fustige, il stigmatise. Quelquefois aussi, il bénit. Du bateau où il
croque des paysages, pendant que ses beaux enfants «pétris d'amour et de
lumière» s'ébattent sur la rive, il tend ses mains de christ aux jeunes
générations... Avec tout cela, je crois bien qu'il lui arrive de dire
des sottises,--des sottises de rapin échauffé, d'artiste à grande barbe
et à grands gestes. Le malheureux a conservé cette illusion, que c'est
la faute de l'Université s'il n'y a pas plus d'esprits originaux en
France, et qu'un professeur de rhétorique est un homme qui s'est donné
pour tâche d'étouffer le génie chez les pauvres potaches confiés à ses
soins. Écoutez-le parler du père Astier-Réhu: «Ah! le saligaud, nous
a-t-il assez raclés, épluchés, sarclés... Il y en avait qui résistaient
au fer et à la bêche, mais le vieux s'acharnait des outils et des
ongles, arrivait à nous faire tous propres et plats comme un banc
d'école. Aussi regarde-les, ceux qui ont passé par ses mains, à part
quelques révoltés comme Herscher qui, dans sa haine du convenu, tombe à
l'excessif et à l'ignoble, comme moi qui dois à cette vieille bête mon
goût du contourné, de l'exaspéré, ma sculpture en sacs de noix, comme
ils disent... tous les autres, abrutis, rasés, vidés...» Bien candide,
ce bon Védrine... J'ai eu l'honneur d'être professeur de rhétorique, ce
qui est un métier fort amusant; et je jure devant Dieu que je n'ai
jamais étouffé le génie et que je n'ai jamais vu personne l'étouffer
autour de moi...
Tous les autres personnages sont, à des degrés divers, vivants et vrais;
mais quelques-uns avec un peu d'inattendu et comme des trous, des
solutions de continuité dans leur psychologie.
Voici l'historien Astier-Réhu. Oh! nous savons tout de suite que c'est
un imbécile, et «quel pauvre cerveau de paysan laborieux, quelle
étroitesse d'intelligence cachent la solennité de ce lauréat académique
fabricant d'in-octavos, sa parole à son d'ophicléide faite pour les
hauteurs de la chaire». Mais M. Alphonse Daudet le hait d'une haine si
féroce, qu'il oublie de nous dire que cet imbécile est un fort honnête
homme, et que je le prenais, moi, de la meilleure foi du monde, sinon
pour un vieux gredin, du moins pour un fort plat personnage. Or, dans
toute la seconde partie du roman, il fait un tas de choses fort
au-dessus de la probité moyenne, et qui semblent même partir d'une âme
vraiment haute. Et certes on peut être à la fois une vieille bête et un
très honnête homme; mais, je ne sais comment cela se fait, je n'étais
point préparé du tout aux belles actions d'Astier-Réhu. Quand j'ai vu
tout à coup cet Auvergnat éclater d'indignation parce que son fils doit
épouser une femme qui a vingt ans de plus que lui et qui a eu un amant,
mais qui est duchesse, très belle, influente et prodigieusement riche,
ma surprise n'a pas été mince. Je l'aurais cru moins insensible, je ne
dis pas à l'argent, mais aux titres, aux marques extérieures de la
puissance: je m'étais trompé. C'est sans doute ma faute; et lorsque,
ensuite, je l'ai vu si digne dans l'affaire des faux autographes, si
décidé à braver le ridicule, à sacrifier sa réputation et toute sa vie
à la justice et à la vérité, je n'ai plus eu d'étonnement. Mais il m'en
est revenu un peu, je l'avoue, à le voir se jeter à la Seine du haut du
pont des Arts... Oui, je sais, le retour chez lui, les propos atroces de
sa femme ont achevé de le désespérer et de l'affoler... Mais il m'avait
si bien paru jusque-là qu'Astier-Réhu n'était point de ceux qui se
suicident! Car enfin, quoi qu'il lui soit arrivé, il reste académicien,
secrétaire perpétuel, logé à l'Institut; et les choses s'oublient, et
dans huit jours on ne songera plus à son affaire, ou même sa loyauté et
son courage lui auront ramené des défenseurs... Vous me direz que, au
moment de son suicide, il est revenu de tout, même des vanités
académiques... Mais justement il m'avait donné l'idée d'un homme
absolument incapable de revenir jamais de certaines vanités. Bref, j'ai
des doutes.
