Je ne sentais plus la fatigue et nous nous trouvions à l'extrémité
de la forêt dans une lande moins triste à traverser que la
première. Nous y marchions facilement, la nuée n'avait point crevé
par là, le terrain était sec, et nous étions enfin sûrs d'être
bien seuls sur un grand espace découvert. Le ciel plein d'étoiles
paraissait immense sur ce pays inculte dont, faute de bras, les
parties fertiles étaient en friche. On ne cultivait plus dans le
voisinage des habitations, tous les hommes étaient partis pour les
armées. La République avait dit: «Ne songeons qu'à la guerre, que
les jeunes gens se battent, que les femmes tissent des étoffes et
cousent des uniformes, que les enfants et les vieillards fassent
de la charpie pour les blessés ou _tressent des couronnes _pour
les vainqueurs!» Danton avait ajouté: _Que toutes les affaires
soient interrompues! _-- Danton pouvait dire cela aux Parisiens.
Les indigents y étaient nourris aux frais de la ville, on les
payait même pour former un auditoire aux assemblées des sections.
Mais le paysan! pour lui, les affaires interrompues, c'était la
terre à l'abandon, le bétail mort et les enfants sans pain! Voilà
ce que les gens des villes ne se disaient pas, et ils s'étonnaient
naïvement que le peuple des campagnes fût irrité ou découragé.
Ce malheur général favorisait l'évasion d'Émilien. Les campagnes
étaient désertes. Les fougères et les genêts croissant en liberté
formaient de grosses touffes entre lesquelles on pouvait dormir
sur l'herbe avec plus de sécurité que dans les citadelles. On
n'entendait d'autre voix que celles des perdrix rassemblant leur
couvée, quelquefois le petit cri plaintif des oiseaux de nuit
s'appelant d'un arbre à l'autre. Ces pauvres arbres, rares et
chétifs, montraient çà et là leur tête écimée toute ronde; on eût
dit des personnes placées en observation. Mais nos yeux étaient
trop exercés pour s'y tromper.
Nous pouvions enfin nous parler sans crainte d'être entendus et
sans avoir à lutter contre les difficultés ou les incertitudes du
chemin. J'étais sûre d'être dans la bonne direction.
Je demandai à Émilien comment il se faisait que, courant après
lui, je m'étais tout à coup trouvée hors de la route avec lui.
M. Costejoux, jugeant qu'il y aurait peut-être trop de témoins au
relais des Taupins, l'avait fait descendre à peu de distance. Il
avait profité du désordre où l'orage mettait sa petite escorte
pour lui dire de se glisser dans un fossé et de s'y tenir couché
jusqu'à ce que je vinsse le chercher, se promettant de m'avertir
au rendez-vous où il pensait me trouver. Ni le postillon ni les
cavaliers ne s'étaient aperçu de l'évasion, et il comptait que la
nuit se passerait sans qu'ils en eussent le moindre soupçon.
Émilien s'était d'abord caché; mais il avait reconnu mon pas et ma
voix, car il paraît que je faisais des exclamations de chagrin
sans le savoir. Sans doute j'étais affolée par cette course, par
l'inquiétude et par le tonnerre. Je disais: «Mon Dieu, mon Dieu!
... Dieu est-il aussi contre nous?»
Émilien m'avait suivie, n'osant m'appeler, courant aussi de toute
sa force. Il n'avait pu me joindre qu'au moment où j'avais été
comme foudroyée en travers du chemin. Il m'avait emportée, voyant
bien que je n'étais pas morte, car je continuais à dire: «Mon
Dieu, mon Dieu, vous ne voulez donc pas?» mais il avait craint que
je ne fusse folle ou aveugle, car je ne pouvais avancer et je ne
savais pas où j'étais.
-- Ah! ma pauvre chère Nanon, dit-il, quelle peur j'ai eue! j'ai
regretté un moment de ne pas être resté en prison, je me suis
maudit d'avoir accepté une délivrance qui te coûterait si cher!
