CHAPITRE XII.

Page 146, ligne 15: Par une nouvelle et délicieuse mélodie.

Lambert, Boisset et Molière (c'est le musicien, et non l'auteur)

contribuèrent aussi à cette révolution musicale. On commençait à

introduire alors dans les orchestres un plus grand nombre

d'instruments; aux violons on joignit les flûtes, les clavecins, les

guitares, les téorbes, les luths. (Loret, liv. IX, p. 26-28.) Les

cantatrices en vogue, mesdemoiselles La Barre, Raymond et Hilaire,

ajoutaient, par la beauté et la puissance de leur voix, aux charmes de

la nouvelle musique.

Page 146, ligne 18: C'est alors.

Mazarin donna alors un grand repas, qui coûta, dit-on, 300,000 liv.;

somme qui ne surprendra pas quand on saura qu'il y eut à la suite de

ce repas une loterie. Loret a décrit avec beaucoup de prolixité dans

sa gazette le bal donné par MADEMOISELLE à la cour, ainsi que les

fêtes données par Fouquet, par Mazarin, par la duchesse de

Lesdiguières, par la maréchale de L'Hospital, par madame de La

Bazinière.

Page 146, lignes avant-dernière et dernière: Que les promenades

au Cours, que la foire Saint-Germain.

La foire Saint-Germain se tenait à la même place où l'on a construit

un marché qui porte aussi le nom du saint, et dans deux halles longues

de 130 pas, larges de cent, composées d'une charpente fort exhaussée,

divisées régulièrement en neuf rues, et partagées en vingt-quatre îles

bordées d'un nombre considérable de loges ou de boutiques, enfermées

dans un enclos où l'on entrait par sept portes. Cette charpente fut

brûlée en 1763. Il n'y avait pas alors à Paris ce luxe de boutiques et

de magasins qui depuis le siècle de Louis XIV, et surtout dans ces

dernières années, n'a cessé de s'accroître sans fin et sans mesure; de

sorte que l'ouverture de la foire Saint-Germain fut pendant longtemps

un événement pour les Parisiens. Elle avait lieu le 3 février. Cette

foire se prolongeait jusqu'à la semaine sainte, et souvent même au

delà.

De même, pour se rendre compte de l'attrait que pouvait avoir alors la

promenade du Cours, il faut se représenter l'état de Paris à cette

époque. Ses magnifiques boulevards n'existaient pas, ou plutôt Paris

avait de véritables boulevards, c'est-à-dire des fortifications

flanquées de bastions: toute la ville était entourée de remparts et de

fossés profonds qui servaient à sa défense, mais point aux promeneurs.

Les rues étaient étroites, resserrées; la place des Victoires, la

place Vendôme et la place Louis XV n'existaient pas. Le Luxembourg ou

palais d'Orléans, qui plus tard fut renfermé dans l'enceinte de Paris,

était hors de ses murs, et ses jardins n'étaient point publics: il en

était de même de ceux du palais Cardinal ou Palais-Royal. Les seules

promenades publiques qui existassent dans l'intérieur de la ville se

réduisaient donc à la place Royale (au Marais), au jardin du Temple,

qui n'existe plus aujourd'hui, et aux Tuileries. Mais le jardin des

Tuileries, qui fait aujourd'hui l'admiration de l'Europe, n'était pas

tel, alors, que Le Nostre et les accroissements successifs de la

capitale l'ont fait depuis. Subdivisé en une trentaine de

plates-bandes ou de bosquets (dont un formait un labyrinthe)[A], tous

égaux, séparés par des allées étroites, il était beaucoup plus

resserré qu'aujourd'hui. A l'extrémité du massif d'arbres qui succède

au parterre, l'espace découvert où est le grand bassin était

l'intérieur d'un bastion dont les terrasses latérales étaient les

faces, et dont la pointe se trouvait à l'endroit où est actuellement

l'entrée du jardin: là existait avant nos révolutions le petit pont de

bois qu'on nommait encore le pont tournant, quoiqu'il ne tournât plus.