Peut-être en aurais-je moins, si M. Daudet avait moins accablé de ses
mépris, au commencement, cet excellent cuistre, et s'il l'avait
considéré avec moins d'antipathie et plus de sérénité. Moi, les
Astier-Réhu ne me sont point si odieux. Il peut y avoir de la bonhomie
et il y a toujours de la candeur dans leur pédantisme et dans leur
étroitesse d'esprit... Enfin, n'en parlons plus.
De même, quand la sèche et sifflante Mme Astier l'attend à la fin pour
lui jeter sa haine à la figure et pour lui apprendre que, s'il est
arrivé à l'Académie, c'est qu'elle s'en est mêlée (... Et elle précisait
les détails de son élection, lui rappelait son fameux mot sur les
voilettes de Mme Astier, qui sentaient le tabac, malgré qu'il ne fumât
jamais... «un mot, mon cher, qui vous a rendu plus célèbre que tous vos
livres»), je cherche quel intérêt peut avoir une personne si fine à
désespérer et à chasser d'auprès d'elle un mari qui ne serait rien sans
elle, il est vrai, mais sans qui elle serait moins encore. Et, si vous
répondez que la colère l'emporte, je m'étonne donc qu'elle se possède si
bien dans tout le reste du livre. Ou bien alors, je demande comment il
se fait que cette femme si avisée et qui a tant de pouvoir sur son mari
ne l'ait pas empêché, à tout prix et par tous les moyens, d'intenter le
risible procès où doit sombrer une considération dont elle a sa part. Là
encore j'ai des doutes.
Et j'en ai de plus sérieux encore sur la vraisemblance de l'aventure
d'Astier-Réhu et d'Albin Fage. M. Alphonse Daudet m'allèguera celle
d'Émile Chasles et de Vrain-Lucas. Mais le maniaque Émile Chasles était
un mathématicien qu'aucune étude antérieure n'avait pu prémunir contre
les mystifications dont il fut victime. Le cas d'Astier-Réhu n'est point
le même. Astier-Réhu a été professeur d'histoire; il est, je suppose,
agrégé d'histoire et docteur ès lettres pour une thèse historique. Cela
veut dire qu'il sait son métier. Quoiqu'il ne soit qu'un imbécile, il
connaît certainement les méthodes de vérification des manuscrits; il
n'est point nécessaire d'être un aigle pour les savoir et les
appliquer... L'Académie peut bien faire encadrer l'autographe de Rotrou,
parce qu'elle n'y regarde pas de très près, parce qu'elle est un corps
et que les corps sont toujours bêtes. Mais Astier-Réhu, si simple qu'il
soit, ne peut être à ce point la dupe de Fage. D'ailleurs, il a publié
des livres d'histoire qui ont été lus, jugés, épluchés par les
rédacteurs de la _Revue historique_, de la _Revue critique_ et du
_Journal des savants_, et ni M. Gabriel Monod, ni M. Fustel de
Coulanges, ni M. Paul Meyer, ni M. Ernest Lavisse, ni M. Sorel, ni M.
Guiraud ne se seraient laissés prendre aux pièces fabriquées par
l'astucieux bossu. L'aventure d'Astier-Réhu me paraît tout bonnement
_impossible_. M. Daudet, parti d'un fait vrai, l'a rendu totalement
invraisemblable et faux parce qu'il en a changé toutes les conditions.
Il est fâcheux que le principal épisode de son roman repose sur cette
impossibilité radicale.
(_Deuxième article._)