Dis-moi donc à présent où est Dumont et comment il se fait que je
t'aie trouvée seule? Est-il là quelque part à nous attendre?
Force me fut de lui raconter ce qui s'était passé, ce qui lui
causa une grande inquiétude.
-- Et que va devenir ce pauvre ami? dit-il: quand il s'éveillera,
il voudra courir après nous, il ira aux Taupins, il s'informera,
il éveillera des soupçons, il se compromettra peut-être, il se
fera arrêter...
-- Ne craignez pas cela, lui dis-je, Dumont est très prudent, et il
l'est d'autant plus le lendemain d'un jour d'ivresse. Il craint de
laisser voir sa faute et ne parle pas volontiers, même à ses amis.
Il se dira que nous sommes en route pour Crevant, où il nous a
assuré un refuge et il nous y rejoindra.
-- Crevant! s'écria-t-il: c'est là que nous allons nous cacher?
-- Oui, nos mesures sont prises et je sais très bien le chemin
qu'il faut suivre; Dumont me l'a expliqué et je l'ai vu sur la
carte.
-- Mais tu ne sais donc pas que ce Millard, qui a dénoncé mes
malheureux compagnons de chambrée, les frères Bigut, est le maire
de Crevant?
Je fus épouvantée et je faillis renoncer au refuge que j'avais
fait préparer; mais, en tenant conseil à nous deux, nous revînmes
à mon projet. Ce Millard était ou un méchant homme qui avait eu
pour but une vengeance personnelle, ou un patriote bête qui
n'avait pas cru envoyer ces deux victimes à la mort. Dans le
premier cas, il n'avait pas de raison, ne nous connaissant pas,
pour nous persécuter. Dans le second, il se repentait et ne
recommencerait pas. Enfin, il pouvait être absent de la commune ou
malade. C'était à nous d'éviter de passer par le bourg et de nous
enfoncer dans les terres, si la maison louée par Dumont n'était
pas assez loin du danger.
Mais où et quand pourrions-nous retrouver Dumont?
Nous résolûmes d'attendre le jour sur la partie la plus élevée du
plateau, dans les broussailles, d'où, sans être vus, nous pouvions
dominer toute cette campagne découverte et voir venir.
J'étais atrocement fatiguée. Je m'endormis profondément, le soleil
levant m'éveilla en me frappant dans les yeux. Je me lève, je
regarde, Émilien avait disparu. J'étais seule avec l'âne, dont le
bât et le chargement m'avaient servi de lit.
La peur me prit.
-- Il aura été chercher Dumont, me dis-je, et il se sera fait
arrêter!
Je regardai de tous côtés. Rien! Je rechargeai l'âne sans savoir
ce que je faisais, sans me demander ce que j'allais faire. Je
regardai encore, j'aperçus loin, bien loin, deux hommes sur le
petit chemin que nous avions parcouru la veille. Combien je me
tourmentai, tant qu'il ne me fut pas possible de les reconnaître!
Enfin, je les distinguai bien; c'était Émilien ramenant notre
pauvre Dumont, encore bien abattu, car il lui donnait le bras et
activait sa marche.
Nous nous remîmes en route tout de suite. Dumont ne nous parlait
pas, Émilien me fit signe de le laisser se ravoir peu à peu. Nous
n'avions pas besoin de ses indications pour marcher droit à notre
but sans nous attarder aux détours et croisements. Outre l'étude
que j'avais faite du pays sur la carte, nous avons, nous autres
Marchois, un sens particulier pour voyager à vol d'oiseau. Il n'y
a pas bien longtemps que nos émigrations d'ouvriers allaient
encore ainsi à Paris et dans toutes les grandes villes où l'on
emploie des escouades de maçons. Avant les chemins de fer, on les
rencontrait par grandes ou petites bandes sur tout le territoire,
et, comme ils passaient partout à travers champs, on s'en
plaignait beaucoup.
