Betty:--Oui, Madame; je n'y manquerai pas.»

Au bout d'une demi-heure, Betty alla dans sa chambre; elle n'y trouva

personne. Charles n'était pas rentré; elle regarda à la fenêtre...,

personne!

«J'en étais sûre! Me voilà dans de beaux draps, à présent! Qu'est-ce

que je dirai? Comment expliquer?... Ah! une idée! Elle est bonne pour

Madame, qui croit aux fées et qui en a une peur effroyable. On lui fait

croire tout ce qu'on veut en lui parlant fées. Je crois donc que mon

idée est bonne; avec tout autre, ça n'irait pas.

--Betty, Betty! cria la voix aigre.

Betty:--Voici, Madame.

Madame Mac'Miche:--Eh bien? Charles? envoie-le-moi.

Betty:--Je l'aurais déjà envoyé à Madame, si j'avais la clef du cabinet;

mais je ne peux pas la trouver.

Madame Mac'Miche:--Elle est à la porte, je l'y ai laissée.

Betty:--Elle n'y est pas, Madame; j'y ai regardé.

Madame Mac'Miche:--C'est impossible; il ne pouvait pas ouvrir par

dedans.

Betty:--Que Madame vienne voir.

Mme Mac'Miche se leva, alla voir et ne trouva pas la clef.

Madame Mac'Miche:--C'est incroyable! je suis sûre de l'avoir laissée à

la porte. Charles!... Charles!... Veux-tu répondre, polisson!»

Pas de réponse. Le visage de Mme Mac'Miche commença à exprimer

l'inquiétude.

Madame Mac'Miche:--Que vais-je faire? Je n'ai plus que lui pour me lire

haut pendant que je tricote. Mais cherche donc, Betty! Tu restes là

comme un constable, sans me venir en aide.

Betty:--Et que puis-je faire pour venir en aide à Madame? Je ne suis pas

en rapport avec les fées!

Madame Mac'Miche, effrayée:--Les fées? Comment, les fées? Est-ce que

vous croyez... que... les fées...?

Betty, l'air inquiet:--Je ne peux rien dire à Madame: mais c'est

extraordinaire pourtant que cette clef... ait disparu... si...

merveilleusement...--Et puis, ce Charlot qui ne répond pas! Les fées

l'auront étranglé... ou fait sortir peut-être.

Madame Mac'Miche:--Mon Dieu! mon Dieu! Que dis-tu là, Betty? C'est

horrible! effroyable!...

Betty:--Madame ferait peut-être prudemment de ne pas rester ici... Je

n'ai jamais eu bonne opinion de cette chambre et de ce cabinet.»

Mme Mac'Miche tourna les talons sans répondre et se réfugia dans sa

chambre.

«J'ai été obligée de mentir, se dit Betty; c'est la faute de ma

maîtresse et pas la mienne, certainement; il fallait bien sauver

Charles. Tiens! je crois qu'elle appelle.

--Betty!» appela une voix faible.

Betty entra et vit sa maîtresse terrifiée, qui lui montrait du doigt la

clef placée bien en évidence sur son ouvrage.

Betty:--Quand je disais! Madame voit bien! Qu'est-ce qui a placé cette

clef sur l'ouvrage de Madame? Ce n'est certainement pas moi, puisque

j'étais avec Madame!»

L'air épanoui et triomphant de Betty fit naître des soupçons dans

l'esprit méfiant de Mme Mac'Miche, qui ne pouvait comprendre qu'on n'eût

pas peur des fées.

«Vous êtes sortie d'ici après moi, dit-elle en regardant Betty fixement

et sévèrement.

Betty:--Je suivais Madame; bien certainement, je n'aurais pas passé

devant Madame.

Madame Mac'Miche:--Allez ouvrir le cabinet et amenez-moi Charles, qui

mérite une punition pour n'avoir pas répondu quand je l'ai appelé.»

Betty sortit, et, après quelques instants, rentra précipitamment en

feignant une grande frayeur.

«Madame! Madame! Charlot est tué,... étendu mort sur le plancher! Quand

je disais! les fées l'ont étranglé.»

Mme Mac'Miche se dirigea avec épouvante vers le cabinet, et aperçut en

effet Charles étendu par terre sans mouvement, le visage blanc comme un

marbre. Elle voulut l'approcher, le toucher; mais Charles, qui n'était

pas tout à fait mort, fut pris de convulsions et détacha à sa cousine

force coups de poing et coups de pied dans le visage et la poitrine.

Betty, de son côté, fut prise d'un rire convulsif qui augmentait à

chaque coup de pied que recevait la cousine et à chaque cri qu'elle

poussait; la frayeur tenait Mme Mac'Miche clouée à sa place, et Charles

avait beau jeu pour se laisser aller à ses mouvements désordonnés. Un

coup de poing bien appliqué sur la bouche de sa cousine fit tomber ses

fausses dents; avant qu'elle eût pu les saisir, et pendant qu'elle

était encore baissée, Charles se roula, saisit les faux cheveux de Mme

Mac'Miche, les arracha, toujours par des mouvements convulsifs, les

chiffonna de ses doigts crispés, ouvrit les yeux, se roula vers Betty,

et, lui saisissant les mains comme pour se relever, lui glissa les dents

de sa cousine.

«Dans sa coupe», dit-il tout bas.

Les convulsions de Charles avaient cessé; son visage si blanc avait

repris sa teinte rose accoutumée; les sourcils seuls étaient restés

pâles et comme imprégnés de poudre blanche, probablement celle que les

fées avaient répandue sur son visage, et que l'agitation des convulsions

avait fait partir. Betty, moins heureuse que Charles, ne pouvait encore

dominer son rire nerveux. Mme Mac'Miche ne savait trop que penser de

cette scène; après avoir promené ses regards courroucés de Charles à la

bonne, elle tira les cheveux du premier pour l'aider à se relever, et

donna un coup de pied à Betty pour amener une détente nerveuse; le moyen

réussit: Charles sauta sur ses pieds et s'y maintint très ferme, Betty

reprit son calme et une attitude plus digne.

Madame Mac'Miche:--Que veut dire tout cela, petit drôle?

Charles:--Ma cousine, ce sont les fées.

Madame Mac'Miche:--Tais-toi, insolent, mauvais garnement! Tu auras

affaire à moi, avec tes f..., tu sais bien!

Charles:--Ma cousine, je vous assure... que je suis désolé pour vos

dents...

Madame Mac'Miche:--C'est bon, rends-les-moi.

Charles:--Je ne les ai pas, ma cousine, dit Charles en ouvrant ses

mains; je n'ai rien,... et puis, pour vos cheveux...

Madame Mac'Miche:--Tais-toi, je n'ai pas besoin de tes sottes excuses;

rends-moi mes dents et mes boucles de cheveux.

Un bon petit diable · 第 5 / 87 题