--De sorte, mon excellent mari-modèle, que si personne ne se grisait,

ne jouait, ne prenait de tabac, ne chassait; enfin si nous n’avions en

France, ni vices, ni passions, ni maladies, l’État serait à deux doigts

d’une banqueroute; car il paraît que nos rentes sont hypothéquées

sur la corruption publique, comme notre commerce ne vit que par le

luxe. Si l’on veut y regarder d’un peu plus près, tous les impôts

sont basés sur une maladie morale. En effet la plus grosse recette

des domaines ne vient-elle pas des contrats d’assurances que chacun

s’empresse de se constituer contre les mutations de sa bonne foi,

de même que la fortune des gens de justice prend sa source dans les

procès qu’on intente à cette foi jurée! Et pour continuer cet examen

philosophique, je verrais les gendarmes sans chevaux et sans culotte

de peau, si tout le monde se tenait tranquille et s’il n’y avait ni

imbéciles ni paresseux. Imposez donc la vertu?... Eh! bien, je pense

qu’il y a plus de rapports qu’on ne le croit entre mes femmes honnêtes

et le budget; et je me charge de vous le démontrer si vous voulez me

laisser finir mon livre comme il a commencé, par un petit essai de

statistique. M’accorderez-vous qu’un amant doive mettre plus souvent

des chemises blanches que n’en met, soit un mari, soit un célibataire

inoccupé? Cela me semble hors de doute. La différence qui existe entre

un mari et un amant se voit à l’esprit seul de leur toilette. L’un est

sans artifice, sa barbe reste souvent longue, et l’autre ne se montre

jamais que sous les armes. Sterne a dit fort plaisamment que le livre

de sa blanchisseuse était le mémoire le plus historique qu’il connût

sur son _Tristram Shandy_; et que, par le nombre de ses chemises, on

pouvait deviner les endroits de son livre qui lui avaient le plus coûté

à faire. Eh! bien, chez les amants, le registre du blanchisseur est

l’historien le plus fidèle et le plus impartial qu’ils aient de leurs

amours. En effet, une passion consomme une quantité prodigieuse de

pèlerines, de cravates, de robes nécessitées par la coquetterie; car

il y a un immense prestige attaché à la blancheur des bas, à l’éclat

d’une collerette et d’un canezou, aux plis artistement faits d’une

chemise d’homme, à la grâce de sa cravate et de son col. Ceci explique

l’endroit où j’ai dit de la femme honnête (Méditation II): Elle passe

sa vie à faire empeser ses robes. J’ai pris des renseignements auprès

d’une dame afin de savoir à quelle somme on pouvait évaluer cette

contribution imposée par l’amour, et je me souviens qu’après l’avoir

fixée à cent francs par an pour une femme, elle me dit avec une sorte

de bonhomie:--«Mais c’est selon le caractère des hommes, car il y en a

qui sont plus _gâcheurs_ les uns que les autres.» Néanmoins, après une

discussion très-approfondie, où je stipulais pour les célibataires, et

la dame pour son sexe, il fut convenu que, l’un portant l’autre, deux

amants appartenant aux sphères sociales dont s’est occupé cet ouvrage

doivent dépenser pour cet article, à eux deux, cent cinquante francs

par an de plus qu’en temps de paix. Ce fut par un semblable traité

amiable et longuement discuté que nous arrêtâmes aussi une différence

collective de quatre cents francs entre le pied de guerre et le pied

de paix relativement à toutes les parties du costume. Cet article

fut même trouvé fort mesquin par toutes les puissances viriles et

féminines que nous consultâmes. Les lumières qui nous furent apportées

par quelques personnes pour nous éclairer sur ces matières délicates

nous donnèrent l’idée de réunir dans un dîner quelques têtes savantes,

afin d’être guidés par des opinions sages dans ces importantes

recherches. L’assemblée eut lieu. Ce fut le verre à la main, et après

de brillantes improvisations, que les chapitres suivants du budget de

l’amour reçurent une sorte de sanction législative. La somme de cent

francs fut allouée pour les commissionnaires et les voitures. Celle de

cinquante écus parut très-raisonnable pour les petits pâtés que l’on

mange en se promenant, pour les bouquets de violettes et les parties

de spectacle. Une somme de deux cents francs fut reconnue nécessaire à

la solde extraordinaire demandée par la bouche et les dîners chez les

