A LONDRES.

Paris, 9 juillet 1732.

Je ne vous ai pas écrit un seul mot ce mois-ci; mais il faut me le

pardonner, car j'ai été un peu affairé. J'ai fait une _Zaïre_, qui

est maintenant entre les mains des acteurs: on l'a trouvée touchante

et pleine de ce que les Français appellent _intérêt_; mon intention,

en composant cette nouvelle tragédie, était de mettre en contraste

les idées les plus tendres et les plus majestueuses que puisse

fournir notre religion, avec les effets les plus cruels et les plus

attendrissants de l'amour. Si mes amis ne me trompent pas et ne se

trompent pas eux-mêmes, cette pièce aura quelque succès. J'ai aussi

travaillé à corriger ma tragédie d'_Ériphyle_; je compte vous les

envoyer toutes deux par la prochaine occasion. Ces études continuelles

ne m'ont point empêché de penser à mes amis. J'ai vu mistress _Sallé_

aussi souvent que je l'ai pu: elle est maintenant un peu indisposée.

La mort de son frère a blessé son cœur au vif. Les sentiments de

l'amitié et de la nature balançaient en elle ceux de l'amour. Son cœur

est fait pour la tendresse, mais il semble que tous ses sentiments

se partageaient entre son frère et vous. Maintenant que votre rival

est mort, je pense que vous régnerez seul dans le cœur de mistress

_Sallé_. Le parterre, les loges, les dames, les petits-maîtres, et

jusqu'à mademoiselle _Prévost_, étaient en extase la dernière fois

qu'elle dansa dans le nouvel opéra. Quant à moi, j'en fus étonné, et,

à mon jugement, sa danse d'_Amadis_ ne fut jamais si surprenante et si

admirable.

Quels vers pourrais-je maintenant composer pour elle qui pussent

égaler ses talents? M. _Bernard_ a essayé de lui faire un madrigal,

mais il est loin d'avoir atteint son but. Je suis dans le même cas; je

sens qu'il faudrait dans une inscription une exactitude, une manière

abrégée de peindre, un éclair de sentiment, quelque chose de si serré

ou concis, si clair et si plein, que je désespère d'y parvenir. Je n'ai

rien trouvé que ceci:

De tous les cœurs et du sien la maîtresse,

Elle allume des feux qui lui sont inconnus:

De Diane c'est la prêtresse

Qui vient danser sous les traits de Vénus.

Il me semble que ces quatre vers sont au moins un tableau vrai, sinon

animé, de son talent particulier pour la danse, et de son propre

caractère. Ils répondent aussi à l'intention du peintre, qui la

représente dansante devant le temple de Diane.

Le roi Voltaire · 第 171 / 187 题