--Vous avez été gardien?... s’écria-t-il.
--A Vanvres, répéta Marc; il n’y a là qu’une maison de fous...
--Monsieur avait le numéro 121, répliqua le Furet.
Le vieillard se laissa retomber sur son fauteuil. Françoise, Marc et le
bossu demeurèrent stupéfaits.
--Vous ne vous étiez donc aperçu de rien? reprit le Furet plus bas, en
regardant M. Michel; au fait, il a de bons moments; c’est ce qui fait
qu’on le surveillait moins et qu’il en a profité pour s’échapper.
--Quoi! s’écria Françoise en joignant les mains, il serait possible! M.
Michel pourrait... M. Michel aurait été... Non, il faut que vous le
preniez pour un autre.
--Il ne me prend point pour un autre, dit le vieillard avec amertume.
Oui, mes amis, cette raison dont vous avez cru que je jouissais, la
justice l’a déclarée absente! Celui que vous regardiez comme votre égal
n’est qu’un fou échappé de sa loge et qu’un mot peut y ramener.
--Mais comment cela a-t-il pu se faire? demanda Françoise anxieuse.
--Ah! ce serait un long récit, chère enfant, dit M. Michel, il faudrait
vous raconter l’histoire de toute ma vie.
--Si on la connaissait, on trouverait peut-être moyen de faire réparer
l’erreur commise à l’égard de M. Michel, fit observer Marc.
Le vieillard secoua la tête.
--Il n’y a point eu d’erreur commise, dit-il tristement; aux yeux du
monde dans lequel nous vivons, ce qui a été fait est bien fait. Mais
votre bonté pour moi vous a donné droit de savoir qui je suis. La
confiance est la seule générosité que puissent faire les malheureux.
Écoutez-moi donc et vous me jugerez ensuite.
Tous les convives reprirent leurs places; le Furet alla chercher une
chaise dépaillée, sur laquelle il s’assit, et le vieillard commença.