restaurateurs. Du moment où la dépense était admise, il fallait bien

la couvrir par une recette. Ce fut dans cette discussion qu’un jeune

chevau-léger (car le roi n’avait pas encore supprimé sa maison rouge à

l’époque où cette transaction fut méditée), rendu presque _ebriolus_

par le vin de Champagne, fut rappelé à l’ordre pour avoir osé comparer

les amants à des appareils distillatoires. Mais un chapitre qui donna

lieu aux plus violentes discussions, qui resta même ajourné pendant

plusieurs semaines, et qui nécessita un rapport, fut celui des cadeaux.

Dans la dernière séance, la délicate madame de D... opina la première;

et, par un discours plein de grâce et qui prouvait la noblesse de ses

sentiments, elle essaya de démontrer que la plupart du temps les dons

de l’amour n’avaient aucune valeur intrinsèque. L’auteur répondit

qu’il n’y avait pas d’amants qui ne fissent faire leurs portraits. Une

dame objecta que le portrait n’était qu’un premier capital, et qu’on

avait toujours soin de se les redemander pour leur donner un nouveau

cours. Mais tout à coup un gentilhomme provençal se leva pour prononcer

une philippique contre les femmes. Il parla de l’incroyable faim qui

dévore la plupart des amantes pour les fourrures, les pièces de satin,

les étoffes, les bijoux et les meubles; mais une dame l’interrompit

en lui demandant si madame d’O...y, son amie intime, ne lui avait pas

déjà payé deux fois ses dettes.--Vous vous trompez, madame, reprit le

Provençal, c’est son mari.--L’orateur est rappelé à l’ordre, s’écria le

président, et condamné à festoyer toute l’assemblée, pour s’être servi

du mot _mari_. Le Provençal fut complétement réfuté par une dame qui

tâcha de prouver que les femmes avaient beaucoup plus de dévouement

en amour que les hommes; que les amants coûtent fort cher, et qu’une

femme honnête se trouverait très-heureuse de s’en tirer avec eux pour

deux mille francs seulement par an. La discussion allait dégénérer

en personnalités, quand on demanda le scrutin. Les conclusions de la

commission furent adoptées. Ces conclusions portaient en substance

que la somme des cadeaux annuels serait évaluée, entre amants, à cinq

cents francs, mais que dans ce chiffre seraient également compris:

1º L’argent des parties de campagne; 2º les dépenses pharmaceutiques

occasionnées par les rhumes que l’on gagnait le soir en se promenant

dans les allées trop humides des parcs, ou en sortant du spectacle,

et qui constituaient de véritables cadeaux; 3º les ports de lettres

et les frais de chancellerie; 4º les voyages et toutes les dépenses

généralement quelconques dont le détail aurait échappé, sans avoir

égard aux folies qui pouvaient être faites par des dissipateurs,

attendu que, d’après les recherches de la commission, il était démontré

que la plupart des profusions profitaient aux filles d’Opéra, et non

aux femmes légitimes. Le résultat de cette statistique pécuniaire

de l’amour fut que, l’une portant l’autre, une passion coûtait par

an près de quinze cents francs, nécessaires à une dépense supportée

par les amants d’une manière souvent inégale, mais qui n’aurait pas

lieu sans leur attachement. Il y eut aussi une sorte d’unanimité dans

l’assemblée pour constater que ce chiffre était le minimum du coût

annuel d’une passion. Or, mon cher monsieur, comme nous avons, par les

calculs de notre statistique conjugale (Voyez les _Méditations_ I, II

et III), prouvé d’une manière irrévocable qu’il existait en France une

masse flottante d’au moins quinze cent mille passions illégitimes, il

s’ensuit:

Que les criminelles conversations du tiers de la population française

contribuent pour une somme de près de trois milliards au vaste

mouvement circulatoire de l’argent, véritable sang social dont le cœur

est le budget;

Que la femme honnête ne donne pas seulement la vie aux enfants de la

patrie, mais encore à ses capitaux;

Que nos manufactures ne doivent leur prospérité qu’à ce mouvement

_systolaire_;

Que la femme honnête est un être essentiellement budgétif et

consommateur;

Que la moindre baisse dans l’amour public entraînerait d’incalculables

malheurs pour le fisc et pour les rentiers;

Qu’un mari a au moins le tiers de son revenu hypothéqué sur

l’inconstance de sa femme, etc.

