Vous vous rappelez que, il y a quelques mois, M. Taine publiait dans la
_Revue des Deux-Mondes_ deux chapitres sur l'empereur Napoléon. Je les
ai résumés, j'en ai dit mon impression, et quelles atténuations et quels
compléments j'aurais voulus à ce portrait grandiose, à la fois abstrait
et vivant. Au reste, je m'attachais moins à discuter la vérité de
l'inhumaine et surhumaine figure tracée par l'historien qu'à démêler
comment et pourquoi il l'avait vue ainsi. C'est à ces deux chapitres que
répond aujourd'hui le prince Napoléon. Peut-être eût-il mieux fait
d'attendre l'apparition du volume, où sans doute le jugement porté sur
l'homme s'expliquera mieux par le jugement porté sur l'oeuvre; mais nous
concevons la généreuse impatience du neveu de l'empereur.
Le livre du prince Napoléon est éloquent et violent. Mais au fond et
malgré les inexactitudes et les partis pris relevés chez M. Taine, cette
réplique passionnée n'infirme point, à mon avis, ses conclusions dans ce
qu'elles ont d'essentiel. Cela prouve seulement qu'il y a deux façons de
se représenter la personne et l'oeuvre de Napoléon. Et il y en a une
troisième, mitigée et tempérée: celle de M. Thiers. Et il y en a une
quatrième, celle des grognards (s'il en reste) qui ne connaissent que
«le petit caporal». Et il y en a encore d'autres. Il y a même celle du
vieux Dupin, ce Chevreul des vaudevillistes, à qui l'on demandait s'il
avait vu l'empereur: «Oui, répondit-il, je l'ai vu. C'était un gros,
l'air commun.» Rien de plus.--Et toutes ces façons sont bonnes, et celle
du prince est particulièrement intéressante, parce qu'il est ce que nous
savons, et parce qu'il écrit d'une bonne plume, vigoureuse et
rapide,--un peu celle de l'oncle. Seulement, si vous voulez ma pensée,
la façon de M. Taine garde tout de même son prix.
J'admets un moment qu'il soit difficile d'être plus injuste pour
l'empereur que ne l'a été M. Taine. Mais, à coup sûr, il est impossible
d'être plus injuste pour M. Taine que ne l'est le prince Napoléon.
Il lui reproche sa «mauvaise foi» et sa «perfidie». Il l'appelle
déboulonneur académique et l'assimile aux communards. «... Sa tentative
part du même esprit; elle est inspirée des mêmes haines; _elle relève du
même mépris_.»
Cette manière de traiter l'auteur de _l'Intelligence_ n'est pas très
philosophique. M. Taine a dû être aussi étonné de s'entendre accuser de
perfidie et de mauvaise foi que M. Renan de voir taxer d'immoralité les
fantaisies de _la Fontaine de Jouvence_ ou de _l'Abbesse de Jouarre_. Je
ne comprends pas du tout le calcul prêté ici à M. Taine. Quel intérêt
pouvait-il avoir à écrire contre sa pensée? Je ne parle pas de son
caractère, qui est connu; mais ses oeuvres répondent pour lui. S'il a
jamais été de mauvaise foi, il n'est pas commode de dire à quel moment;
car, s'il l'était en faisant le procès de l'ancien régime, il ne l'était
donc pas en faisant le procès de la Révolution,--et inversement. Cet
homme a trouvé le moyen de déplaire successivement à tous les partis
politiques: c'est dire qu'il vit fort au-dessus des partis et de tout
intérêt qui n'est pas celui de la science. La continuité, l'universalité
de son pessimisme et de sa misanthropie garantit sa sincérité. Je
cherche en vain à quelle rancune il a pu obéir, à qui il a voulu plaire
en faisant son portrait de Napoléon. Il est étrange de venir nous parler
ici de «mauvaise foi». Et, quant au mépris dont on l'assure, M. Taine a
certes le droit de n'y pas prendre garde.
