Jusqu’à la récitation du _Credo_, c’est pour moi seul, pour m’ancrer
dans l’esprit de pénitence, pour illuminer de la Parole sainte mon âme
obscure que j’ai prié. Mais à partir de _l’Offertoire_, je me sens
solidaire du prêtre qui célèbre le Sacrifice, des fidèles qui prient
autour de moi, de ceux du dehors qui, par oubli coupable, inexactitude
ou négligence, désertent la Messe, de ceux aussi qu’une éducation athée
ou une habitude consciente dans le péché détourne de l’autel où le
Rédempteur s’immole, chaque matin, pour notre salut. Je me sens
solidaire de toute l’humanité. Je me sens solidaire de Jésus-Christ.
Les textes mêmes de _l’Offertoire_ et celui du _Canon_ me
détermineraient à ce sentiment si je ne l’éprouvais déjà par intuition
spontanée. Je me rappelle alors qu’il n’est pas de paroisse ignorée,
dans les régions les plus lointaines, où il n’y ait, à toutes les
heures, un prêtre et des fidèles pour offrir, avec le Fils unique, le
monde entier à la miséricorde du Père tout-puissant. Ils sont tellement
_universels_ ces textes que me confiner en une oraison particulière
serait de la présomption. Je n’ai qu’à les suivre, y déverser mon âme
comme un ruisseau dans le courant d’un grand fleuve. Ils l’emporteront,
mêlée à toutes les âmes, jusqu’à leur estuaire dans l’Océan d’où l’on
entrevoit les plages de la Béatitude.
* * * * *
Donc, en union avec le prêtre, en union avec mes frères, j’offre
l’hostie qui, bientôt, _sera le corps de mon Sauveur_ car je sais que
mon oblation ne vaudra que par Lui aux yeux du Père. Et je dis la
sublime prière:
_Reçois, Père saint, Dieu tout puissant et éternel, cette victime sans
tache; moi, ton serviteur indigne, je te la présente, ô Dieu de vie et
de vérité, pour mes péchés, pour mes offenses, pour mes négligences qui
sont innombrables, pour tous ceux qui sont ici, et encore pour tous les
fidèles vivants ou défunts afin qu’elle obtienne leur salut et le mien
dans la vie éternelle._
Et j’ose ensuite ajouter de mon chef:--Ce Pain nourrira mon âme car il
n’est aucun autre aliment qui puisse la nourrir...
Voici maintenant que le prêtre verse dans le calice le vin qui, bientôt,
_sera le sang de mon Sauveur_. Puis il y ajoute un peu d’eau. Ce mélange
évoque, au sens mystique, le sang et l’eau qui jaillirent du cœur de
Jésus lorsque Longin le transperça d’un coup de lance. Mais, d’après
saint Cyprien, il nous apprend aussi notre union à la Sainte Victime. De
même que l’eau et le vin mélangés dans le calice ne peuvent plus être
séparés, de même le fidèle qui s’attache au Christ pour souffrir avec
lui, demeurera dans son amour et rien ne pourra l’en séparer.
Nous disons alors:
_O Dieu qui, par un miracle, avez créé la dignité de la nature humaine
et qui, par un miracle plus grand encore, l’avez réformée, faites que,
par le mystère de cette eau et de ce vin, nous ayons part à la divinité
de celui qui a daigné participer à notre humanité: Jésus-Christ votre
Fils, Notre-Seigneur._
C’est ici que se manifeste, en toute sa splendeur, notre solidarité avec
le bon Maître. L’acceptation de la nature humaine par le Fils de Dieu,
sa mort pour nous ont fait de nous les enfants de Dieu, les frères et
les cohéritiers de Jésus-Christ, pourvu que nous acceptions la
souffrance rédemptrice.