Je sais bien que vous ouvrez déjà la bouche pour me parler de mœurs, de

politique, de bien et de mal... mais, mon cher minotaurisé, le bonheur

n’est-il pas la fin que doivent se proposer toutes les sociétés?...

N’est-ce pas cet axiome qui fait que ces pauvres rois se donnent tant

de mal après leurs peuples? Eh! bien, la femme honnête n’a pas, comme

eux, il est vrai, des trônes, des gendarmes, des tribunaux, elle n’a

qu’un lit à offrir; mais si nos quatre cent mille femmes rendent

heureux, par cette ingénieuse machine, un million de célibataires, et

par-dessus le marché leurs quatre cent mille maris, n’atteignent-elles

pas mystérieusement et sans faste au but qu’un gouvernement a en vue,

c’est-à-dire de donner la plus grande somme possible de bonheur à la

masse?

--Oui, mais les chagrins, les enfants, les malheurs....

--Ah! permettez-moi de mettre en lumière le mot consolateur par

lequel l’un de nos plus spirituels caricaturistes termine une de

ses charges:--L’homme n’est pas parfait! Il suffit donc que nos

institutions n’aient pas plus d’inconvénients que d’avantages pour

qu’elles soient excellentes; car le genre humain n’est pas placé,

socialement parlant, entre le bien et le mal, mais entre le mal et le

pire. Or, si l’ouvrage que nous avons actuellement accompli a eu pour

but de diminuer la pire des institutions matrimoniales, en dévoilant

les erreurs et les contre-sens auxquels donnent lieu nos mœurs et nos

préjugés, il sera certes un des plus beaux titres qu’un homme puisse

présenter pour être placé parmi les _bienfaiteurs de l’humanité_.

L’auteur n’a-t-il pas cherché, en armant les maris, à donner plus de

retenue aux femmes, par conséquent plus de violence aux passions, plus

d’argent au fisc, plus de vie au commerce et à l’agriculture? Grâce à

cette dernière Méditation, il peut se flatter d’avoir complétement obéi

au vœu d’éclectisme qu’il a formé en entreprenant cet ouvrage, et il

espère avoir rapporté, comme un avocat-général, toutes les pièces du

procès, mais sans donner ses conclusions. En effet, que vous importe de

trouver ici un axiome? Voulez-vous que ce livre soit le développement

de la dernière opinion qu’ait eue Tronchet, qui, sur la fin de ses

jours, pensait que le législateur avait considéré, dans le mariage,

bien moins les époux que les enfants? Je le veux bien. Souhaitez-vous

plutôt que ce livre serve de preuve à la péroraison de ce capucin

qui, prêchant devant Anne d’Autriche et voyant la reine ainsi que

les dames fort courroucées de ses arguments trop victorieux sur leur

fragilité, leur dit en descendant de la chaire de vérité:--Mais

vous êtes toutes d’honnêtes femmes, et c’est nous autres qui sommes

malheureusement des fils de Samaritaines... Soit encore. Permis à

vous d’en extraire telle conséquence qu’il vous plaira; car je pense

qu’il est fort difficile de ne pas rassembler deux idées contraires

sur ce sujet qui n’aient quelque justesse. Mais le livre n’a pas été

fait pour ou contre le mariage, et il ne vous en devait que la plus

exacte description. Si l’examen de la machine peut nous amener à

perfectionner un rouage; si en nettoyant une pièce rouillée nous avons

donné du ressort à ce mécanisme, accordez un salaire à l’ouvrier. Si

l’auteur a eu l’impertinence de dire des vérités trop dures, s’il a

trop souvent généralisé des faits particuliers, et s’il a trop négligé

les lieux communs dont on se sert pour encenser les femmes depuis un

temps immémorial, oh! qu’il soit crucifié! Mais ne lui prêtez pas

d’intentions hostiles contre l’institution en elle-même: il n’en veut

qu’aux femmes et aux hommes. Il sait que, du moment où le mariage n’a

pas renversé le mariage, il est inattaquable; et, après tout, s’il

existe tant de plaintes contre cette institution, c’est peut-être

parce que l’homme n’a de mémoire que pour ses maux, et qu’il accuse sa

femme comme il accuse la vie, car le mariage est une vie dans la vie.