Ce qui est vrai, c'est que, étudiant Napoléon, il l'a vu fort noir,
parce qu'il voit tout ainsi. Ce qui est vrai, c'est que, s'étant fait,
après enquête, une certaine idée de Napoléon, il apparu ne tenir compte
que des textes qui la confirmaient. Mais cette idée, on ne peut pas dire
que ces textes seuls la lui aient suggérée; peut-être même l'avait-il
avant de les connaître. Ce qui est vrai encore, c'est qu'il lui est
arrivé de tirer à lui les documents, de les présenter de la façon la
plus favorable à sa thèse. Il ne faut donc point l'accuser d'être de
mauvaise foi, c'est-à-dire d'altérer sciemment la vérité dans un intérêt
personnel,--mais d'user parfois d'un peu d'artifice dans la
démonstration de ce qu'il croit être la vérité. Cela est bien différent;
et le parti pris n'est point nécessairement mensonge. Osons le dire, ces
inexactitudes, ces habiletés d'interprétation à demi volontaires, vous
les trouverez chez tout historien digne de ce nom, qu'il soit artiste,
philosophe ou politique, L'érudit seul peut s'en passer (encore ne s'en
passe-t-il pas toujours). Mais elles deviennent inévitables dès que
l'historien essaie d'interpréter l'histoire et de la «construire», dans
quelque esprit que ce soit. Si jamais le prince Napoléon écrit
l'histoire de son oncle, nous le défions de ne pas choisir les textes et
les arranger à peu près dans la même proportion que M. Taine. Et ce
jour-là nous nous garderons de suspecter sa bonne foi, même si nous
remarquons qu'en pareille matière la sincérité du neveu de l'empereur
doit être exposée à plus de tentations que celle du philosophe sans
aïeux.
Le prince Napoléon est encore injuste d'une autre manière. Il ne me
parait pas très bien comprendre ni définir l'esprit de M. Taine. Il
pouvait être plus clairvoyant, même dans la malveillance. Il écrit: «M.
Taine est un entomologiste; la nature l'avait créé pour classer et
décrire des collections épinglées. Son goût pour ce genre d'étude
l'obsède; pour lui, la Révolution française n'est que la «métamorphose
d'un insecte». Il voit toute chose avec un oeil de myope, il travaille à
la loupe, et son regard se voile ou se trouble dès que l'objet examiné
atteint quelques proportions. Alors il redouble ses investigations; il
cherche un endroit où puisse s'appliquer son microscope; il trouve une
explication qui rabaisse, à la portée de sa vue, la grandeur dont
l'aspect l'avait d'abord offusqué, etc.»
Rien de plus faux, à mon sens, que ce jugement. Le prince Napoléon est
évidemment dupe des apparences. Il est même dupe des mots. De ce que M.
Taine compare la Révolution à une métamorphose d'_insecte_, il conclut
que M. Taine n'est en effet qu'un entomologiste, un myope, uniquement
attentif aux petites choses, comme si, au contraire, cette comparaison
n'impliquait pas une vue très générale sur l'histoire de la Révolution.
Des petits faits entassés par M. Taine dans presque tous ses ouvrages,
le prince ne voit que le nombre, il ne voit pas la puissance avec
laquelle ils sont enchaînés et classés,--et qu'ils ne sont là que pour
préparer et appuyer les généralisations les plus hardies. C'est une
fantaisie étrange que de traiter d'entomologiste l'homme qui a écrit
l'introduction de l'_Histoire de la littérature anglaise_, les chapitres
sur Milton et sur Shakespeare, les dernières pages de l'_Intelligence_
ou le parallèle de l'homme antique et de l'homme moderne dans le
troisième volume (je crois) des _Origines de la France contemporaine_.
Je ne pensais pas qu'il pût échapper à personne que M. Taine est un des
esprits les plus invinciblement généralisateurs qui se soient vus. Je ne
pensais pas non plus qu'on pût nier les qualités de composition de M.
