M. Betonneau sourit d'un air supérieur.

--Oh! madame, certain... N'ayez aucun doute... D'ailleurs, nul en vous

voyant ne pourrait croire que le trop heureux mortel qui est aimé de

vous songe à...

Il sourit encore, galamment cette fois, et reçut avec dignité une

enveloppe que Denise, rougissante, lui glissait et qui contenait la

récompense promise.

--Cette affaire que prépare M. Cartier m'a beaucoup intéressé,

reprit-il. Je la suivrai...

Il regarda Denise et ajouta:

--Les jolies femmes ne comprennent pas toujours très bien les questions

d'intérêt... J'avais songé à vous en parler, mais, tout bien considéré,

je préfère en traiter directement avec monsieur votre mari... Et soyez

assurée, chère madame, que je ne vous compromettrai aucunement à ses

yeux. Comptez sur la discrétion d'un homme d'honneur.

Il se retira avec majesté.

Denise ne comprit ce dernier discours que quelques jours après. Son

mari qui, de coutume, était de caractère enjoué, rentra un soir si

visiblement soucieux qu'elle lui demanda anxieusement ce qui était

arrivé.

--Une histoire désagréable, ma petite Denise, lui dit-il en s'efforçant

en vain de lui sourire. Je ne te parle pas en général de mes affaires

parce que cela n'est vraiment pas intéressant pour toi, mais il

m'arrive un très grave ennui... Herbin, mon associé actuel, est un

forban qui me laisse tout le travail et tire à lui tout ce qu'il peut

des bénéfices. Je veux me séparer de lui, et j'ai pris mes dispositions

pour me passer de son usine... J'en ai installé une autre et c'est

pourquoi j'ai été si souvent absent depuis deux mois...

--Tu aurais mieux fait de me l'expliquer, remarqua Denise...

--Pour quoi faire, ma chérie?... Et puis, vois-tu, je ne voulais pas

que cela soit su et ma petite Denise est un peu bavarde et ne peut pas

toujours garder un secret... Bref, je prenais de grandes précautions

pour cacher mes intentions et voilà qu'un individu a tout appris. C'est

un certain Betonneau, une canaille finie. Je ne le connais pas, je ne

sais comment il a eu l'idée de me surveiller, de faire une enquête...

Toujours est-il qu'ayant découvert l'usine que je fais aménager et

ayant appris mes projets, il m'a fait chanter purement et simplement

en me menaçant de tout dire à Herbin, ce qui me ferait un tort

considérable...

--Et alors? demanda Denise.

--Et alors j'ai dû me soumettre, que veux-tu, et faire ce que voulait

le Betonneau, c'est-à-dire l'engager par contrat, comme surveillant, à

des appointements importants, je t'assure. C'est exaspérant... Avoir

chez soi une telle canaille et ne pouvoir s'en débarrasser... Comment

a-t-il eu l'idée de me surveiller, je me le demande...

--Mon Dieu! comme c'est ennuyeux pour toi, dit Denise... Tout cela,

c'est de la faute d'Yvonne... Mais tu ne peux pas comprendre... Alors,

écoute, ne me parle plus jamais de cela, veux-tu?

Le spectre de M. Imberger · 第 22 / 61 题