Au delà, au lieu de cette magnifique place Louis XV, de ces massifs

d'arbres, de ces longues allées qu'on nomme les Champs-Élysées, qui

font suite au jardin des Tuileries et se prolongent jusqu'à l'Arc de

triomphe, on n'apercevait que des terres labourables, nues, sans une

seule plantation. Trois routes ou chemins coupaient ces champs, et

aboutissaient à deux portes de la ville, l'une à la porte

Saint-Honoré, près la place actuelle de la Madeleine; l'autre à la

porte de la Conférence, placée à l'extrémité actuelle de la terrasse

des Tuileries du côté de la Seine. (Voyez le plan de Paris de Berey,

en quatre feuilles). Après avoir gagné par une de ces deux portes,

mais ordinairement par la dernière, le chemin qui bordait la rivière,

on arrivait, après un court trajet, à la promenade que l'on nommait le

_Cours la Reine_, parce qu'elle avait été faite par Marie de Médicis

pendant sa régence. Cette promenade se composait de trois allées

d'arbres, longues de six cents toises, entourées de fossés, et ayant

aux deux extrémités deux grands portails, qui se fermaient par des

grilles en fer. L'allée du milieu avait six à sept toises de largeur,

et les deux autres la moitié. Un vaste espace rond, de trente-cinq

toises de diamètre, coupait ces trois allées par le milieu. C'est dans

cette promenade, qui ne fut détruite qu'en 1723, que la cour au temps

de madame de Sévigné se rendait dans les beaux jours, en voiture et à

cheval; c'était le bois de Boulogne, le Hyde-Park de Londres de cette

époque, si toutefois ces deux promenades elles-mêmes, si brillantes au

temps de ma jeunesse, ne sont pas passées de mode. Sauval dit qu'au

Cours on se rencontrait, on se saluait, on se parlait, et que les

hommes y avaient presque toujours le chapeau bas. Il en était ainsi

avant nos révolutions, le jeudi, sur les boulevards du nord, où trois

files de voitures se promenaient lentement, pour que les dames qui

étaient dedans pussent s'entretenir avec les personnes de leur

société, qui étaient à pied et à cheval; là on se disait les

nouvelles, là on se faisait des invitations. Il n'était d'usage

d'aller au bois de Boulogne que le dimanche, et dans l'allée de

Longchamps; et là, comme sur les boulevards, les carrosses marchaient

lentement ou s'arrêtaient, à cause des nombreuses conversations

particulières. Aujourd'hui cette manière serait mortellement

ennuyeuse; on a besoin de courir, comme des gens qui s'enfuient et

s'évitent.

[A] Conférez Segrais, _Nouvelles françaises, ou les

Divertissements de la princesse Aurelie_, t. I, p. 147 à 155, et

les plans de Paris de Gomboust, 1652.

Page 148, lignes 21, 24, 25: Anne d'Autriche..... ne chercha point

à mettre de digue à ce torrent de dissipation et de licence.

Ce fut surtout au retour du voyage de la cour à Lyon, et dans l'hiver

de 1659, que le goût des mascarades se répandit. La reine elle-même

avait peine à se défendre du plaisir que causaient alors ces sortes de

divertissements. «On se déguise souvent, dit mademoiselle de

Montpensier; nous fîmes une mascarade la plus jolie du monde.» Elle

rapporte qu'elle et mademoiselle de Villeroi étaient habillées en

paysannes de la Bresse. «Mon corps, dit-elle, était lacé de perles et

attaché avec des diamants; il y en avait partout.» Le comte de Guiche,

le duc de Roquelaure, Puiguilhem (depuis le duc de Lauzun, qui épousa

MADEMOISELLE), et le marquis de Villeroi, étaient au nombre des

bergers... Le roi et tous ceux qui l'accompagnaient étaient déguisés

en vieillards, et toutes les femmes de sa troupe en vieilles. «La

reine, ajoute MADEMOISELLE, nous trouva fort à sa fantaisie, ce qui

n'est pas peu. Nous allâmes à l'Arsenal, où le maréchal de la

Meilleraye donnait une grande assemblée.» Cette même mascarade eut

encore lieu un autre jour et de la même manière, parce que la reine, à

qui elle avait beaucoup plu, le désira. (Montpensier, _Mém._, t. XLII,

p. 408.) MADEMOISELLE nous donne encore des détails curieux sur la

mascarade que firent le chevalier de Sillery, la comtesse d'Olonne et

le prince de Marsillac, alors son amant. Toute la troupe alla

s'habiller chez Gourville. Ces détails confirment tout ce que Bussy a

raconté, dans son _Histoire amoureuse des Gaules_, sur ces

personnages. Le chevalier de Gramont, qui courtisait à la même époque

la comtesse d'Olonne, était outré que le prince de Marsillac eût mieux

réussi que lui; et comme ce dernier ne passait pas pour avoir beaucoup

d'esprit, Gramont avait coutume de dire que Marsillac, comme un autre

Samson, avait vaincu ses rivaux avec une mâchoire d'âne.

