Des confidences particulièrement dignes de foi nous ont guidé dans le
cours de ce récit. La partie du public dont l'intérêt passionné
s'attachait naguère au mystère dramatique d'une brillante existence
parisienne peut donc lire ces pages avec confiance: elle y trouvera la
vérité même sur le caractère et la destinée d'un homme qui nous paraît
être une des physionomies les plus expressives de son temps et de son
pays, le comte Louis Lange d'Ardennes de Camors.
Dire d'un scélérat qu'il était né scélérat, d'une femme légère qu'elle
était née courtisane, c'est une vaine et triste parole qu'on entend
chaque jour et qu'on lit partout. Cette banalité a l'inconvénient de
renverser en passant quelques notions de morale encore accréditées dans
la foule. Si l'homme n'est responsable de ses actes que devant la
gendarmerie, à la bonne heure; mais, tant que l'humanité ne se sera pas
rendue tout entière à cette croyance aussi élevée que salutaire, il faut
tâcher de se persuader et de persuader aux autres qu'il n'y a point de
fatalités de naissance. Cela est tout au moins encourageant pour les
pères qui se donnent la peine d'élever leurs enfants, et pour les gens
de bien qui se dévouent à l'éducation populaire. Nous croyons, quant à
nous, que le héros de ce livre était né pour être un honnête homme, ou
le contraire, ou quelque chose entre les deux, suivant la direction que
ses précepteurs naturels devaient imprimer à ses penchants et à ses
facultés, suivant le milieu moral dont il subirait l'influence, et enfin
suivant l'usage qu'il ferait lui-même sur lui-même de sa volonté
intelligente et libre.