CHAPITRE III.

De l'esprit de conquête dans l'état actuel de l'Europe.

Un gouvernement qui voudrait aujourd'hui pousser à la guerre et aux

conquêtes un peuple européen commettrait donc un grossier et funeste

anachronisme; il travaillerait à donner à sa nation une impulsion

contraire à la nature. Aucun des motifs qui portaient les hommes

d'autrefois à braver tant de périls, à supporter tant de fatigues,

n'existant pour les hommes de nos jours, il faudrait leur offrir

d'autres motifs tires de l'état actuel de la civilisation; il faudrait

les animer aux combats par ce même amour des jouissances, qui, laissé à

lui-même, ne les disposerait qu'à la paix. Notre siècle, qui apprécie

tout par l'utilité, et qui, lorsqu'on veut le sortir de cette sphère,

oppose l'ironie à l'enthousiasme réel ou factice, ne consentirait pas à

se repaître d'une gloire stérile, qu'il n'est plus dans nos habitudes de

préférer à toutes les autres. À la place de cette gloire il faudrait

mettre le plaisir; à la place du triomphe, le pillage. L'on frémira si

l'on réfléchit à ce que serait l'esprit militaire appuyé sur ces seuls

motifs.

Certes, dans le tableau que je vais tracer, il est loin de moi de

vouloir faire injure à ces héros qui, se plaçant avec délices entre la

patrie et les périls, ont, dans tous les pays, protégé l'indépendance

des peuples; à ces héros qui ont si glorieusement défendu notre belle

France. Je ne crains pas d'être mal compris par eux; il en est plus d'un

dont l'âme, correspondant à la mienne, partage tous mes sentiments, et

qui, retrouvant dans ces lignes son opinion secrète, verra dans leur

auteur son organe.

Adolphe : Anecdote trouvée dans les papiers d'un inconnu Suivi de quelques réflexions sur le théâtre allemand et sur la tragédie de Wallstein, et de l'esprit de conquête et de l'usurpation · 第 38 / 76 题