Cependant, les personnes qui ont l’habitude de se faire une opinion

en lisant un journal médiraient peut-être d’un livre qui pousserait

trop loin la manie de l’éclectisme; alors, s’il leur faut absolument

quelque chose qui ait l’air d’une péroraison, il n’est pas impossible

de leur en trouver une. Et puisque des paroles de Napoléon servirent de

début à ce livre, pourquoi ne finirait-il pas ainsi qu’il a commencé?

En plein Conseil-d’État donc, le premier consul prononça cette phrase

foudroyante, qui fait, tout à la fois, l’éloge et la satire du mariage,

et le résumé de ce livre:--Si l’homme ne vieillissait pas, je ne lui

voudrais pas de femme!

POST-SCRIPTUM.

--Et, vous marierez-vous?... demanda la duchesse à qui l’auteur venait

de lire son manuscrit.

(C’était l’une des deux dames à la sagacité desquelles l’auteur a déjà

rendu hommage dans l’introduction de son livre.)

--Certainement, madame, répondit-il. Rencontrer une femme assez

hardie pour vouloir de moi sera désormais la plus chère de toutes mes

espérances.

--Est-ce résignation ou fatuité?...

--C’est mon secret.

--Eh! bien, monsieur le docteur ès-arts et sciences conjugales,

permettez-moi de vous raconter un petit apologue oriental que j’ai lu

jadis dans je ne sais quel recueil qui nous était offert, chaque année,

en guise d’almanach. Au commencement de l’empire, les dames mirent à

la mode un jeu qui consistait à ne rien accepter de la personne avec

laquelle on convenait de jouer sans dire le mot _Diadesté_. Une partie

durait, comme bien vous pensez, des semaines entières, et le comble

de la finesse était de se surprendre l’un ou l’autre à recevoir une

bagatelle sans prononcer le mot sacramentel.

--Même un baiser?

--Oh! j’ai vingt fois gagné le _Diadesté_ ainsi! dit-elle en riant.

--Ce fut, je crois, en ce moment et à l’occasion de ce jeu, dont

l’origine est arabe ou chinoise, que mon apologue obtint les

honneurs de l’impression.--Mais, si je vous le raconte, dit-elle en

s’interrompant elle-même pour effleurer l’une de ses narines avec

l’index de sa main droite par un charmant geste de coquetterie,

permettez-moi de le placer à la fin de votre ouvrage...

--Ne sera-ce pas le doter d’un trésor?.... Je vous ai déjà tant

d’obligations, que vous m’avez mis dans l’impossibilité de m’acquitter:

ainsi j’accepte.

Elle sourit malicieusement et reprit en ces termes:--Un philosophe

avait composé un fort ample recueil de tous les tours que notre sexe

peut jouer; et, pour se garantir de nous, il le portait continuellement

sur lui. Un jour, en voyageant, il se trouva près d’un camp d’Arabes.

Une jeune femme, assise à l’ombre d’un palmier, se leva soudain à

l’approche du voyageur, et l’invita si obligeamment à se reposer sous

sa tente, qu’il ne put se défendre d’accepter. Le mari de cette dame

était alors absent. Le philosophe se fut à peine posé sur un moelleux

tapis, que sa gracieuse hôtesse lui présenta des dattes fraîches et un

al-carasaz plein de lait; il ne put s’empêcher de remarquer la rare

perfection des mains qui lui offrirent le breuvage et les fruits.

Mais, pour se distraire des sensations que lui faisaient éprouver les

charmes de la jeune Arabe, dont les piéges lui semblaient redoutables,

le savant prit son livre et se mit à lire. La séduisante créature,

piquée de ce dédain, lui dit de la voix la plus mélodieuse:--Il faut

que ce livre soit bien intéressant, puisqu’il vous paraît la seule

chose digne de fixer votre attention. Est-ce une indiscrétion que de

vous demander le nom de la science dont il traite?.... Le philosophe

répondit en tenant les yeux baissés:--Le sujet de ce livre n’est pas

de la compétence des dames! Ce refus du philosophe excita de plus

en plus la curiosité de la jeune Arabe. Elle avança le plus joli

petit pied qui jamais eût laissé sa fugitive empreinte sur le sable

mouvant du désert. Le philosophe eut des distractions, et son œil,

trop puissamment tenté, ne tarda pas à voyager de ces pieds, dont les

promesses étaient si fécondes, jusqu’au corsage plus ravissant encore;

puis il confondit bientôt la flamme de son admiration avec le feu dont

pétillaient les ardentes et noires prunelles de la jeune Asiatique.