La dignité de l’homme, tel que Dieu l’avait formé par la création, était
admirable. Il était le roi du monde visible, il égalait presque les
anges, car dans l’Éden, la nature humaine n’était ni basse, ni
indigente, mais toute haute et toute parée de dons surnaturels. Par sa
faute, l’homme déchu de cette élévation, s’est précipité dans l’abîme du
péché et de la misère morale. Mais, par son Fils, Dieu le relève et
rétablit sa dignité d’une façon plus admirable encore. Vraiment, l’on
peut dire que la sagesse, et la puissance de Dieu se montrent encore
plus grandes dans la rédemption que dans la création. L’Église le
proclame quand elle chante: _Il nous aurait été inutile de naître si
nous n’avions été rachetés!_
Comment, dès lors, ne pas supplier Dieu qu’il nous maintienne dans cette
innocence reconquise et qu’il nous dirige par les chemins où fleurit la
Grâce, loin des hommes aux œuvres iniques dont la droite désobéissante
nous offre des fruits de malédiction?
Et quand le prêtre s’adresse aux fidèles pour les confirmer dans cette
pensée que «son sacrifice est le leur», comment ne se sentiraient-il pas
une seule âme pour lui répondre:
_Que le Seigneur reçoive, par tes mains, ce sacrifice, à la louange et à
la gloire de son nom, et aussi à notre profit et à celui de la Sainte
Église tout entière!_
Fortifié par cette adhésion, sûr désormais d’englober dans sa prière la
prière de tous, le prêtre lance le cri admirable: _En haut les cœurs!_
Est-il rien de plus émouvant que cet appel au détachement des choses de
la terre? Tandis qu’il le profère, le prêtre élève les mains pour
témoigner, par ce geste, de son désir de se donner et de nous donner
totalement à Dieu.
Prenons-y garde: lorsque nous répondons, avec toute bonne volonté: _Nos
cœurs sont à Dieu!_ nous prenons un engagement redoutable, celui de
fermer nos âmes aux pensées d’en-bas et de diriger toutes nos puissances
vers les pensées éternelles. C’est seulement si nous brisons de la sorte
les chaînes qui nous rivaient à la terre que la lumière d’en haut
éclairera notre intelligence et que notre âme, réprouvant ses paresses
et ses tiédeurs anciennes, se jettera, d’un élan irrésistible, vers le
ciel.
_Penser et tendre à ce qui est élevé_, telle se définit la sagesse
chrétienne. Le _Sursum corda_ de la Messe m’y convie. Faites donc, mon
Jésus, que je ne sois pas une présence inerte qui affirme seulement de
bouche:--«J’ai le cœur aux réalités d’En Haut» et qui cependant, n’a pas
rompu avec les chimères d’en-bas. Faites que je sois sincèrement à vous,
sans réserve à vous. Faites que je m’écrie avec le bienheureux Henri
Suzo: «En haut, cœur captif, dégage-toi des passions périssables! En
haut, cœur endormi, réveille-toi de la mort du péché! En haut, cœur
indolent, arrache-toi de la mollesse où tu t’enlises.» Seigneur, si trop
souvent, parmi les sollicitudes de l’existence quotidienne, j’oublie de
tout rapporter à vous, faites du moins qu’au pied de votre autel, je me
consume en votre amour comme dans un brasier que rien d’humain ne
saurait éteindre.
* * * * *
Si je me hausse véritablement le cœur, je comprendrai à quel point _il
est digne et juste, équitable et salutaire_ que je rende _grâces à Dieu
partout et toujours_.
Partout et toujours, même dans les épreuves qu’Il m’envoie pour que mon
âme, qui se voudrait sainte, se persuade que la sainteté implique
l’acceptation de la souffrance avec Jésus.
Si je récriminais lorsque les gens du monde me lèsent ou me méprisent,
si surtout je me laissais entraîner à leur rendre la pareille je
piétinerais, très loin de la sainteté, dans les vallées inférieures où
règnent l’amour-propre et l’esprit de vengeance.
Si, au contraire, je fais abnégation de moi-même afin de suivre Jésus,
en portant ma croix dans la voie douloureuse qui va du prétoire au
Calvaire, je vois l’aurore de la sainteté rougir de ses feux la cime
radieuse que je souhaite atteindre. Alors mon cœur se dilate aux
souffles salubres de la Grâce. Je respire à l’aise et le cri de
victoire: _Hosanna dans les hauteurs_ exprime, en sa plénitude, la joie
de mon âme tout heureuse d’escorter son Sauveur.
