On dit souvent que l'internet abolit le temps, les distances et les
frontières, mais qu'en est-il des langues? En 2000, le web est
multilingue, mais la barrière de la langue est loin d'avoir disparu. Si
toutes les langues sont désormais représentées sur le web, on oublie
trop souvent que de nombreux usagers sont unilingues, et que même les
polyglottes ne peuvent connaître toutes les langues. Il importe aussi
d'avoir à l'esprit l'ensemble des langues, et pas seulement les langues
dominantes. Il reste à créer des passerelles entre les communautés
linguistiques pour favoriser la circulation des écrits dans d'autres
langues, notamment en améliorant la qualité des logiciels de
traduction.
# Des "nations de langues"
"Comme l’internet n’a pas de frontières nationales, les internautes
s’organisent selon d’autres critères propres au médium. En termes de
multilinguisme, vous avez des communautés virtuelles, par exemple ce
que j’appelle les 'nations des langues', tous ces internautes qu’on
peut regrouper selon leur langue maternelle quel que soit leur lieu
géographique. Ainsi la nation de la langue espagnole inclut non
seulement les internautes d’Espagne et d’Amérique latine, mais aussi
tous les hispanophones vivant aux Etats-Unis, ou encore ceux qui
parlent espagnol au Maroc." (Randy Hobler, consultant en marketing
internet de produits et services de traduction, septembre 1998)
# La "démocratie linguistique"
"Dans un rapport de l'UNESCO du début des années 1950, l'enseignement
dispensé dans sa langue maternelle était considéré comme un droit
fondamental de l'enfant. La possibilité de naviguer sur l'internet dans
sa langue maternelle pourrait bien être son équivalent à l'Âge de
l'Information. Si l'internet doit vraiment devenir le réseau mondial
qu'on nous promet, tous les usagers devraient y avoir accès sans
problème de langue. Considérer l'internet comme la chasse gardée de
ceux qui, par accident historique, nécessité pratique ou privilège
politique, connaissent l'anglais, est injuste à l'égard de ceux qui ne
connaissent pas cette langue." (Brian King, directeur du WorldWide
Language Institute, septembre 1998)
# Un médium pour le monde
"Il est très important de pouvoir communiquer en différentes langues.
Je dirais même que c’est obligatoire, car l’information donnée sur
l'internet est à destination du monde entier, alors pourquoi ne
l’aurions-nous pas dans notre propre langue ou dans la langue que nous
souhaitons lire? Information mondiale, mais pas de vaste choix dans les
langues, ce serait contradictoire, pas vrai?" (Maria Victoria
Marinetti, professeure d’espagnol en entreprise et traductrice, août
1999)
# De bons logiciels
"Quand la qualité des logiciels sera suffisante pour que les gens
puissent converser par écrit et par oral sur le web en temps réel dans
différentes langues, nous verrons tout un monde s'ouvrir à nous. Les
scientifiques, les hommes politiques, les hommes d'affaires et bien
d'autres groupes seront à même de communiquer immédiatement entre eux
sans l'intermédiaire de médiateurs ou traducteurs." (Tim McKenna,
écrivain et philosophe, octobre 2000)
# Dans toutes les langues
"Les recherches sur la traduction automatique devraient permettre une
traduction automatique dans les langues souhaitées, mais avec des
applications pour toutes les langues et non les seules dominantes (ex.:
diffusion de documents en japonais, si l’émetteur est de langue
japonaise, et lecture en breton, si le récepteur est de langue
bretonne). Il y a donc beaucoup de travaux à faire dans le domaine de
la traduction automatique et écrite de toutes les langues." (Pierre-
Noël Favennec, expert à la direction scientifique de France Télécom
R&D, février 2001)
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Sauf indication contraire, les citations présentes dans ce livre sont
des extraits des Entretiens du NEF <http://www.etudes-
francaises.net/entretiens/>. Merci à toutes les personnes ayant accepté
de répondre à des questions sur le multilinguisme, parfois pendant
plusieurs années. Ce livre est disponible aussi en anglais, avec un
texte différent. Les deux versions sont disponibles en ligne
<http://www.etudes-francaises.net/entretiens/multi.htm>.
Marie Lebert, chercheuse et journaliste, s'intéresse aux technologies
dans le monde du livre, des autres médias et des langues. Ses livres et
dossiers sont publiés par le NEF (Net des études françaises),
Université de Toronto, et sont librement disponibles sur le site du NEF
<http://www.etudes-francaises.net>.