Depuis longtemps je pouvais couramment parler le _tahitien de la plage_
qui est au tahitien pur ce que le _petit-nègre_ est au français;--mais
je commençais aussi à m'exprimer sans embarras au moyen des mots
corrects et des tournures bizarres d'autrefois, et Pomaré consentait à
tenir de longues conversations avec moi. J'avais deux personnes à
m'aider dans l'étude de cette langue qui bientôt ne se parlera plus:
Rarahu et la reine.
La reine, pendant nos longues parties d'écarté, me reprenait avec
intérêt, charmée de me voir étudier et aimer cette langue destinée à
disparaître.
Je trouvais plaisir à l'interroger sur les légendes, les coutumes et les
traditions du passé... Elle parlait lentement, d'une voix basse et
rauque; je recueillais de sa bouche d'étranges récits sur les temps
anciens, sur ces temps mystérieux et oubliés que les Maoris appellent:
_la nuit_.
Le mot _po_, en tahitien, désigne en même temps la nuit, l'obscurité et
les époques légendaires dont les vieillards ne se souviennent plus.