Taine. Sa composition n'est que trop serrée; les parties de chacun de
ses ouvrages ne sont que trop étroitement liées et subordonnées les unes
aux autres; on y voudrait un peu plus de jeu et un peu plus d'air. Or,
apprenez que «ses articles ne sont qu'une mosaïque; on n'y sent _aucune
unité de travail_.» Le prince est dupe, cette fois, d'une apparence
typographique, de la multiplicité des guillemets.
J'ai peur aussi que le prince ne s'entende pas toujours très bien dans
ces pages dont on a fait grand bruit et que des badauds nous donnent
déjà comme un morceau de style. Il prête à M. Taine des défauts
contradictoires; il lui reconnaît ce qu'il lui a dénié; il reproche à
cet épingleur d'insectes son «idéologie» et sa «folie métaphysique». Il
écrit: «Quand on borne son talent à une accumulation de petits faits, on
devrait être au moins réservé dans ses conclusions et sobre dans ses
théories.» C'est dire, dans la même phrase, que M. Taine «borne» son
talent à cette accumulation, et qu'il ne l'y borne pas. Et encore: «Il
démontrera que la morale de la Réforme trouve son origine dans l'usage
de la bière; et, devant un tableau, ayant à juger la chevelure d'une
femme, il essayera de compter les cheveux.» La phrase est amusante;
mais, en admettant que cette plaisanterie des cheveux comptés puisse
s'appliquer à M. Taine critique d'art, les deux parties de la phrase,
qui ont l'air d'exprimer deux critiques analogues, se contredisent en
réalité: car, si le dénombrement des cheveux d'un portrait indique bien
un esprit myope et borné, tout au contraire l'explication d'un phénomène
moral et religieux par une habitude d'alimentation serait plutôt d'un
esprit philosophique et discursif à l'excès, capable d'embrasser de
vastes ensembles de faits et de les ramener les uns dans les
autres.--Enfin, le prince ne peut contenir son indignation contre cet
«analyste perpétuel» qui «prend plaisir à déchiqueter sa victime
jusqu'aux dernières fibres, sans un cri de l'âme, _sans une aspiration
vers l'idéal_». Je n'entends pas clairement ce que cela signifie. Et je
ne trouve pas que ce soit juger M. Taine avec beaucoup de finesse que de
le traiter de «matérialiste», comme pourrait faire un curé de village.
Cela aurait bien fait rire Sainte-Beuve.
Après avoir ainsi arrangé M. Taine, le prince Napoléon examine les
témoignages sur lesquels il s'est appuyé, en nie la valeur, juge les
témoins et les exécute. Metternich est le constant ennemi de la
Révolution, dont l'empereur est pour lui le représentant. Bourrienne est
un coquin qui se venge d'avoir été pris la main dans le sac. L'abbé de
Pradt est un espion, Miot de Mélito un plat fonctionnaire. Mme de
Rémusat est une coquette dépitée et une femme de chambre mauvaise
langue. Tous ces témoins avaient des raisons pour ne pas dire la vérité.
Le prince en conclut qu'ils ne l'ont jamais dite. C'est peut-être
excessif.
