L'ouvrage actuel fait partie d'un Traité de politique terminé depuis
longtemps; l'état de la France et celui de l'Europe semblaient le
condamner à ne jamais paraître. Le continent n'était qu'un vaste cachot,
privé de toute communication avec cette noble Angleterre, asile généreux
de la pensée, illustre refuge de la dignité de l'espèce humaine. Tout à
coup, des deux extrémités de la terre, deux grands peuples se sont
répondu, et les flammes de Moscou ont été l'aurore de la liberté du
monde. Il est permis d'espérer que la France ne sera pas exceptée de la
délivrance universelle; la France, qu'estiment les nations qui la
combattent; la France, dont la volonté suffit pour obtenir et donner la
paix. Le moment est donc revenu où chacun peut se flatter d'être utile,
suivant ses lumières et ses forces.
L'auteur de cet ouvrage a pensé qu'ayant été jadis l'un des mandataires
d'un peuple qu'on a réduit au silence, et n'ayant cessé de l'être
qu'illégalement, sa voix, de quelque peu d'importance qu'elle fût
d'ailleurs, aurait l'avantage de rompre cette unanimité prétendue qui
fait l'étonnement et le blâme de l'Europe, et qui n'est que l'effet de
la terreur des Français. Il ose affirmer, avec une conviction profonde,
qu'il n'y a pas dans ce livre une ligne que la presque totalité de la
France, si elle était libre, ne s'empressât de signer.
Il a, du reste, retranché toutes les discussions de pure théorie, pour
extraire seulement ce qui lui a paru d'un intérêt immédiat. Il aurait pu
accroître cet intérêt par des personnalités plus directes; mais il a
voulu conserver avec scrupule ce qu'un profond sentiment lui avait
dicté, quand la terre était sous le joug. Il a éprouvé de la répugnance
à se montrer plus amer ou plus hardi contre l'adversité méritée que
contre la prospérité coupable. Si les calamités publiques laissaient à
son âme la faculté de s'ouvrir à des considérations personnelles, il lui
serait doux de penser que lorsqu'on a voulu travailler sans
contradicteurs à l'asservissement général, on a trouvé nécessaire
d'étouffer sa voix.
Hanovre, ce 21 décembre 1813.