Mais attention! Il ne faut pas que cette entrée dans la lumière me
vaille une jouissance égoïste. Si, par l’oraison de détachement, j’ai
réussi à faire un pas de plus hors des ténèbres, je n’en reste pas moins
solidaire de tous les fidèles vivants, soit qu’ils me devancent, soit
qu’ils errent encore dans les brumes qui précèdent l’aube. Je me
souviens que Jésus priait pour eux comme pour moi, quand il a dit:
«_Père Saint, conservez en votre nom ceux que vous m’avez donnés afin
qu’ils soient un comme nous... Je ne demande point que vous les ôtiez du
monde mais que vous les sauviez du mal... Je ne prie pas seulement pour
eux mais encore pour ceux qui, par leur parole, croient en moi, afin que
tous ils soient un comme vous, mon Père, êtes en moi et moi en vous,
afin qu’eux aussi soient un en nous... Moi en eux et vous en moi, pour
qu’ils soient consommés en un et que le monde connaisse que vous m’avez
envoyé et que vous les avez aimés comme vous m’avez aimé._»
A m’assimiler cette divine prière, comment ne serais-je pas remué
jusqu’au plus profond de mon être? Comment ne sentirais-je pas la flamme
de la fraternité chrétienne s’allumer dans mon âme? Jésus veut que je
sois _un_ avec lui et il veut, pour cela, que je sois _un_ avec tous les
fidèles. Quelle faveur il me fait et, en même temps, quelle tâche il
m’impose!
Je prierai donc pour les âmes qui me sont particulièrement chères mais
aussi, et avec la plus grande insistance, pour celles qu’une charge
excessive des liens de ce monde tient immobiles à l’orée de la voie
étroite quoique, _par leur parole, ils croient en Jésus_.
Comment deviendraient-ils _un_ avec le Rédempteur ces pauvres entre les
pauvres qui s’appellent les riches, si ceux qui ne possèdent rien, qui
ne désirent rien posséder, qui vivent au jour le jour de leur travail
avec la confiance justifiée que Dieu pourvoiera, ne priaient pour
eux--ne s’offraient à leur intention?
Les riches, dans l’Église, portent au front le stigmate de l’or. Telle
est leur infortune que, trop souvent, ils ont beaucoup de peine à ne pas
préférer cette marque de Celui d’en-bas à la Couronne d’épines. De la
sorte, ils retardent l’union parfaite de l’Église et de Jésus.
C’est pourquoi nous à qui Dieu fit la grâce insigne d’épouser «la Veuve
qui a nom Sainte Pauvreté» nous prierons Notre-Seigneur afin que s’il
sollicite le riche de tout laisser pour le suivre, le riche ne s’éloigne
pas de Lui par attache morose aux munificences du Mauvais.
* * * * *
Cette loi de solidarité, cette loi de charité dont Jésus est le
principe, cette loi fondamentale qui nous fait _un_ avec lui, j’y manque
trop souvent. L’intention bonne persiste assurément au fond de mon âme
mais que de fois la nature déchue me porte à interpréter avec une
promptitude malveillante les actions des fidèles qui comme moi
s’efforcent de marcher dans le chemin du Salut! Quelle amertume ou
quelle légèreté en mes propos sur eux! Quelle hâte à «penser le mal» en
ce qui les concerne! Lorsque réellement je crois m’apercevoir qu’ils
pèchent contre la loi divine, ne suis-je pas d’abord enclin à les
condamner au lieu de m’avouer que, dans une circonstance analogue,
j’aurais probablement agi d’une façon pire qu’ils ne le font?
L’indulgence, je la réserve pour mes propres fautes. Et que mon esprit
devient alors subtil pour me découvrir des excuses! Ah! misère de mon
âme quand elle oublie que je dois _aimer le prochain comme moi-même_!...
L’Église connaît cette tendance. C’est pourquoi, en cette partie de la
Messe, aussitôt après qu’elle m’a exhorté à offrir le Sacrifice en union
sincère avec les vivants d’ici-bas, elle m’invite à «resserrer mes liens
avec ceux qui sont déjà établis dans la gloire.» Elle sait, en effet,
combien l’assistance des Saints m’est nécessaire pour que je maintienne
ma solidarité, par une _communication_ permanente, avec les vivants de
Là-Haut.
