M. Vorel secoua la tête.

--J’en suis sûre, continua vivement la baronne; quand elle a connu

l’état alarmant d’Honorine, elle s’est montrée inquiète, elle m’a écrit

sur-le-champ qu’elle voulait la voir.

--Sans doute, dit le médecin du même ton amer, la maladie de votre fille

l’occupe et l’intéresse! A défaut des enfants, les sœurs sont

légitimes héritières....

--Ah! que dites-vous? interrompit la baronne avec un cri; vous pourriez

supposer....

--Je ne suppose rien, mais je comprends.

--Non, non, c’est impossible! Vos préventions contre madame de Luxeuil

vous rendent injuste; cela ne peut être, docteur, cela n’est pas!.....

Ce serait trop horrible. Elle, grand Dieu! ma sœur, aurait pu penser

que si ma fille.... Ah! pauvre enfant, pauvre enfant!

Elle s’était penchée vers Honorine, qu’elle prit vivement dans ses bras

en la couvrant de baisers et de larmes. Il y eut une assez longue pause.

M. Vorel gardait un silence contraint, qui semblait confirmer et

aggraver ce qu’il venait de dire; enfin pourtant il reprit la parole et

demanda à la malade quand elle comptait rejoindre madame de Luxeuil.

--Je ne la rejoins pas, répondit la baronne, elle vient me chercher.

--Ici! Quand cela?

--Au premier jour; demain peut-être. Son départ dépend du docteur Darcy.

--Comment?

--Vous savez qu’il devait faire ce voyage d’Italie en compagnie de ma

sœur, dont il est l’ami dévoué.

--Je le sais.

--Eh bien! en apprenant ma demande, il a pensé que sa présence pourrait

être utile à deux malades...

--Et il vient à Château-Lavallière?

--Avec madame de Luxeuil.

Les réprouvés et les élus (t.1) · 第 11 / 87 题