NOTES:

[100] «C'est un malheur, mais la France est de la religion de

Voltaire,» a dit Napoléon Ier.

Si la France est de la religion de Voltaire, c'est que Voltaire a fait,

comme Dieu et comme Napoléon, les hommes à son image.

Napoléon, qui voulait la religion, voulait comme Voltaire,--il voyait

plus loin que Voltaire,--que la religion fût la suprême philosophie:

«Moi aussi je suis un philosophe, et je sais que, dans une société

quelle qu'elle soit, nul homme ne saurait passer pour vertueux et

juste, s'il ne sait d'où il vient et où il va. La simple raison

ne saurait nous fixer là-dessus; sans la religion, on marche

continuellement dans les ténèbres.»

[101] Les incrédules qui ont lu Voltaire lui ont prêté leur athéisme,

comme en politique les furieux de liberté lui ont prêté leur démagogie.

M. de Barante a relevé Voltaire des inconséquences de ses écoliers sans

discipline.

«Babouc, chargé d'examiner les mœurs et les institutions de Persépolis,

reconnaît tous les vices avec sagacité, se moque de tous les ridicules,

attaque tout avec une liberté frondeuse. Mais lorsque ensuite il songe

que de son jugement définitif peut résulter la ruine de Persépolis,

il trouve dans chaque chose des avantages qu'il n'avait pas d'abord

aperçus, et se refuse à la destruction de la ville. Tel fut Voltaire.

Il voulait qu'il lui fût permis de juger légèrement et de railler toute

chose; mais un renversement était loin de sa pensée: il avait un sens

trop droit, un dégoût trop grand du vulgaire et de la populace, pour

former un pareil vœu. Malheureusement, quand une nation en est arrivée

à philosopher comme Babouc, elle ne sait pas, comme lui, s'arrêter

et balancer son jugement; ce n'est que par une déplorable expérience

qu'elle s'aperçoit, mais trop tard, qu'il n'aurait pas fallu détruire

Persépolis.»

[102]

Un calife autrefois, à son heure dernière,

Au Dieu qu'il adorait dit pour toute prière:

«Je t'apporte, ô seul roi, seul être illimité,

Tout ce que tu n'as pas dans ton immensité,

Les défauts, les regrets, les maux et l'ignorance.»

Mais il pouvait encore ajouter _l'espérance_.

[103] Ainsi avait fait Pascal. M. Edgar Quinet a dit: «Ce qui fait

de la colère de Voltaire un grand acte de la Providence, c'est qu'il

frappe, il bafoue, il accable l'Église infidèle par les armes de

l'esprit chrétien. Humanité, charité, fraternité, ne sont-ce pas là

les sentiments révélés par l'Évangile! Il les retourne avec une force

irrésistible contre les violences des faux docteurs de l'Évangile.

L'ange de colère verse, dans la Bible, sur les villes condamnées, tout

ensemble le soufre et le bitume, au milieu des sifflements des vents:

l'esprit de Voltaire se promène ainsi sur la face de la cité divine.

Il frappe à la fois de l'éclair, du glaive, du sarcasme. Il verse le

fiel, l'ironie et la cendre. Quand il est las, une voix le réveille

et lui crie: Continue! Alors il recommence, il s'acharne; il creuse

ce qu'il a déjà creusé; il ébranle ce qu'il a déjà ébranlé; il brise

ce qu'il a déjà brisé! car une œuvre si longue, jamais interrompue et

toujours heureuse, ce n'est pas l'affaire seulement d'un individu;

c'est la vengeance de Dieu trompé, qui a pris l'ironie de l'homme pour

instrument de colère.»

[104] Voltaire lui-même, quand il est malade, blessé par un

pamphlétaire ou blessé par la fièvre, s'exaspère jusqu'à perdre sa

philosophie. Pascal gagne la sienne à souffrir, parce que la souffrance

lui apprend mieux le mystère de Jésus.

[105] «L'humanité, en effet. Voltaire ne travailla jamais, et c'est sa

grandeur pour un coin de l'espace, ou pour une heure du temps. Mais

n'est-ce pas là la gloire du dix-huitième siècle tout entier?» GUIZOT.

[106] Voltaire, en 1791, eût peut-être émigré avec Rivarol. Il s'est

toujours un peu moqué des républiques. «Quand je vous suppliais,

écrivait-il au roi de Prusse, d'être le restaurateur des beaux-arts

dans la Grèce, ma prière n'allait pas jusqu'à vous conjurer de rétablir

la démocratie athénienne: je n'aime point le gouvernement de la

canaille.» Mais il aimait la canaille, ce fond de douleur de l'humanité.

[107] «Peut-être que parmi nous plus d'un eût agi comme Voltaire, s'il

eût vécu sous un système qui regardait Alexandre Borgia comme un de

ses guides spirituels; un système qui maintenait dans tous ses excès

criminels une aristocratie empruntant une partie de ses ressources

aux dépouilles de l'autel; un système qui pratiquait la persécution

comme moyen de conviction, et qui jetait dans les flammes un enfant

de dix-huit ans, accusé d'avoir ri pendant que passait une procession

de prêtres. Telles étaient les effroyables erreurs et les abus qui se

présentaient à l'esprit de Voltaire lorsqu'il attaqua les superstitions

romaines, et dévoila le libertinage et l'intolérance du clergé

usurpateur.» Lord BROUGHAM.

Le roi Voltaire · 第 130 / 187 题