Avant tout, elle me prescrit l’appel à la Sainte Vierge parce que Marie
est la Mère de la divine Grâce, parce qu’elle est la Reine de tous les
Saints, parce qu’elle a souffert pour notre rachat plus qu’aucun de nous
ne souffrira jamais.
Dès que j’ai prononcé le nom de la Vierge, je la vois debout au pied de
la croix où Jésus agonise. Elle pleure à cause de nous comme il saigne à
cause de nous. Et le fleuve de ses larmes se mêle au fleuve de sang
rédempteur qui ruisselle sur le monde. Par ce regard de mon âme, je
_réalise_ la pensée que Jésus m’a été donné, sans retour, par la Vierge.
Je sens qu’elle est inséparable du sacrifice de Jésus et que sa mémoire
restera unie à celle de mon Sauveur jusqu’à la consommation des siècles.
Et maintenant que j’ai _vu_, avec une netteté que nuls mots de la terre
ne pourraient exprimer, le don entier qu’elle m’a fait de son Fils,
c’est d’un cœur enfin charitable que j’apprends à m’offrir avec mes
frères, même s’ils m’ont offensé, et avec l’Agneau de Dieu sur l’autel.
L’Église m’encourage ensuite au sacrifice par l’exemple de ses apôtres
et de ses martyrs aux premiers temps de la Rédemption: Pierre et Paul,
André, Jacques le Majeur, Jean, Thomas, Jacques le Mineur, Philippe,
Barthélemy, Mathieu, Simon et Thaddée; Lin, Clet, Clément, Xyste,
Corneille, Cyprien, Laurent, Chrysogone, Jean et Paul, Côme et Damien.
Ce cortège radieux des amis de Jésus, je le vois s’agenouiller de chaque
côté du tabernacle. Chacun d’eux rend témoignage par ses souffrances
pour la fondation de l’Église; et c’est comme une fresque aux teintes de
pourpre qui se déroule devant les yeux de mon âme.
Pierre qui, le premier, s’écria devant Jésus: «Vous êtes le Christ, le
Fils du Dieu vivant», Pierre voulut être crucifié la tête en bas, parce
qu’ayant fléchi dans sa foi, en une minute de faiblesse, au début de la
Passion, il s’estimait indigne de mourir d’un supplice identique à celui
du Sauveur.
Paul fut décapité par le glaive d’une légalité féroce, après avoir
allumé le flambeau de la Bonne Nouvelle pour les Gentils perdus dans les
ténèbres du paganisme.
André, avait conquis à Jésus les barbares de Scythie. C’était un
amoureux de la Croix. Lorsqu’on lui présenta l’X lugubre sur lequel ses
membres allaient être écartelés, il s’écria: «Salut à toi, croix chérie
que le corps de Jésus a sacrée. Il y a longtemps que je soupire après
toi! Enlève-moi du milieu des hommes et donne-moi à Celui qui m’as
racheté par toi.» Deux jours et une nuit il agonisa sur ce bois
d’infamie et de gloire. Et il souriait en attestant Jésus crucifié.
Jacques le Majeur qu’à cause de la violence et de l’éclat de son
dévouement le Maître avait surnommé le Fils du Tonnerre, fut le premier
des Apôtres à mourir pour la foi. Il eut la tête tranchée par les Juifs
dont, pendant dix ans, passé l’Ascension, il avait bravé les menaces.
Jean l’Évangéliste fut plongé dans une cuve d’huile bouillante. Il en
sortit, dit la liturgie, «plus valide qu’il n’y était entré». Mais
sainte Angèle de Foligno eut révélation que sa douleur, au Calvaire, à
la vue des souffrances de Jésus et de Marie, avait égalé tous les
supplices. Le souvenir lui en demeura au cœur, comme un coup de
poignard, jusqu’au dernier jour de sa longue existence.
Thomas, qui avait touché les plaies de Jésus, mourut sous les coups de
bâton et sous les pierres dans l’Inde où, pour racheter une hésitation
de sa foi, il porta l’Évangile.
Jacques le Mineur, premier évêque de Jérusalem, surnommé le Juste, fut
précipité du sommet du Temple. Comme il respirait encore et murmurait le
nom de Jésus, les Juifs lui broyèrent le crâne avec un marteau à foulon.