Il y eut encore à cette époque une aventure qui fit rire tout Paris,

et qui prouve ce que nous avons avancé dans le texte au sujet des

mascarades. Un jeune page de MADEMOISELLE, remarquable par la

fraîcheur de son teint, la finesse de ses traits et sa figure

féminine, prenait plaisir à se promener déguisé en jeune fille, à

écouter les discours et les galanteries de ceux qui se méprenaient sur

son sexe; mais un jeune et riche bourgeois en devint sérieusement

amoureux: le page poussa les choses au point de se laisser emmener

chez le bourgeois; et au moment où celui-ci se croyait au comble de

ses vœux, le page se débat, s'échappe d'entre ses bras, s'enfuit,

fait une chute, et laisse apercevoir sous ses jupes, au bourgeois

étonné, ses vêtements de page. Ces scènes indécentes étaient le

prélude de celles, bien autrement coupables, de la jeunesse de l'abbé

de Choisy. (Conférez Montpensier, _Mém._, t. XLII, p. 330; _ibid._, p.

389; Loret, _Muse historique_, lib. IX, p. 44, 6 juillet; _Vie de

l'abbé de Choisy_, l'_Histoire de la comtesse de Barre_, et une note

de M. Monmerqué dans son édition des _Lettres de Madame de Sévigné_,

qui indique que le manuscrit, beaucoup plus complet, de cette histoire

existe à la bibliothèque de l'Arsenal.) En 1658, le premier jour de

carême, on vit une troupe de masques déguisés en capucins et en

capucines. Les prédicateurs dénoncèrent en chaire cette impiété; la

reine se fâcha, et l'on sut que les coupables étaient l'abbé de

Villarceaux, Ivry, ce mylord anglais amant de la duchesse de

Châtillon, le comte d'Olonne et sa femme, Jeannin, trésorier de

l'épargne. (Loret, liv. IX, p. 31, 23 février, et p. 43, 16 mars

1658.)

Page 149, ligne 18: Ses Mémoires nous apprennent.

«Les deux premiers jours, dit MADEMOISELLE (t. XLII, p. 308), après le

départ de la cour (en 1658), je m'ennuyai un peu, particulièrement le

temps où j'avais accoutumé d'aller au Louvre. J'en fus bientôt

désaccoutumée. J'allais tous les jours au Cours, je me promenais deux

ou trois fois à cheval. Mademoiselle de Villeroi y vint avec moi, et

Bonneuil, qui était retiré à Paris, et madame de Sévigné. Hors elles,

tout ce qui était accoutumé de se promener avec moi ne montait pas à

cheval.» (Conférez t. I, p. 292 de la collect. de Michaud.)

Ce fut pour désennuyer MADEMOISELLE pendant son exil, que Segrais, qui

était son secrétaire, composa cette suite de petits romans intitulée

_Nouvelles françaises, ou les Divertissements de la princesse

Aurélie_, 1657, in-8º. Dans la première, intitulée _Eugénie_ (t. I, p.

41), un amant se déguise en femme de chambre pour s'introduire près de

sa maîtresse. C'est dans les Mémoires de MADEMOISELLE que nous

trouvons les détails les plus curieux sur l'influence fâcheuse de ces

sortes de déguisements relativement aux mœurs de la cour, et surtout

sur celles du jeune duc d'Anjou et de ses indignes favoris, Guiche,

Villequier, Manicamp, etc. (Voyez l'_Hist. am. des Gaules_, 1754, t.

I, p. 49, 52, 56, 62, 132; Montpensier, t. XLII, p. 408.) Toute la

vigilance d'Anne d'Autriche n'y put rien: peut-être eût-il mieux valu

qu'elle en eût eu moins, et que ce jeune prince eût pu avoir à se

défendre contre une séductrice moins âgée que la princesse Palatine.

Un tel début, des appas si flétris, n'étaient pas propres à lui donner

du goût pour le commerce des femmes.

Page 150, ligne 9: Plusieurs mariages.

C'est dans cette année que le prince de Marsillac épousa l'héritière

de Liancourt (Loret, liv. IX, p. 67, en date du 4 mai), et que la

fille de Servien fut mariée au marquis de Rosny (Loret, liv. IX, p.

154, en date du 5 octobre).

Page 155, note 2, _lettre autographe de Mazarin à Colbert_.

Soulavie a imprimé cette lettre dans les _OEuvres de Saint-Simon_, t.

I, p. 241, mais mutilée, et avec des fautes d'impression sans nombre:

au lieu d'Hervart, ce financier si connu, il écrivit Hervaut; au lieu

de madame de Venel (gouvernante des nièces de Mazarin), il met Venès;

et ainsi du reste.

Page 157, ligne 25: Il écrivait tous les jours.

La première séparation de Louis XIV et de Marie de Mancini eut lieu le

22 juin 1659. Dans la correspondance qui s'établit ensuite par lettres

entre eux, Vivonne fut l'intermédiaire.

Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (2/6) · 第 96 / 146 题