LES LANGUES MINORITAIRES

= [Citation]

Caoimhín Ó Donnaíle est professeur d’informatique à l’Institut Sabhal

Mór Ostaig, sur l’île de Skye, en Écosse. Il dispense ses cours en

gaélique écossais et maintient un site qui est la principale source

d'information mondiale dans cette langue. Il écrit en mai 2001: "En ce

qui concerne l’avenir des langues menacées, l’internet accélère les

choses dans les deux sens. Si les gens ne se soucient pas de préserver

les langues, l’internet et la mondialisation qui l’accompagne

accéléreront considérablement la disparition de ces langues. Si les

gens se soucient vraiment de les préserver, l’internet constituera une

aide irremplaçable."

= L'Ethnologue

Contrairement aux clichés véhiculés dans les médias, l’internet ne

favorise pas forcément l'hégémonie de l'anglais et n'entraîne pas la

disparition des langues minoritaires. L'internet peut au contraire

contribuer à protéger ces langues, s'il existe une volonté politique et

culturelle dans ce sens. Un outil fondamental - avec une version web

gratuite - est "The Ethnologue: Languages of the World" (L'Ethnologue:

les langues du monde), qui est d'abord un catalogue de langues

minoritaires avant de prendre de l'ampleur et de recenser toutes les

langues de notre planète.

Publié par SIL International (SIL: Summer Institute of Linguistics), un

organisme basé à Dallas (Texas), cet ouvrage de référence est

disponible aussi sur CD-ROM (payant) et en version imprimée (payante).

Il répertorie 6.800 langues selon plusieurs critères (nom de la langue,

famille linguistique, pays dans lesquels la langue est parlée, code

officiel de trois lettres, etc.), avec moteur de recherche unique.

Barbara Grimes, sa directrice de publication entre 1971 et 2000 (8e-14e

éditions), relate en janvier 2000: "Il s’agit d’un catalogue des

langues dans le monde, avec des informations sur les endroits où elles

sont parlées, une estimation du nombre de personnes qui les parlent, la

famille linguistique à laquelle elles appartiennent, les autres termes

utilisés pour ces langues, les noms de dialectes, d’autres informations

socio-linguistiques et démographiques, les dates des Bibles publiées,

un index des noms de langues, un index des familles linguistiques et

des cartes géographiques relatives aux langues."

Les deux principaux outils de recherche sont l'Ethnologue Name Index

(Index des noms de l'Ethnologue), qui donne la liste des noms de

langues et dialectes et de leurs synonymes, et l'Ethnologue Language

Family Index (Index des familles linguistiques de l'Ethnologue), qui

organise les langues selon leurs familles linguistiques.

Dans un entretien par courriel plus ancien, en août 1998, Barbara

Grimes explique que, si la version web est utile, la version imprimée

l'est encore plus, en langue anglaise pour toucher un large public.

"Nous avons eu des demandes nous demandant l'accès à l'Ethnologue dans

plusieurs autres langues, mais nous n'avons pas le personnel ni les

fonds pour la traduction ou la réactualisation, indispensable puisque

notre site est constamment mis à jour. L'internet nous est utile, c'est

un outil pratique qui apporte un complément à notre travail. Nous

l'utilisons principalement pour le courrier électronique. C'est aussi

un moyen commode pour mettre notre documentation à la disposition d'une

audience plus large que celle de l'Ethnologue imprimé. D'un autre côté,

l'Ethnologue sur l'internet n'atteint en fait qu'une audience limitée

disposant d'ordinateurs. Or, dans les personnes que nous souhaitons

atteindre, nombreuses sont celles qui ne disposent pas d'ordinateurs.

Je pense particulièrement aux habitants du dit 'Tiers-monde'."

= European Minority Languages

Autre expérience, celle de Caoimhín Ó Donnaíle, professeur

d’informatique à l’Institut Sabhal Mór Ostaig, situé sur l’île de Skye,

en Écosse. Caoimhín dispense ses cours en gaélique écossais. Il est

aussi le webmestre du site de l’institut, qui est bilingue anglais-

gaélique et se trouve être la principale source d’information mondiale

sur le gaélique écossais. Sur ce site, il tient à jour la page European

Minority Languages (Langues minoritaires en Europe), une liste elle

aussi bilingue, avec classement par ordre alphabétique de langues et

par famille linguistique.

Interviewé en août 1998, Caoimhín raconte: "L'internet a contribué et

contribuera au développement fulgurant de l'anglais comme langue

mondiale. L'internet peut aussi grandement aider les langues

minoritaires. Ceci ne se fera pas tout seul, mais seulement si les gens

choisissent de défendre une langue. Le web est très utile pour

dispenser des cours de langues, et la demande est grande."

Près de trois ans plus tard, en mai 2001, il ajoute: "Nos étudiants

utilisent un correcteur d’orthographe en gaélique et une base

terminologique en ligne en gaélique. (...) Il est maintenant possible

d’écouter la radio en gaélique (écossais et irlandais) en continu sur

l’internet partout dans le monde. Une réalisation particulièrement

importante a été la traduction en gaélique du navigateur Opera. C’est

la première fois qu’un logiciel de cette taille est disponible en

gaélique."

= Windows on Haiti

Guy Antoine, créateur de Windows on Haiti, site de référence sur la

langue haïtienne, relate en novembre 1999: "J’ai fait de la promotion

du kreyòl (créole haïtien) une cause personnelle, puisque cette langue

est le principal lien unissant tous les Haïtiens, malgré l’attitude

dédaigneuse d’une petite élite haïtienne - à l’influence

disproportionnée - vis-à-vis de l’adoption de normes pour l’écriture du

kreyòl et le soutien de la publication de livres et d’informations

officielles dans cette langue. A titre d’exemple, il y avait récemment

dans la capitale d’Haïti un Salon du livre de deux semaines, à qui on

avait donné le nom de 'Livres en folie'. Sur les 500 ouvrages d’auteurs

haïtiens présentés lors du salon, il y en avait une vingtaine en

kreyòl, ceci dans le cadre de la campagne insistante que mène la France

pour célébrer la francophonie dans ses anciennes colonies. A Haïti cela

se passe relativement bien, mais au détriment direct de la

créolophonie.

En réponse à l’attitude de cette minorité haïtienne, j’ai créé sur mon

site Windows on Haiti deux forums de discussion exclusivement en

kreyòl. Le premier forum regroupe des discussions générales sur toutes

sortes de sujets, mais en fait ces discussions concernent

principalement les problèmes socio-politiques qui agitent Haïti. Le

deuxième forum est uniquement réservé aux débats sur les normes

d’écriture du kreyòl. Ces débats sont assez animés, et un certain

nombre d’experts linguistiques y participent. Le caractère exceptionnel

de ces forums est qu’ils ne sont pas académiques. Je n’ai trouvé nulle

part ailleurs sur l’internet un échange aussi spontané et aussi libre

entre des experts et le grand public pour débattre dans une langue

donnée des attributs et des normes de la même langue."

En juin 2001, Guy Antoine rejoint l’équipe dirigeante de Mason

Integrated Technologies, une société dont l’objectif est de créer des

outils permettant l’accessibilité des documents publiés dans des

langues dites minoritaires. "Etant donné l’expérience de l’équipe en la

matière, nous travaillons d’abord sur le créole haïtien (kreyòl), qui

est la seule langue nationale d’Haïti, et l’une des deux langues

officielles (l’autre étant le français). Cette langue ne peut guère

être considérée comme une langue minoritaire dans les Caraïbes

puisqu’elle est parlée par huit à dix millions de personnes."

L'Internet et les langues · 第 14 / 20 题