Alors commença une nuit étrange, toute remplie de visions fantastiques
et d'épouvante.
Les draperies d'écorce de mûrier voltigeaient autour de moi avec des
frôlements d'ailes de chauves-souris, le terrible vent de la mer passait
sur ma tête. Je tremblais de froid sous mon pareo.--Je sentais toutes
les terreurs, toutes les angoisses des enfants abandonnés...
Où trouver en français des mots qui traduisent quelque chose de cette
nuit polynésienne, de ces bruits désolés de la nature,--de ces grands
bois sonores, de cette solitude dans l'immensité de cet océan,--de ces
forêts remplies de sifflements et de rumeurs étranges, peuplées de
fantômes;--les Toupapahous de la légende océanienne, courant dans les
bois avec des cris lamentables,--des visages bleus,--des dents
aiguës et de grandes chevelures...
Vers minuit, j'entendis au dehors un bruit distinct de voix humaines qui
me fit du bien; et puis une main prit doucement la mienne:
C'était Téharo qui venait voir si j'avais encore la fièvre.
Je lui dis que j'avais aussi le délire par instants, et d'étranges
visions,--et le priai de rester près de moi. Ces choses sont
familières aux Maoris, et ne les étonnent jamais.
Il garda ma main dans la sienne, et sa présence apporta du calme à mon
imagination.
Il arriva aussi que, la fièvre suivant son cours, j'eus moins froid,--
et finis par m'endormir.