Pendant la Terreur, on n'en vit plus et nous pûmes circuler dans
le désert. Nous descendîmes le cours d'un ruisseau qui s'appelle
le Gourdon, mais sans descendre dans le petit ravin où il coule et
où il y a quelques moulins et habitations; nous le quittâmes à la
forêt de Villemort pour aller traverser à gué la Bordesoule; puis,
ayant passé le chemin qui mène à Aigurande, nous prîmes sur notre
gauche, et, après une journée de sept à huit lieues, nous entrâmes
enfin, sans passer par Crevant, dans le pays sauvage que nous
cherchions.
Nous étions servis à souhait. C'était une oasis de granit et de
verdure, un labyrinthe où tout était refuge et mystère. Partout de
gros blocs arrondis sortant de terre ou montant les uns sur les
autres comme des cailloux roulés, de petits chemins creux tout
bossués où de minces charrettes passaient avec peine, de plus
petits encore où elles ne passaient pas du tout et qui
s'enfonçaient dans les sables traversés d'eaux courantes où l'on
marchait sans enfoncer. Une végétation superbe sur tout cela. Des
châtaigniers énormes sur toutes les collines et, dans les fonds,
des buissons épais, des poiriers sauvages couverts de fruits, des
chèvrefeuilles tout fleuris; des houx et des genévriers gros comme
des arbres, des racines courantes qui faisaient des ponts sur les
sables éboulés, ou qui se traînaient comme des serpents
monstrueux.
-- Comment, me disait Émilien, toute la France persécutée ne vient-
elle pas se cacher dans de pareils endroits? Il n'y a pas un coin
grand comme la main où l'on risque de marcher à découvert, et l'on
ne fait pas trois enjambées sans trouver une cachette excellente.
Combien de milliers de personnes ne faudrait-il pas pour en
découvrir une seule!
Dumont, en nous voyant si contents de notre asile, avait repris
courage.
-- Ce pays est trop pauvre, nous dit-il, pour que des gens habitués
à leurs aises puissent y vivre seulement quelques jours. Vous y
souffrirez peut-être un peu, tout sobres et endurcis que vous
êtes, surtout s'il nous faut y passer l'hiver. On fera son
possible pour s'arranger; mais ne parlez pas à des anciens riches
de vivre comme cela dans des creux de ravins, sans rencontrer à
qui parler. Ils y deviennent fous et préfèrent se livrer.
Il disait vrai. Dans ce temps-là, beaucoup de gens aimaient mieux
aller à la mort que de traîner la misère, témoin ce pauvre prêtre
que nous avions vu mourir parce qu'il était las de se cacher.
Quant à nous, heureux d'être réunis, pleins de force et de
jeunesse, fiers d'avoir réussi à nous sauver, habitués à vivre de
peu et à voir des bois et des rochers, nous entrions là comme dans
le paradis -- et, si nous eussions pu oublier le malheur et le
danger des autres, c'eût été, en effet, le paradis pour nous.
Je m'étais détachée de mes compagnons, en chemin, pour aller
acheter dans un village un peu d'huile, de sel et de pain,
quelques ustensiles de ménage et menue vaisselle. Nous ne nous
tourmentions guère du repas du soir, mais il devait être exquis.
Les châtaigneraies étaient remplies de ceps énormes, et sous les
buissons les chanterelles d'un jaune d'ambre sortaient propres et
fraîches de la mousse. Dans notre pays, on connaît très bien les
champignons, et c'est une grande ressource que les gens du Berry
ont ignorée et laissé perdre pendant bien longtemps. Encore
aujourd'hui ne les connaissent-ils pas bien et des accidents
arrivent. Nous en trouvions donc à souhait, et cette récolte
n'attirait personne. Dans ce temps-là, outre la levée en masse qui
dépeuplait tout, ce coin de pays n'était ni cultivé ni habité. Il
avait pourtant des propriétaires, nouveaux acquéreurs comme chez
nous, qui comptaient bien en tirer quelque chose; mais ils n'y
venaient qu'à la saison des châtaignes, ces arbres d'un si beau
rapport ne réclamant aucun soin le reste de l'année.
