... Le jour fixé par la petite princesse pour lâcher dans la campagne
les oiseaux chanteurs était arrivé.
Nous étions cinq personnes qui devions procéder à cette importante
opération, et, une voiture partie de chez la reine nous ayant déposés à
l'entrée des sentiers de Fataoua, nous nous enfonçâmes sous bois.
La petite Pomaré qu'on nous avait confiée marchait tout doucement entre
Rarahu et moi qui, tous deux, lui donnions la main; deux suivantes
venaient par derrière, portant sur un bâton la cage et ses précieux
habitants.
Ce fut dans un recoin délicieux du bois de Fataoua, loin de toute
habitation humaine, que l'enfant désira s'arrêter.
C'était le soir; le soleil déjà très bas ne pénétrait plus guère sous
l'épais couvert de la forêt; au-dessus de toute cette végétation, il y
avait encore les grands mornes qui jetaient sur nous leurs ombres. Une
lumière bleuâtre, qui descendait d'en haut comme dans les caves, tombait
à terre sur un tapis de fougères fines et exquises; sous les grands
arbres s'étalaient des citronniers tout blancs de fleurs.--On
entendait de loin dans l'air humide le bruit de la grande cascade;--
autrement, c'était toujours ce silence des bois de la Polynésie,--
sombre pays enchanté, auquel il semble qu'il manque la vie.
La petite-fille de Pomaré, grave et sérieuse, ouvrit elle-même la porte
aux oiseaux,--et puis nous nous retirâmes tous pour ne point troubler
ce départ.
Mais les petites bêtes avaient l'air peu disposées à prendre la volée.
Celle qui la première passa la tête à la porte,--une grosse linotte
sans queue,--parut examiner attentivement les lieux, et puis elle
rentra, effrayée de ce silence et de cet air solennel,--pour dire aux
autres sans doute: "Vous vous trouverez mal dans ce pays; le Créateur
n'y avait point mis d'oiseaux; ces ombrages ne sont pas faits pour
nous."
Il fallut les prendre tous à la main pour les décider à sortir, et quand
toute la bande fut dehors, sautillant de branche en branche d'un air
inquiet,--nous retournâmes sur nos pas.
Il faisait déjà presque nuit. Nous les entendîmes derrière nous jusqu'au
moment où nous fûmes hors des grands bois...
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. .