Philippe, qui avait demandé «à voir le Père» et à qui Jésus avait
répondu: _Celui qui me contemple voit aussi le Père_, fut mis en croix
par les Phrygiens idolâtres. Comme il tardait à mourir, comme il ne
cessait de proclamer la Voie, la Vérité, la Vie, la foule le lapida
furieusement pour lui imposer silence.
Barthélemy, qui est ce Nathanaël amené à Jésus par Philippe, fut écorché
vif par les Arméniens auxquels il apportait la Parole sainte.
Mathieu, le publicain qui abandonna sans hésiter sa caisse, ses
registres et ses sacs d’écus pour suivre le bon Maître, fut percé d’un
coup de lance, tandis qu’il évangélisait l’Arabie.
Simon le zélé, plus zélé encore d’avoir compris la parole du Sauveur:
«S’ils me persécutent, ils vous persécuteront aussi», conquit des âmes
en Mésopotamie. Thaddée l’accompagnait, non moins fervent que lui. Ils
furent sciés par le milieu du corps.
Ici se termine la liste des Apôtres. Il est dit, dans l’Apocalypse, que
la Jérusalem céleste est entourée de quatre murailles. Dans chacune
d’elles il y a trois portes afin que soient admis, par le baptême, au
nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, les peuples du levant, du
couchant, du nord et du midi. Ces douze portes sont fondées sur douze
pierres précieuses où sont gravés les noms des douze apôtres et qui
reposent elles-mêmes sur la pierre angulaire qui est Jésus-Christ. C’est
une image de l’Église parvenue à sa perfection dans l’éternité. Et cela
signifie encore: sur terre, on n’entre dans l’Église que par la doctrine
des Apôtres dont elle a le dépôt.
Le martyre sanglant étant le trait caractéristique des saints qui
vécurent aux trois premiers siècles, l’Église a voulu citer ces témoins
de Jésus en nombre égal à celui des Apôtres dont ils poursuivirent les
travaux. Il y a cinq papes, un évêque, un diacre et cinq laïques.
Lin, converti par saint Pierre et son premier successeur sur le siège
apostolique, fut l’ami de saint Paul qui le nomme dans son épître à
Timothée. Formé à pareille école, il propagea la foi d’une façon si
intrépide que les prêtres des faux dieux le dénoncèrent à la police
comme perturbateur. Il fut saisi et décapité aussitôt sans même avoir
été mis en jugement.
Clet, son successeur, avait été esclave. Affranchi, saint Pierre le
convertit comme Lin. On conjecture qu’il porta d’abord le nom d’Anaclet
qui veut dire «l’irréprochable». Par humilité, il l’abrégea en celui de
Clet qui signifie «l’Appelé» du Seigneur. Son pontificat dura douze ans
et se termina par la décapitation. En ce temps-là, être pape c’était se
vouer à la mort rapide par le fer ou à la mort ralentie par la torture.
«Clément, écrit saint Irénée, fut le troisième évêque de Rome après les
apôtres; il les avait vus, s’était entretenu avec eux et maintenait la
tradition apostolique.» Ce pourquoi, sous Trajan, il fut déporté en
Crimée, condamné à travailler aux mines comme forçat. Il y fit tant de
prosélytes que, sur l’ordre de l’empereur, on le jeta à la mer avec une
ancre attachée au cou.
Xyste exerça le pontificat à l’époque où sévissait le plus furieusement
la persécution ordonnée par l’empereur Valérien. Enfreignant la défense
qui avait été faite de célébrer les Saints-Mystères, il avait coutume de
dire la messe dans les Catacombes. Il fut dénoncé à la police par un
renégat, saisi, condamné sans procès et décapité à l’endroit même où il
avait commis sa sainte désobéissance.
Corneille, qui lui succéda, fut banni à Centumcellæ sous Gallus et
décapité au bout de peu de temps parce qu’il refusait de sacrifier aux
idoles.
Cyprien, né à Carthage d’une famille très riche appartenant à
l’aristocratie, se convertit au christianisme en un âge déjà mûr.
