UNIVERSITÉS

Parmi les Universités situées dans les grandes villes, j’ai vu

particulièrement celles de New-York, Philadelphie, Boston, Chicago,

Minneapolis, Toronto au Canada; mais, par une combinaison très heureuse,

une partie importante de la vie universitaire s’est depuis fort

longtemps réfugiée dans le silence et l’air pur des campagnes. Au nombre

des établissements de ce dernier genre que j’ai visités et où j’ai

séjourné, il faut citer: Harward, Oberlin, Mount Holyoke College,

Vassar.

Harward est très connu comme grande Université pour la jeunesse

masculine. Aux portes de Boston, ville déjà traditionnelle, pleine de

souvenirs studieux et d’un esprit tourné vers les lettres, les sciences

et les arts, Harward est en outre richement doté par des amis anciens et

nouveaux. Une foule d’illustrations américaines en sont sorties. Le

Président Roosevelt y a fait ses études. Harward avec Yale, sa rivale en

jeux sportifs et en travaux savants, sont des foyers dont le rayonnement

s’aperçoit de loin. Oberlin est moins connu en France. Et cependant

l’Université de l’État d’Ohio porte le nom d’un Français illustre,

Oberlin, le grand pasteur qui vivait au Ban-de-la-Roche, à la limite du

XVIIIe et du XIXe siècle. Ce pasteur alsacien fut le pionnier d’une

piété vivante et originale. Il se servait du pic et de tous les outils

routiers et champêtres, aussi bien que du langage ordinaire, pour donner

un corps à la doctrine de l’Évangile, et il traduisait la Bible en actes

pratiques, en civilisation, en institutions sociales. Cet homme a frappé

l’esprit d’un peuple qui a défriché, bâti, civilisé plus que nul autre.

Ils en ont fait un de leurs modèles vénérés, et son nom demeure attaché

à l’une de leurs Universités. Oberlin-College est situé en pleine

campagne, au milieu d’une contrée verdoyante, légèrement ondulée. Une

toute petite ville est à côté de l’Université et porte le même nom.

Le long de larges avenues sont situées les maisons des professeurs,

comme à Harward et toutes les Universités du même genre. Une série de

bâtiments spéciaux, répandus sur un vaste «campus», gazonné et planté

d’arbres superbes, renferment les laboratoires, les salles de cours et

d’études, les collections, la bibliothèque, le Musée d’Art et le

Conservatoire de Musique. Sauf certaines parties de la médecine, qui ont

besoin des grandes villes et de la proximité de leurs hôpitaux, toutes

les branches du savoir humain y sont enseignées. L’Université est

coéducationnelle. Le nombre d’étudiantes est sensiblement égal à celui

des étudiants. Au centre des nombreux bâtiments, tapissés de lierre, qui

constituent l’ensemble universitaire, une église s’élève où, tous les

matins, la population entière de cette jeunesse, s’assemble avec ses

maîtres, afin de commencer la journée par une lecture édifiante. Le

Conservatoire de Musique, très suivi, fournit des éléments artistiques

de premier ordre et contient une salle pour les auditions, dans laquelle

se construit en ce moment même un des plus grands orgues des États-Unis.

Les étudiants forment des sociétés musicales et chorales, actives tout

le long de l’année. Ils sont, en outre, groupés en sociétés de tout

genre, où ils poursuivent ensemble la culture scientifique et la culture

morale. La presque totalité d’entre eux se rattache en outre aux

diverses organisations gymnastiques et athlétiques. Ainsi l’Université

est une sorte de ruche bourdonnante en pleine heureuse solitude. C’est

un monde, rappelant par son isolement studieux et son travail recueilli,

les bois sacrés des muses. Une atmosphère de paix y environne les études

qui, par le perpétuel contact d’un grand nombre de jeunes personnes et

de jeunes gens laborieux, atteignent un degré d’intensité considérable,

sans que la vie physique y perde ses droits. On sent qu’il règne

beaucoup de contentement et un salubre esprit ambiant. Toute cette

jeunesse porte sur sa figure l’indice d’une existence normale et

équilibrée. En somme, elle passe là d’heureuses années. J’ai pu m’en

convaincre, non seulement par le train journalier, observé dans les

diverses Universités, et par le ton dominant qui y règne, mais encore

par les souvenirs que la vie universitaire laisse au cœur de ceux qui

l’ont partagée. Partout j’ai rencontré des hommes et des femmes qui en

parlent avec émotion et gratitude. Oberlin est un centre plus populaire

que Harward ou Yale. Tout ce jeune monde a son avenir à créer et ne doit

compter que sur soi-même.

Les étudiants et les étudiantes demeurent dans des maisons séparées,

rattachées à l’Université et situées à proximité des cours.

Il n’y a ni cuisines ni salles à manger dans les maisons des étudiants.

Les repas sont pris en commun dans celles où sont installées les

étudiantes. Les tables sont par groupes de douze à vingt, et il y règne

une aimable cordialité. J’ai toujours joui, très spécialement, du coup

d’œil d’ensemble sur ces tables, où la présence des deux sexes mettait

une note originale dont l’effet sur leur éducation mutuelle est

salutaire à tous.

Si jeunes qu’elles soient, comparativement à nos vieilles Universités

européennes, les Universités américaines ont leur histoire, pieusement

recueillie. On dirait que l’Amérique est d’autant plus ménagère de ses

souvenirs, que la région en est moins étendue. Partout, dans les

Universités comme dans les écoles primaires, sont conservés, sur des

plaques commémoratives, les noms et les traits des fondateurs de

laboratoires, de bibliothèques, de musées universitaires, ainsi que les

noms des anciens élèves qui se sont distingués dans le monde. Au premier

rang figurent les actes de dévouement et d’héroïsme.

Westpoint on Hudson, principale école de guerre des États-Unis, consacre

particulièrement le souvenir des morts héroïques. Westpoint est un nid

d’aigle assis sur les rochers qui tombent à pic dans le fleuve. Une fois

arrivé là-haut, on découvre un plateau très étendu où se trouvent

d’immenses casernes, des salles d’étude et de cours et un champ de

manœuvres sur lequel, au moment même où nous arrivions, marchait,

drapeaux déployés et musique en tête, toute la population de l’école.

Ces jeunes gens ont une tenue superbe. La moitié au moins de leur temps

se passe aux exercices physiques. Beaucoup d’entre eux, excellents

cavaliers, s’entraînent à un jeu spécial consistant à taper sur des

boules du haut de leur cheval. Armés de maillets à long manche, ils

s’élancent à travers la plaine gazonnée, et l’adresse avec laquelle ils

évoluent est, à certains moments, stupéfiante.

Parmi les immenses bâtiments de Westpoint il en est un destiné aux

souvenirs guerriers, c’est le Memorial-Hall. Pas un fils de l’Amérique

ne tombe sur le champ d’honneur sans que son nom ne soit gravé là. Les

généraux ont leurs bustes ou leurs portraits. Des tableaux consacrent

certains faits militaires particuliers. Dans ce bâtiment sont de vastes

salles où se célèbrent les anniversaires. A certains jours, la

population de l’école s’augmente d’hôtes qu’un lien quelconque rattache

à l’armée. Ces jours-là sont les grandes dates du sentiment patriotique,

un sentiment qui, pour être plus visiblement exprimé dans les fastes de

Wespoint, n’en existe pas moins vivace et vibrant à travers toutes les

écoles américaines.

Vers le cœur de l'Amérique · 第 34 / 55 题