XIII.

Un vieil ami du genre humain.

Maître Laurent s’était réservé toutes les mansardes, sauf une seule. Ce

fut vers elle que se dirigea Françoise. Elle arriva à une petite porte

de sapin qui n’était point peinte, y frappa doucement, et sur la

réponse:--Entrez, elle souleva le loquet et se glissa dans la mansarde.

Celle-ci, placée à l’extrémité de la maison, sous la partie la plus

basse du toit, méritait à peine ce nom, et celui de grenier lui eût, à

tous égards, mieux convenu. Carrelée de briques dépareillées que le

maître maçon avait voulu utiliser, et lambrissée seulement à hauteur

d’appui, elle laissait voir à nu, partout ailleurs, la charpente et les

tuiles entre lesquelles glissait le vent du soir, comme le prouvaient

les oscillations du quinquet accroché au-dessous.

Ce dernier éclairait une large table couverte d’_états_ chiffrés, dont

la copie faisait vivre le maître de la mansarde, et de plans et de

papiers dont il s’occupait à ses instants de loisirs.

Quand Françoise entra, M. Michel (c’était son nom) était courbé sur une

grande carte qu’il semblait étudier.

Sa tête chauve au sommet, mais qui avait encore gardé, plus bas, une

couronne de cheveux blancs, présentait un développement vaste et

harmonieux. Ses traits fortement accentués, avaient une noblesse austère

et une sorte de grandeur dont on demeurait frappé malgré soi. Il était

de taille moyenne, maigre et courbé, mais la vigueur de son organisation

se révélait encore sous sa verte vieillesse. Vêtu d’une pelisse de forme

ancienne, et garnie de fourrures maintenant râpées, mais qui avaient été

précieuses, il se tenait les pieds et les jambes enveloppés dans un sac

de peau de mouton, moyen de chauffage aussi économique que nécessaire,

car la mansarde n’avait ni poêle ni foyer. Tout son ameublement

consistait en un lit de sangle, à moitié caché par une vieille

tapisserie fixée au toit, en une chaise de paille, une petite armoire

peinte et quelques rayons de sapin chargés de liasses de papiers.

La table et le fauteuil qui servaient au travail du vieillard formaient

seuls contraste avec ce mobilier indigent. Tous deux étaient en ébène

massif, précieusement travaillé, et appartenant par la forme au siècle

de Louis XIII. Le dos du fauteuil, droit et élevé, se terminait par un

chiffre découpé à jour, et surmonté d’une rosace, tandis que le bureau,

incrusté de filets d’ivoire souvent brisés ou interrompus, était orné,

sur le devant, d’un petit écusson émaillé, qui avait résisté à toutes

les injures du temps.

Au bruit que fit la jeune femme en entrant, le vieillard se détourna, et

un sourire éclaira son visage austère.

--Ah! c’est ma jolie ménagère, dit-il.

--Je suis peut-être en retard, fit observer Françoise, en posant ce

qu’elle apportait sur un petit guéridon qu’elle approcha du bureau;

mais, j’étais sortie... puis il a fallu m’habiller...

Les réprouvés et les élus (t.1) · 第 31 / 87 题