Aussitôt, il distribua tous ses biens aux pauvres et fit le vœu de
chasteté. Élevé à l’épiscopat, il se voua tout entier au salut de son
troupeau et à la défense de l’Église entière. Ses luttes contre le
schisme et l’hérésie donatiste sont célèbres. Nul n’a mieux décrit que
lui les joies de la paix en Dieu après la conversion: «Alors seulement,
disait-il, on trouve un repos assuré de l’âme, une sécurité constante;
l’esprit se rapproche de Dieu; tout ce qui apparaît aux hommes grand et
sublime devient tout petit.» La vigueur avec laquelle il condamnait les
mœurs dissolues des païens lui valut leur haine. Il périt par le glaive
en remerciant ses bourreaux de lui procurer «la félicité du martyre».
Chrysogone marqua par son zèle à développer la foi dans l’âme des
nouveaux convertis et à les armer de patience pour subir la persécution.
Après des années de prison, il fut décapité sous le règne de Dioclétien.
Les deux frères Jean et Paul avaient occupé des emplois élevés à la cour
de la fille de Constantin. Julien leur offrit les plus hautes dignités
s’ils consentaient à entrer à son service et à sacrifier, comme lui, au
Dieu-Soleil. Ils refusèrent avec horreur. L’Apostat leur fit alors
trancher la tête, en secret, dans leur propre maison.
Côme et Damien, chrétiens de naissance, exerçaient gratuitement la
médecine en Cilicie. Comme ils ne guérissaient pas seulement les corps
mais aussi les âmes et qu’ils en amenaient un grand nombre à l’Église,
ils furent incarcérés pendant la persécution de Dioclétien. «Après avoir
été tourmentés par la prison, par les chaînes, par l’eau, le feu, les
pierres et les flèches ils furent décapités.» (_Martyrologe romain_, 27
septembre).
Dans cette liste funèbre et glorieuse de héros sanctifiés, vous croyez
peut-être que j’oublie Saint Laurent? Que non pas! Si je l’ai réservé
pour clore l’énumération, c’est parce que, lui devant une gratitude
spéciale, je voulais en parler d’une façon un peu plus étendue.
Trois ans après que je fus entré dans l’Église, j’eus à traverser une
période de tribulation où il semblait que les événements et les hommes
se fussent concertés pour m’éloigner de Jésus. Tout ce que
j’entreprenais échouait; autour de moi, on interprétait de travers mes
efforts pour affirmer ma foi en servant l’Église. De plus, la maladie
m’éprouvait pendant que de grandes peines d’esprit rendaient aussi
obscure qu’aride ma vie intérieure.
En août de cette année-là, les contradictions, les souffrances physiques
et morales se firent plus accablantes. Mon âme pliait sous le fardeau;
je ne distinguais plus le regard de mon Sauveur que comme une toute
petite étoile horriblement lointaine et voilée, à chaque instant, par
les nuages qui montent de l’abîme où règne le Prince de la Désolation.
Le dix de ce mois, l’Église célèbre la fête de saint Laurent. J’allai à
la messe comme d’habitude. Mais j’étais si déprimé que je ne parvenais
pas à la suivre avec le recueillement nécessaire. Impossible de fixer
mon attention; des pensées tristes me bourdonnaient dans l’esprit,
pareilles à des mouches importunes. Si j’essayais de _vouloir_ prier
quand même, ma volonté fuyait, comme de l’eau jetée dans un crible. Et
mon âme gisait tout endolorie.
Soudain, mes yeux distraits se fixèrent, comme fortuitement, sur mon
paroissien et y lurent le texte de la _Secrète_ du jour. Il y est
demandé que «les mérites de saint Laurent nous soient auxiliateurs pour
notre salut.»
Alors je me sentis poussé d’une façon doucement impérieuse, à supplier
le Bienheureux de me secourir. Je le fis volontiers, mais, l’invoquant,
je m’aperçus que je n’avais qu’une notion très sommaire de sa légende.
Et je m’étonnai qu’il me fût ainsi montré comme un guide et un
consolateur. Je dis _montré_ car il me semblait le voir rire parmi des
flammes. Or, tandis que je le contemplais avec une admiration
stupéfaite, une allégresse mystérieuse, débordante d’amour pour Jésus,
m’envahit l’âme et en chassa les démons du découragement. Cela dura
jusqu’à la fin de la messe sans que je pusse d’ailleurs articuler aucune
prière vocale...
