--Monsieur, c'est un monsieur qui vient de la part d'une société
philanthropique de Paris.
--Eh bien! faites-le entrer, dit M. Blestat. Il replia son journal,
secoua dans le feu la cendre de son cigare et se renversa dans son
fauteuil.
Introduit par le domestique, parut un personnage long et blême, râpé et
grisonnant.
--Monsieur, j'ai bien l'honneur, dit-il avec aisance en prenant un
siège que lui indiquait M. Blestat. Charmante habitation que vous avez
là, monsieur; une des plus belles de la ville; votre jardin doit en
été être un paradis, un vrai paradis; votre salon, que je viens de
traverser...
--Auriez-vous la bonté de m'apprendre le motif de votre visite,
interrompit M. Blestat.
--Merci de me le rappeler. Voici: vous êtes bien, n'est-ce pas, M.
Théodore Blestat, négociant, veuf, âgé de cinquante-cinq ans, père d'un
jeune homme de vingt-huit ans, M. Philippe... Non, ne vous impatientez
pas, vous allez me comprendre. La société philanthropique, n'en parlons
plus, n'est-ce pas. C'était pour être reçu... Il s'agit d'autre
chose. Donnez-moi cinq minutes, vous verrez, vous verrez! Votre fils,
mon cher monsieur, est fiancé à Mlle Claire Verralive. Le dîner
de fiançailles a eu lieu hier. Le mariage aura lieu prochainement.
Belle alliance, très belle alliance. Jeune fille ravissante, de la
fortune, des relations et surtout quelle respectabilité! M. Verralive,
le père, est un homme d'un autre âge. Il est pur, rigide, intègre,
intransigeant. Sa vie est un cristal, son nom sert d'exemple...