La cousine le fouilla, chercha partout, mais en vain.
Betty:--Madame ne veut pas croire aux fées; c'est pourtant très probable
que ce sont elles qui ont emporté les dents et les cheveux de Madame.
--Sotte! dit Mme Mac'Miche en s'éloignant précipitamment. Venez lire,
Monsieur! et tout de suite.»
Charles aurait bien voulu s'esquiver, trouver un prétexte pour ne pas
lire, mais la cousine le tenait par l'oreille; il fallut marcher,
s'asseoir, prendre le livre et lire. Son supplice ne fut pas long, parce
que le dîner fut annoncé une demi-heure après; les fées avaient donné
une heure de bon temps à Charles. Les événements terribles qui venaient
de se passer effacèrent du souvenir de Mme Mac'Miche la faute et la
punition de Charles: elle le laissa dîner comme d'habitude.
A peine Mme Mac'Miche eut-elle mangé deux cuillerées de potage, qu'elle
s'aperçut d'un corps dur contenu dans l'assiette; croyant que c'était
un os, elle chercha à le retirer et vit... ses dents! La joie de les
retrouver adoucit la colère qui cherchait à se faire jour; car, malgré
sa crédulité aux fées et la frayeur qu'elle en avait, elle conservait
ses doutes sur le rôle que leur avaient fait jouer Betty et Charles;
elle se promit d'autant plus de redoubler de surveillance et de
sévérité, mais elle n'osa pas en reparler, de peur d'éveiller la colère
des fées.
Charles redemanda du bouilli.
Madame Mac'Miche:--Ne lui en donne pas, Betty; il mange comme quatre.
Charles:--Ma cousine, j'en ai eu un tout petit morceau, et j'ai encore
bien faim.
Madame Mac'Miche:--Quand on est pauvre, quand on est élevé par charité
et qu'on n'est bon à rien, on ne mange pas comme un ogre et on ne se
permet pas de redemander d'un plat. Tâchez de vous corriger de votre
gourmandise, Monsieur.»
Charles regarda Betty, qui lui fit signe de rester tranquille. Jusqu'à
la fin du dîner, Mme Mac'Miche continua ses observations malveillantes
et méchantes, comme c'était son habitude. Quand elle eut fini son café,
elle appela Charles pour lui faire encore la lecture pendant une ou deux
heures. Forcé d'obéir, il la suivit dans sa chambre, s'assit tristement
et commença à lire. Au bout de dix minutes il entendit ronfler: il leva
les yeux. Bonheur! la cousine dormait! Charles n'avait garde de laisser
échapper une si belle occasion; il posa son livre, se leva doucement,
vida le reste du café dans la tabatière de sa cousine, cacha son livre
dans la boîte à thé, son ouvrage dans le foyer de la cheminée, et
s'esquiva lestement sans l'avoir éveillée. Il alla rejoindre Betty, qui
lui donna un supplément de dîner.
Betty:--Ne va pas faire comme tantôt et disparaître quand ta cousine te
demandera. Elle se doute de quelque chose, va; nous ne réussirons pas
une autre fois. Cette clef que j'avais si adroitement posée sur son
ouvrage! Ton visage enfariné, tes convulsions, les miennes; tout ça
n'est pas clair pour elle.
Charles:--Je me suis pourtant trouvé bien à propos pour rentrer à temps
dans ma prison!
Charles:--C'est égal, c'est trop fort! Elle croit bien aux fées, mais
pas à ce point. Sois prudent, crois-moi.»
Charles sortit, mais au lieu de rentrer chez sa cousine, il ouvrit comme
le matin la porte du jardin et courut chez Juliette. Voilà trois fois
qu'il y va; nous allons le suivre et savoir ce que c'est que Juliette.