De retour chez moi, je m’empressai de lire le chapitre qui le concerne
dans la belle _Histoire des Persécutions_ de Paul Allard. Par cette
lecture je repris courage: Saint Laurent devint mon compagnon pendant
toute l’octave de sa fête. L’infusion de foi militante et d’énergie que
je reçus de lui me donna la force de réagir contre mon affaissement. Je
dissipai les préventions qui m’avaient presque détourné de mes travaux
pour l’Église. _J’oubliai_ mes misères corporelles et mon âme effondrée
se rebâtit en Dieu...
Laurent, né en Espagne de parents chrétiens, vint de bonne heure à Rome
où le pape Sixte--celui que le martyrologe appelle de son nom grec
Xyste--le distingua pour sa grande piété, ses qualités d’administrateur
et son zèle infatigable. Il l’éleva au diaconat et le mit à la tête des
sept diacres de l’Église romaine; aussi l’appelait-on l’archidiacre du
Pape. En cette qualité, il avait la charge d’assembler et de distribuer
les aumônes que les moins pauvres parmi les fidèles apportaient pour les
indigents. Ce n’étaient, en général, que de bien petites sommes.
Néanmoins les païens se figuraient que Laurent détenait un trésor
considérable.
C’était le temps de la grande persécution (258). L’empereur Valérien
avait rendu un édit qui portait que les évêques, les prêtres et les
diacres seraient mis à mort; elle leur serait infligée sans
interrogatoires, sans jugement régulier ni sentence motivée--sur la
seule vérification du fait qu’ils professaient le christianisme. Quant
aux laïques, ils devaient être dépouillés de leurs biens et décapités,
après jugement. Les chrétiens faisant partie de la Cour, verraient
également leur fortune confisquée et perdraient leurs dignités. Ensuite
ils seraient assimilés aux esclaves. En outre, toute réunion des fidèles
était rigoureusement interdite.
Comme on l’a vu plus haut, le pape Sixte ne tint aucun compte de la
défense. Quand les policiers, renseignés par un traître, vinrent
l’arrêter, il célébrait la messe dans une chapelle souterraine des
Catacombes de Prétextat, près de la voie Appienne. Il fut emmené, ainsi
que les ministres du culte qui l’entouraient, devant l’un des préfets de
la ville. Les assistants demandaient à mourir avec lui. Mais les
soldats, ne voulant sans doute pas s’embarrasser, ce jour-là, d’un trop
grand nombre de prisonniers les laissèrent libres. Le préfet, se
conformant à l’édit, ordonna que Sixte fût décapité tout de suite à
l’endroit même où il avait commis le crime d’offrir le Saint Sacrifice.
Pendant qu’on le ramenait aux Catacombes, Laurent, absent lors de
l’arrestation, accourut pour lui dire un dernier adieu; entre eux, un
dialogue émouvant s’engagea.
Laurent que dévorait la soif du martyre s’écria tout en larmes:
--Où vas-tu, père, sans ton fils? Où vas-tu, prêtre sans ton diacre?
--Mon fils, répondit le Pape, je ne t’abandonne pas: de plus grands
combats t’attendent. Cesse de pleurer: tu me suivras dans trois jours.
Puis il tendit le col au bourreau qui le lui trancha d’un seul coup.
La prédiction de Sixte ne tarda pas à s’accomplir.
Légalement Laurent aurait dû être arrêté sur l’heure. Mais les
persécuteurs nourrissaient une arrière-pensée à son égard. Ils
espéraient en lui accordant une liberté provisoire, obtenir qu’il leur
livrât les prétendus trésors de l’Église. L’événement prouva que tel
était leur dessein. En effet, le préfet de Rome fit comparaître Laurent
et lui ordonna de livrer immédiatement les sommes qu’il était soupçonné
de détenir.
Mais le diacre, prévoyant cette rapine, avait déjà distribué en aumônes
la mince réserve dont il avait la gestion. Il demanda un délai de
vingt-quatre heures pour répondre. Le préfet, se croyant assuré de
toucher bientôt un monceau d’or et persuadé que Laurent craignait pour
sa vie, l’accorda.
Le lendemain, le diacre revint au tribunal, suivi des pauvres qu’il
avait coutume de secourir.
--Qu’est-ce que ceux-là? demanda le préfet tout ébahi.