Nous pénétrâmes, après une longue marche, dans la partie que nous
devions habiter. Nous passâmes un ruisseau qui chantait en
sautillant à travers ces énormes cailloux de granit ronds comme
des pains et gros comme des maisons. Il n'y avait ni pont ni
passerelle, on sautait d'un bloc à l'autre. Nous montâmes une
petite falaise de rochers et nous nous trouvâmes dans un beau
jardin naturel de gazon, de fleurs et d'arbustes. C'était la
partie où l'on avait, de tout temps, exploité le granit pour les
pays qui n'ont pas de bonnes pierres, et le terrain remué et fumé
par les animaux employés aux transports s'était couvert des plus
belles plantes; mais l'exploitation des granits était une pauvre
industrie depuis qu'on ne bâtissait plus ni églises ni châteaux.
La difficulté des transports était trop grande pour les petites
bourses, et, d'ailleurs, là comme partout, il n'y avait plus
d'ouvriers. Dumont avait vu partir le dernier et il lui avait loué
sa baraque, dix francs pour un an.
-- Elle n'est pas belle, nous dit-il en s'enfonçant sous les arbres
qui ombrageaient une forte pente, mais elle est solide, assez
grande, et bien cachée. Nous l'arrangerons. Tout le terrain
environnant nous est loué aussi moyennant vingt francs. Nous avons
le droit d'y prendre de quoi bâtir.
Cette baraque n'était, en effet, qu'un campement de carriers; mais
elle eût pu braver un siège quant aux murailles, formées de blocs
entaillés de manière à présenter des parois à peu près lisses à
l'intérieur. La toiture était faite d'un long bloc effrayant à
voir, mais si bien posé en équilibre, qu'il ne pouvait tomber; et,
comme il était trop près du sol pour qu'on pût se tenir debout
dans l'habitation qu'il couvrait, on avait creusé plus bas dans
l'épaisseur du sable. C'était donc très propre et assez sain, pour
peu qu'on entretînt les rigoles pour empêcher l'eau pluviale de
s'y engouffrer.
-- Mais vois donc! me dit Émilien qui examinait cette construction
massive avec étonnement; il est impossible que ces carriers aient
remué de pareils blocs; ils ont trouvé cela tout fait. C'est ce
que M. le prieur appellerait un dolmen, ce que chez nous on
appelle une _aire aux fées._
Il ne se trompait pas. Malgré les entaillures faites récemment et
les parties de maçonnerie ajoutées pour remplir les intervalles
entre les roches, c'était bien un monument celtique, et il ne nous
fallut que regarder autour de nous pour en voir plusieurs autres,
les uns entamés pour l'exploitation, les autres encore intacts.
Il était très facile, avec une claie de branches et de la fougère
tressée, de me faire une chambre à côté de la grande, et tout de
suite Émilien voulut se mettre à l'oeuvre, pendant qu'avec de la
terre du ruisseau et des mousses très épaisses qui tapissaient son
lit à une profondeur de deux ou trois pieds, Dumont calfeutrait
les parois disjointes de la bâtisse. Moi, je m'occupai du
mobilier_. _Il_ _était facile à inventorier, un vieux trépied de
fer pour la cuisine en plein vent, une grande cruche, une grande
écuelle, une douzaine de planches mal équarries, plus quelques
souches taillées sur une face et servant d'escabeaux. De lits et
de literie, il ne fallait point parler: ni table, ni armoires,
point de cheminée. Je n'eus d'autre ouvrage à faire que des
projets pour tirer parti de ce dénûment, tout en préparant la
souper. On passa la première nuit à la belle étoile comme tant
d'autres. Mais le pays était froid, et nous touchions à la fin de
l'été. Dès le lendemain, on se mit à l'oeuvre. Avant tout, on
s'assura que la porte était solide, car il ne manquait pas de
pistes de loup sur le sable aux environs. On répara le battant de
la fenêtre, qui ne tenait plus. On fit une séparation pour que
j'eusse ma chambre bien à moi, et on laissa une grosse fente entre
deux roches pour que j'eusse aussi ma fenêtre que je bouchais le
soir avec une botte d'herbes et de mousses. Nous avions apporté de
Châteauroux, dans le chargement de l'âne, les outils nécessaires
pour travailler le bois. Avec les planches, on fit trois caisses
que l'on remplit de cette bonne mousse tirée du ruisseau que nous
avions découverte et qui, bien séchée au soleil, nous fournit
d'excellents lits, faciles à renouveler. J'avais apporté trois de
ces grandes blouses blanches qui conservent les habits quand on
est obligé de coucher avec: j'étais devenue, depuis que j'étais
garçon, adroite et forte de mes mains pour les ouvrages de garçon.