J'abandonne les autres; mais je ne puis m'empêcher de réclamer un peu
pour cette charmante Mme de Rémusat. Vraiment on lui prête une âme trop
basse, des rancunes trop viles, trop féroces et trop longues. Je veux
bien (quoique, après tout, cela ne soit nullement prouvé) qu'elle ait
été déçue soit dans son amour, soit dans son ambition ou sa vanité; je
veux qu'elle en ait gardé du dépit, et qu'elle ait vu Napoléon d'un tout
autre oeil qu'auparavant. S'ensuit-il qu'elle l'ait calomnié? Qui dira
si c'est avant ou après sa mésaventure qu'elle a le mieux connu
l'empereur? Je suis tenté de croire que c'est après. On peut
parfaitement soutenir que l'amour et l'intérêt aveuglent plus que la
rancune. Je crois d'ailleurs sentir, dans ses _Mémoires_, que c'est à
regret qu'elle s'est détachée de son héros, qu'elle n'a découvert que
peu à peu son vrai caractère, et que cette découverte lui a été une
douleur, non un plaisir méchant. C'était une femme fort
intelligente,--habile, et même adroite;--ce n'était pas un petit esprit,
ni un coeur bas. Je crois, pour ma part, à la bonne foi d'une femme qui
ne craint pas de nous faire cet aveu: «Je finis par souffrir de mes
espérances trompées, de mes affections déçues, des erreurs de
quelques-uns de mes calculs.» Cette confession ne me semble pas d'une
âme vulgaire, et j'en tire des conclusions absolument opposées à celles
du prince Napoléon.--Mais, dira-t-on, si elle avait sur l'empereur
l'opinion qu'elle nous a livrée, elle n'avait qu'à s'en aller, et même
elle le devait. A-t-on le droit de juger ainsi ceux que l'on sert, ou,
les jugeant ainsi, de continuer à les servir, c'est-à-dire à vivre
d'eux?--Je ne sais; les choses, dans la réalité, ne se présentent point
aussi simplement. D'abord, Mme de Rémusat a mis plus d'un jour à
connaître l'empereur; puis, elle pouvait croire qu'elle ne manquait
point à son devoir, du moment qu'elle ne divulguait pas ses sentiments
secrets; puis son service à la cour pouvait lui paraître un service
public autant que privé, et qui la liait au chef de l'État plus qu'à la
personne même de Napoléon; enfin... je n'ai point dit que Mme de Rémusat
fût une héroïne.
Le prince Napoléon se divertit à la mettre en contradiction avec
elle-même en citant, pour la même époque, des passages de ses _Mémoires_
et des passages de ses _Lettres_. Ici l'empereur est malmené, là
glorifié. Sur quoi, le prince triomphe. C'est évidemment dans les
_Lettres_, dit-il, qu'il faut chercher la vérité: «Si les _Mémoires_,
refaits en 1818 dans les circonstances que j'ai indiquées, doivent être
justement suspects, les lettres de Mme de Rémusat à son mari, au
contraire, lettres écrites au jour le jour sous l'Empire et récemment
publiées, sont une source précieuse pour l'histoire. C'est une
correspondance, tout intime, qui n'était pas destinée à la publication.
On n'y trouve que des impressions vives, spontanées et sincères.»
«Sincères?» On a déjà répondu:--Et le cabinet noir?--«Vives et
spontanées?» Jugez plutôt. Voici une lettre citée par le prince: «Quel
empire, mon ami, que cette étendue de pays jusqu'à Anvers! Quel homme
que celui qui peut le contenir d'une seule main! combien l'histoire nous
en offre peu de modèles!... Tandis qu'en marchant il crée pour ainsi
dire de nouveaux peuples, on doit être bien frappé d'un bout de l'Europe
à l'autre de l'état remarquable de la France. Cette marine formée en
deux ans, etc...; ce calme dans toutes les parties de l'empire, etc...,
enfin l'administration, etc...: voilà bien de quoi causer la surprise et
l'admiration, etc...» Est-ce que cela n'est pas glacial? Est-ce qu'une
femme écrit comme cela quand elle croit n'être lue que de son mari?
Mais j'admets qu'elle soit sincère dans ses lettres. C'est possible:
après tout, elle avait aimé l'homme et pouvait s'en ressouvenir
quelquefois; et, d'autre part, elle ne pouvait pas ne pas admirer
l'empereur. Mais pourquoi ne serait-elle pas également sincère dans ses
Mémoires? Je crois, d'une façon générale, à sa sincérité dans les deux
cas. Où a-t-elle dit la vérité? C'est une autre question et dont chacun
décide, le prince aussi bien que M. Taine, par des impressions prises
ailleurs.
En somme, le prince Napoléon a démontré que les témoignages dont se sert
M. Taine étaient suspects, parce qu'ils émanaient des ennemis de
l'empereur. Mais on démontrerait avec la même facilité que les
témoignages de ses amis ne sont pas moins suspects, pour d'autres
raisons. Alors?...
Le parti pris du prince est pour le moins aussi imperturbable et aussi
artificieux que celui de l'académicien. Seulement, il ne paraît pas s'en
douter. Je voudrais pouvoir dire qu'il a d'étonnantes candeurs.