Elle redemanda d’une voix si douce quel était ce livre, que le

philosophe charmé répondit:--Je suis l’auteur de cet ouvrage; mais le

fond n’est pas de moi, il contient toutes les ruses que les femmes ont

inventées.--Quoi!... toutes absolument? dit la fille du désert.--Oui,

toutes! Et ce n’est qu’en étudiant constamment les femmes que je suis

parvenu à ne plus les redouter.--Ah!... dit la jeune Arabe en abaissant

les longs cils de ses blanches paupières; puis, lançant tout à coup le

plus vif de ses regards au prétendu sage, elle lui fit oublier bientôt

et son livre et les tours qu’il contenait. Voilà mon philosophe le plus

passionné de tous les hommes. Croyant apercevoir dans les manières

de la jeune femme une légère teinte de coquetterie, l’étranger osa

hasarder un aveu. Comment aurait-il résisté? le ciel était bleu, le

sable brillait au loin comme une lame d’or, le vent du désert apportait

l’amour, et la femme de l’Arabe semblait réfléchir tous les feux dont

elle était entourée: aussi ses yeux pénétrants devinrent humides;

et, par un signe de tête qui parut imprimer un mouvement d’ondulation

à cette lumineuse atmosphère, elle consentit à écouter les paroles

d’amour que disait l’étranger. Le sage s’enivrait déjà des plus

flatteuses espérances, quand la jeune femme, entendant au loin le galop

d’un cheval qui semblait avoir des ailes, s’écria:--Nous sommes perdus!

mon mari va nous surprendre. Il est jaloux comme un tigre et plus

impitoyable... Au nom du prophète, et si vous aimez la vie, cachez-vous

dans ce coffre!... L’auteur épouvanté, ne voyant point d’autre parti

à prendre pour se tirer de ce mauvais pas, entra dans le coffre, s’y

blottit; et, la femme le refermant sur lui, en prit la clef. Elle alla

au-devant de son époux; et, après quelques caresses qui le mirent en

belle humeur:--Il faut, dit-elle, que je vous raconte une aventure bien

singulière.--J’écoute, ma gazelle, répondit l’Arabe qui s’assit sur

un tapis en croisant les genoux selon l’habitude des Orientaux.--Il

est venu aujourd’hui une espèce de philosophe! dit-elle. Il prétend

avoir rassemblé dans un livre toutes les fourberies dont est capable

mon sexe, et ce faux sage m’a entretenue d’amour.--Eh! bien... s’écria

l’Arabe.--Je l’ai écouté!... reprit-elle avec sang-froid, il est jeune,

pressant et... vous êtes arrivé fort à propos pour secourir ma vertu

chancelante!... L’Arabe bondit comme un lionceau, et tira son cangiar

en rugissant. Le philosophe qui, du fond de son coffre, entendait

tout, donnait à Arimane son livre, les femmes et tous les hommes de

l’Arabie-Pétrée.--Fatmé!..... s’écria le mari, si tu veux vivre,

réponds!... Où est le traître?... Effrayée de l’orage qu’elle s’était

plu à exciter, Fatmé se jeta aux pieds de son époux, et, tremblant

sous l’acier menaçant du poignard, elle désigna le coffre par un seul

regard aussi prompt que timide. Elle se releva honteuse, et, prenant

la clef qu’elle avait à sa ceinture, elle la présenta au jaloux; mais

au moment où il se disposait à ouvrir le coffre, la malicieuse Arabe

partit d’un grand éclat de rire. Faroun s’arrêta tout interdit, et

regarda sa femme avec une sorte d’inquiétude.--Enfin j’aurai ma belle

chaîne d’or! s’écria-t-elle en sautant de joie, donnez-la-moi, vous

avez perdu le _Diadesté_. Une autre fois ayez plus de mémoire. Le mari,

stupéfait, laissa tomber la clef, et présenta la prestigieuse chaîne

d’or à genoux, en offrant à sa chère Fatmé de lui apporter tous les

bijoux des caravanes qui passeraient dans l’année, si elle voulait

renoncer à employer des ruses si cruelles pour gagner le _Diadesté_.

