Page 273, ligne 12: Il (Scarron) se décida à s'embarquer.
Une femme, nommée Céleste Palaiseau, devait accompagner Scarron dans
ce voyage. C'était une fille bien née, qu'il avait séduite dans sa
jeunesse. Elle s'était faite ensuite religieuse. Son couvent ayant été
supprimé en raison des dettes qu'il avait contractées, Scarron l'avait
reprise avec lui par commisération. (Conférez la note suivante.)
Page 274, ligue 12: Cependant la première embarcation pour la
nouvelle colonie eut lieu.
La Martinière, dans la _Vie de Scarron_, t. I, p. 47, et madame
Guizot, dans la _Vie des Poëtes Français_, t. I, p. 485, ont confondu
les dates relatives à la formation de cette compagnie et au mariage de
Scarron. Cette compagnie se forma en l'année 1651, et le mariage de
Scarron ne se fit que l'année suivante. Nous mettrons ici les extraits
des lettres de Scarron et de Loret relatifs à cette curieuse affaire.
«Je jurerais bien qu'arrivant à l'Amérique, où mon chien de destin me
mène....» _Lettre à la comtesse de Fiesque_, dans les _OEuvres de
Scarron_, t. I, p. 34.
«Mais mon chien de destin m'emmène dans un mois aux Indes
occidentales; ou plutôt j'y suis poussé par une sorte de gens fâcheux
qui se sont depuis peu élevés dans Paris, et qui se font appeler
_pousseurs de beaux sentiments_. On ne demande plus parmi eux si on
est honnête homme; on demande si on pousse de beaux sentiments. Voilà,
notre cher ami, le plus spirituel de l'Europe, ce qui me fait fuir en
Amérique. Je me suis donc mis pour mille écus dans la nouvelle
compagnie des Indes, qui va faire une colonie à trois degrés de la
ligne, sur les bords de l'Orillane et de l'Orénoque. Adieu, France;
adieu, Paris; adieu, tigresses déguisées en anges; adieu, Ménage,
Sarrazin, Marigny: je renonce aux vers burlesques, aux romans comiques
et aux comédies, pour aller dans un pays où il n'y aura ni faux béats,
ni filoux de dévotion, ni inquisition, ni hiver qui m'assassine, ni
fluxion qui m'estropie, ni guerre qui me fasse mourir de faim.»
Scarron, _OEuvres_, 1737, t. I, p. 41.
Madame Guizot regrettait de ne pas connaître la date de cette lettre
de Scarron; on voit, par la gazette de Loret, liv. II, p. 14, lettre
4, en date du 22 janvier 1652, qu'elle a dû être écrite en décembre
1651:
Une prudente maréchale
Dans l'Amérique occidentale
Va, dit-on, planter le piquet:
Non pas pour jouer au piquet,
Ni planter des choux ni des raves,
Mais pour, en trafiquant d'esclaves,
Gagner bravement tous les ans
Des cent cinquante mille francs;
Ninon, la belle courtisane,
Et le sieur d'Aubigny, dit-on,
Parent du défunt roi breton.
Et liv. II, p. 179 (lettre en date du 31 décembre), Loret dit encore:
Monsieur Scarron, dit-on, se pique
De transporter dans l'Amérique
Son corps maigret, faible et menu,
Quand le printemps sera venu;
Et que l'aimable sœur Céleste,
Qui pour l'esprit en a de reste,
Doit être aussi, sans manquement,
Comprise en cet embarquement.
Cet embarquement eut lieu un peu au-dessous de Paris, le 13 mai 1652,
ainsi que nous l'apprend la gazette de Loret:
Hier samedi, chose certaine,
Sur le beau fleuve de la Seine,
S'embarquèrent dessous Paris,
Tant veufs que garçons, que maris,
Non point pour aller en Afrique
Mais en un coin de l'Amérique,
Des hommes jusques à sept cents,
Sans y comprendre les absents;
De plus, sept douzaines de filles,
Pour établir là des familles,
Et multiplier audit lieu,
Selon l'ordonnance de Dieu.
LORET, III, 57e lettre, du 10 mai 1652, p. 68.
Un abbé de Mariveau, qui était le chef principal de l'entreprise, se
noya dans la Seine, près du Cours, en voulant sauter dans le bateau.
(Cf. Raynal, _Hist. des Établissements européens dans les deux
Mondes_, édit 1820, in-8º, t. VII, p. 44, et Ternaux-Compans, _Notice
hist. sur la Guyane française_, 1843, in-8º, p. 50 à 59.)
Page 276, ligne 6: Ménage, qui n'aimait pas le marquis.
Tallemant rapporte que Ménage disait sans cesse à madame de Sévigné
que son plus grand malheur était d'avoir épousé le marquis de Sévigné,
et qu'il n'était personne qui, les connaissant tous deux, ne dit
aussitôt: «Quel homme pour une telle femme!»