M. Taine ayant rappelé _en note_ qu'on accusait Napoléon «d'avoir séduit
ses soeurs l'une après l'autre»: «Ici, dit le prince, je n'éprouve pour
l'écrivain qui reproduit de telles infamies qu'un sentiment de
commisération.» C'est bientôt dit. J'ignore tout à fait si l'empereur a
eu la fantaisie un peu vive qu'on lui prête, et cela m'est égal; mais je
crois qu'il était fort capable de l'avoir. Pourquoi? Parce que, dans la
situation _unique_ qu'il occupait sur la planète et que ses origines
rendaient plus extraordinaire, la mesure du bien et du mal ne _devait_
pas lui sembler la même pour lui que pour les autres hommes. Et cela,
par la force des choses.
Ailleurs, M. Taine se plaignant qu'on n'ait pas donné toute la
correspondance de Napoléon Ier, le prince répond: «En principe,
j'établis qu'héritiers de Napoléon, nous devions nous inspirer de ses
désirs avant tout, et le faire paraître devant la postérité _comme il
aurait voulu s'y montrer lui-même_.» C'est pourquoi l'on a exclu de la
_Correspondance_ «les lettres ayant un caractère purement privé». Mais
c'est justement de cela que M. Taine se plaint. Mérimée, nous raconte le
prince, s'en plaignait aussi. Il est vrai que Mérimée était «un
sceptique et un cynique».
Dans les dernières pages de son livre, le prince excuse le meurtre du
duc d'Enghien par la raison d'État, justifie la guerre d'Espagne,
affirme que l'empereur n'a été que le propagateur désintéressé des idées
de la Révolution, qu'il n'a jamais été ambitieux ni égoïste, et insinue
que ce qu'il avait peut-être de plus remarquable, c'était la bonté de
son coeur.
Vraiment, c'est là de l'histoire écrite pour les images d'Épinal. Et le
prince, à force de défendre son oncle, le diminue. À le faire si
raisonnable, il risque de lui enlever cette merveilleuse puissance
d'imagination qui l'égale, dans son ordre, aux plus grands artistes, à
Dante et à Michel-Ange. Napoléon est beaucoup plus grand dans le livre
de son «détracteur» que dans celui de son apologiste. Et, malgré tout,
en dépit de la fragilité de quelques-uns des témoignages invoqués par M.
Taine, les traits principaux de la figure qu'il a tracée demeurent. On
sent que la constitution de l'âme de Napoléon devait être, au fond,
telle qu'il nous la montre. D'abord, tout le premier chapitre est
irréprochable; on y voit, méthodiquement décomposé, le génie d'un grand
homme de guerre et d'un grand conducteur de peuples. Qu'est-ce que le
prince nous dit donc, que M. Taine «arrive à cet extraordinaire paradoxe
d'écrire, sur Napoléon, de longues pages, sans qu'il soit fait même une
allusion à son génie militaire?» Eh bien! et la page sur «les trois
atlas»? M. Taine n'avait pas, je pense, à raconter ici les campagnes de
l'empereur. Dans le second chapitre, c'est l'être moral qui est
décomposé et décrit. La description est effrayante et sombre. Mais,
prenez gardé, elle ne s'appliquerait pas mal à Frédéric II ou à
Catherine de Russie. C'est, au fond, la psychologie plausible de tous
les individus qui ont exercé matériellement une très puissante action
sur les affaires humaines...
L'espace me manque pour conclure. J'aurais voulu dire que, au bout du
compte, j'aime le monstre conçu par M. Taine, non point avec mon coeur,
mais avec mon imagination; que d'ailleurs, après l'homme, l'oeuvre
resterait à juger, et qu'il faut donc attendre; que, si les deux
chapitres de M. Taine me ravissent, le volume du prince Napoléon ne me
déplaît point; que celui-ci juge en «homme d'action» et celui-là en
«philosophe» (je n'ai pas le loisir d'extraire la substance de ces deux
mots), et qu'il faut des uns et des autres pour la variété du monde.