Puis, comme c’était un Arabe, et qu’il n’aimait pas à perdre une chaîne

d’or, bien qu’elle dût appartenir à sa femme, il remonta sur son

coursier et partit, allant grommeler à son aise dans le désert, car il

aimait trop Fatmé pour lui montrer des regrets. La jeune femme, tirant

alors le philosophe plus mort que vif du coffre où il gisait, lui dit

gravement:--Monsieur le docteur, n’oubliez pas ce tour-là dans votre

recueil.

--Madame, dis-je à la duchesse, je comprends! Si je me marie, je dois

succomber à quelque diablerie inconnue; mais, j’offrirai, dans ce cas,

soyez-en certain, un ménage modèle à l’admiration de mes contemporains.

Paris, 1824-1829.

FIN DES ÉTUDES ANALYTIQUES.

TABLE DES MATIÈRES.

ÉTUDES PHILOSOPHIQUES.

SUR CATHERINE DE MÉDICIS

Seconde partie: LA CONFIDENCE DES RUGGIERI 1

Troisième partie: LES DEUX RÊVES 65

LES PROSCRITS 79

LOUIS LAMBERT 109

SÉPRAPHITA 208

ÉTUDES ANALYTIQUES.

PHYSIOLOGIE DU MARIAGE 337

FIN DE LA TABLE.

* * * * *

Corrections.

Les défauts d'impression en début et en fin de ligne ont été

tacitement corrigés, et la ponctuation a été tacitement corrigée

par endroits.

De plus, les corrections suivantes ont été apportées.

Page 6: «elles» remplacé par «elle» (mais elle ne pouvait rien contre

une violence subite).

Page 8: «ce ce» remplacé par «ce» (et régnerait tout ce temps).

Page 16: «lâchait» remplacé par «tâchait» (et tâchait de dérober à

ses courtisans le regard).

Page 60: «infifièle» remplacé par «infidèle» (sur la tête de

l’infidèle qu’il représente).

Page 75: «Beamarchais» remplacé par «Beaumarchais» (demanda

Beaumarchais).

Page 87: «plein» remplacé par «pleins» (Ses yeux bleus, pleins de vie

et limpides).

Page 96: «comfuses» remplacé par «confuses» (les perceptions confuses

du marbre).

Page 107: «Godefroy» remplacé par «Godefroid» (--Et moi! quand

serai-je dans le ciel? dit Godefroid).

Page 110: inséré «qui» (l’aventure de Louis Lambert qui venait

ordinairement passer).

Page 156: «prénomènes» remplacé par «phénomènes» (--«Les phénomènes

arrivés dans la plupart des supplices).

Page 371: «bâtitiment» remplacé par «bâtiment» (bien des

entrepreneurs en bâtiment).

Page 390: «Le» remplacé par «La» (La femme la plus vertueuse peut

être indécente à son insu).

Page 395: «excercer» remplacé par «exercer» (il doit exercer le

pouvoir le plus absolu).

Page 427: «eu» remplacé par «en» (un caractère si heureux, qu’en leur

montrant la place).

Page 436: «le le» remplacé par «le» (plus prudent que le Servite

Fra-Paolo).

Page 438: «ne ne» remplacé par «ne» (--«Eh! mon bon ami, ne vous en

allez pas).

Page 454: «Muger» remplacé par «Mujer» (Mujer y gallina pierna

quebrantada).

Page 488: «un» remplacé par «une» (nous sommes la proie d’une

puissance inconnue).

Page 507: «minautoriser» remplacé par «minotauriser» (vous

minotauriser sans y parvenir).

Page 533: «Castesby» remplacé par «Catesby» (Il aperçoit lady

Catesby).

Page 598: «syrène» remplacé par «sirène» (La sirène apprête

elle-même la boisson).

Page 608: «sentinents-là» remplacé par «sentiments-là» (Alors, ces

sentiments-là procèdent).

La Comédie humaine - Volume 16. Études philosophiques et Études analytiques · 第 59 / 59 段