Pendant que les hommes faisaient les gros meubles, la table et les
lits, je façonnais des cuillers et des fourchettes de bois, voire
des sébiles et un drageoir pour le sel. Je fis aussi, avec du fil
de fer, un gril pour les champignons. J'obtins une planche entière
pour un rayon où j'installai ce que j'appelais pompeusement ma
vaisselle. J'avais tout ce qu'il fallait pour coudre et
raccommoder, du savon, des brosses, des peignes, douze serviettes.
Je m'étais préoccupée de tout ce qui permet la propreté, n'ayant
jamais redouté dans la misère que la nécessité de vivre salement.
J'étais experte en ressources de ce genre, j'avais fait mon
apprentissage de bonne heure chez mon grand-oncle, qui n'était
exigeant que sur ce chapitre-là. Il ne voulait point que l'on se
mît à table sans avoir la figure nette et les mains fraîchement
lavées.
On s'occupa aussi d'une hutte bien solide pour l'âne. Il avait
remplacé Rosette dans mes affections; car, au milieu du drame de
ma vie, j'étais restée bien enfant, ou plutôt je le redevenais au
premier jour de répit. C'était un bon âne, très intelligent, très
fort et même ardent au travail malgré sa petite taille et son air
tranquille. Il était dressé comme un chien et je ne pouvais faire
un pas qu'il ne fût à mes côtés, toujours prêt à jouer ou à
accepter le service. Il nous fut bien utile pour porter le bois et
la terre de nos constructions, car ce qu'il y avait de moins
facile à nous procurer, c'était la terre grasse, et nous étions
forcés de sortir des sables et des cailloux pour l'aller chercher
assez loin dans les fossés.
Malgré toutes nos prévisions et nos provisions, il nous manquait
encore bien des choses, mais nous avions l'essentiel pour le
moment, et nous eûmes la chance de faire notre installation, qui
dura huit jours, sans apercevoir une figure humaine.
Pareille chose serait bien impossible aujourd'hui, quoique ce pays
soit encore très sauvage d'apparence, peu bâti, et médiocrement
peuplé; mais on a fait des chemins, on a défriché une grande
partie des terres incultes, on a brisé beaucoup de rochers et il
s'est créé d'assez bonnes petites fermes. En 93, au sortir de
l'ancien régime, où le paysan n'avait rien et où le grand
propriétaire toujours absent ne savait seulement pas où ses terres
étaient situées, au milieu de l'anarchie des campagnes et du
dépeuplement forcé, nous étions là un peu comme Robinson dans son
île. Aussi, la première fois que nous vîmes, au bord d'un
ruisseau, la trace d'un pied humain, nous nous regardâmes, Émilien
et moi, et la même pensée nous vint. Nous avions lu _Robinson
_ensemble avec délices. Nous nous étions rêvé nous aussi, une île
à nous deux. Nous avions quelque chose d'analogue, mais les
sauvages étaient plus près!