Les renseignements qui me furent sur-le-champ fournis par Tétouara se
résumaient à peu près à ceci:
--Ce sont deux petites sottes qui ne sont pas comme les autres, et ne
font rien comme nous toutes. La vieille Huamahine qui les garde est une
femme à principes, qui leur défend de se commettre avec nous.
Elle, Tétouara, eût été personnellement très satisfaite si ces deux
filles se fussent laissé apprivoiser par moi; elle m'engageait très
vivement à tenter cette aventure.
Pour les trouver, il suffisait, d'après ses indications, de suivre sous
les goyaviers un imperceptible sentier qui au bout de cent pas
conduisait à un bassin plus élevé que le premier et moins fréquenté
aussi.--Là, disait-elle, le ruisseau de Fataoua se répandait encore
dans un creux de rocher qui semblait fait tout exprès pour le tête-à-
tête ou trois personnes intimes.--C'était la salle de bain particulière
de Rarahu et de Tiahoui; on pouvait dire que là s'était passée toute
leur enfance...
C'était un recoin tranquille, au-dessus duquel faisaient voûte de grands
arbres-à-pain aux épaisses feuilles,--des mimosas, des goyaviers et de
fines sensitives. L'eau fraîche y bruissait sur de petits cailloux
polis; on y entendait de très loin, et perdus en murmure confus, les
bruits du grand bassin, les rires des jeunes femmes et la voix de
crécelle de Tétouara.