NOTES:

[86] «Le roi Voltaire a conquis beaucoup de choses sur les frontières

de l'ignorance, et sans verser une goutte de sang humain. Arsène

Houssaye a gravé le nom de toutes les victoires de Voltaire sur l'arc

de triomphe qu'on veut voir, avec les yeux de l'imagination, à l'angle

de la rue de Beaune. Un pont sépare les Tuileries de Voltaire des

Tuileries des rois! On suit, dans le livre, l'itinéraire du Jules

César de la philosophie à travers les champs de bataille de la pensée;

il passe le Rubicon du Pas-de-Calais, il descend en Angleterre, fait

alliance avec Newton et Locke, rentre sur le continent, bat l'armée des

cartésiens, répare la défaite de Bacon; se déguise en courtisan pour

entrer à Versailles, subjugue la noblesse par l'esprit philosophique;

introduit _Zadig_ à Trianon; marche sur Berlin, où il prépare

l'hôtellerie de Napoléon Ier; fait sa campagne de Russie, et fond

avec son souffle les glaces morales de Pétersbourg; enfin, à l'âge où

les conquérants se reposent sur leurs lauriers rougis, il établit son

quartier général à Fernex, sur les frontières de quatre États, et de là

il agite encore le monde par sa parole, et achève le bélier d'airain

qui renversera la Bastille et commencera la Révolution.» MÉRY.

[87] Tout le monde a reconnu que Voltaire a fait la préface du Code

civil.

«Être Français, s'écrie-t-il, c'est être libre! On a réformé toutes

les coutumes, pourquoi hésiterait-on de réformer les absurdités des

Goths et des Vandales? Il fallait donc craindre de renverser leurs

huttes pour bâtir à la place des maisons commodes. Les lois et la

jurisprudence sur la mainmorte, nées en même temps que les lois sur la

magie, les sortiléges, doivent finir pour elles. La France ne connaît

pas d'esclaves; elle est l'asile et le sanctuaire de la liberté; c'est

là qu'elle est indestructible, et que toute liberté perdue retrouve la

vie!»

Et plus loin: «Il est un peu fâcheux pour la nature humaine qu'un père

déshérite ses enfants vertueux pour combler de biens un premier-né

qui souvent le déshonore; qu'un malheureux qui fait naufrage ou qui

périt de quelque autre façon dans une terre étrangère laisse au fisc

de cet État la fortune de ses héritiers; on a presque peine à voir,

je l'avouerai encore, ceux qui labourent, dans la disette, ceux

qui ne produisent rien, dans le luxe; de grands propriétaires qui

s'approprient jusqu'à l'oiseau qui vole et au poisson qui nage; des

vassaux tremblants qui n'osent délivrer leurs moissons du sanglier qui

les dévore; le droit du plus fort faisant la loi, non-seulement de

peuple à peuple, mais encore de citoyen à citoyen.»

[88] «Le Voltaire que nous admirons et que nous aimons, le Voltaire

que nous admirerons et aimerons toujours, c'est le Voltaire qui

retrouva, avec Montesquieu, les droits imprescriptibles de l'humanité,

le Voltaire qui, avec Beccaria, effaça du Code pénal la vengeance et

prépara l'abolition de la torture, le Voltaire qui défendit Calas,

qui défendit Sirven, qui défendit le chevalier de La Barre! C'est ce

Voltaire qui éprouvait tous les ans un accès de fièvre le jour de

Saint-Barthélemy. C'est ce Voltaire enfin qui, en annonçant la liberté

au monde, ouvrait à l'avenir le splendide portique de 1789!» EDMOND

DELIÈRE.

[89] Il y a aujourd'hui deux opinions sur les causes de la Révolution

française. Les philosophes voient fermement un grand fait amené par une

grande idée, une action conduite par un principe. Les néo-chrétiens

représentant l'ancienne France décident que la Révolution n'a eu rien à

débattre avec la philosophie du dix-huitième siècle. Ils prouvent, avec

M. Granier de Cassagnac, que «c'est Louis XVI et non la philosophie

qui a conçu et réalisé le premier événement auquel se rattache la

Révolution; ils prouvent que cet événement est une pensée de réforme,

non pas imposée par le pays à la monarchie, mais spontanément offerte

par la monarchie au pays.» Je ne veux pas diminuer l'action de Louis

XVI et de ses ministres; mais où avaient-ils fait leurs classes de

philosophie et de politique? à l'école de Voltaire.

Sur toutes les questions voltairiennes le lecteur étudiera le pour et

le contre dans les travaux de MM. Michelet, Blanc, Veuillot, Chasles,

Pelletan, Limayrac, Esquiros, Renan, Damiron, Noël, Lanfrey, Bersot.--A

Genève on écrit beaucoup pour Voltaire, pareillement en Allemagne.--En

Angleterre on écrit beaucoup contre Voltaire. Pourquoi? Voltaire fut

l'hôte toujours reconnaissant de la Grande-Bretagne.

Peut-être le lecteur, après avoir écouté tous ces sages en frac, ne

sera-t-il pas plus convaincu; mais il aura parcouru avec un rayon

lumineux un pays qui n'est que ténèbres quand Voltaire n'est plus là.

Le roi Voltaire · 第 124 / 187 题