--Ce sont les trésors de l’Église, répondit Laurent. Et il éclata d’un
grand rire héroïque.
Déçu dans sa cupidité, mis hors de lui par cette sublime raillerie, le
préfet commanda que Laurent fût étendu sur un gril et brûlé à petit feu.
Lui-même présida au supplice. Tandis que les flammes entamaient avec une
cruelle lenteur les chairs du martyr, il lui disait à tout
instant:--Livre ton or; tu auras la vie sauve.
Mais Laurent riait toujours.
Le préfet insistait avec rage. Alors Laurent, désignant la partie droite
de son corps déjà carbonisée:--Ce côté-là, dit-il, est assez cuit;
faites-moi tourner.
Le préfet hurla:--Je te ferai brûler pendant toute la nuit!
--Cette nuit, repartit le diacre, n’a point d’obscurité pour moi; elle
est pleine de lumière.
Puis, quelles que fussent les objurgations et les menaces de son
tourmenteur, il cessa de répondre. Les yeux au ciel, il priait. Et voici
sa prière:
«Sur le gril, Seigneur, je ne vous ai pas renié; dans le feu, ô mon
Jésus, je vous ai confessé. Vous avez éprouvé mon cœur, vous m’avez
examiné et vous m’avez trouvé de bon aloi. Mon âme s’attache à vous
parce que mon corps brûle à cause de vous.»
Puis il pria pour le triomphe du christianisme et enfin--rapportent les
fidèles qui assistaient à son supplice--il prononça, d’une voix
entrecoupée, ces mots: «Je vous remercie, Seigneur, de m’ouvrir les
portes du ciel!...»
Et son âme s’envola dans la gloire de Dieu.
_Hilarem datorem_, celui qui se donne en riant, c’est ainsi que l’Église
qualifie saint Laurent dans l’office qu’elle lui a consacré.
Ah! me disais-je, durant la bienheureuse octave où à toutes les heures
de la journée, je gardais présente l’image du martyr sur son gril, avec
quel rire reconnaissant, mon Dieu, je devrais recevoir les épreuves
qu’il vous plaît de m’envoyer pour mon plus grand bien. Saint Laurent
obtenez-moi cette grâce!...
Or, il me l’obtint. Et c’est pourquoi je pus reprendre ma croix et la
trouver plus légère.
Je vous le demande: comment au souvenir de cette radieuse semaine, ne
vouerais-je pas mon affection et mon entière gratitude au Saint qui
m’assista de la sorte?
* * * * *
Saint Pierre crucifié la tête en bas, saint Paul décapité, saint André
crucifié et écartelé, saint Jacques le Majeur décapité, saint Jean
l’Évangéliste plongé dans l’huile bouillante, saint Thomas lapidé, saint
Jacques le Mineur assommé, saint Philippe crucifié et lapidé, saint
Barthélemy écorché vif, saint Mathieu percé de la lance, saint Simon et
saint Thaddée sciés par le milieu du corps, saint Lin décapité, saint
Clet décapité, saint Clément décapité, saint Xyste décapité, saint
Corneille décapité, saint Cyprien décapité, saint Laurent brûlé vif,
saint Chrysogone décapité, saints Jean et Paul, les jumeaux, décapités,
saints Côme et Damien décapités... Je vois cette troupe glorieuse et
funèbre se ranger à la gauche du célébrant qui se recueille pour la
Consécration; je vois leurs mains sanglantes offrir à l’Hostie les
instruments de leur supplice...
Un peu plus tard, quand le _Pater_ va être récité, d’autres martyrs les
rejoindront, qui se placeront à la droite du prêtre: saint Jean-Baptiste
le Précurseur décapité, saint Étienne lapidé, saint Mathias décapité,
saint Barnabé décapité, saint Ignace déchiré par les bêtes du cirque,
saint Alexandre décapité, saint Marcellin décapité, saint Pierre
l’exorciste décapité, sainte Félicité et sainte Perpétue massacrées,
sainte Agathe brûlée vive, sainte Lucie égorgée, sainte Agnès égorgée,
sainte Cécile saignée à mort, sainte Anastasie brûlée vive...
Ces témoins de la Vérité unique ont vaincu, ont triomphé des lâchetés de
la chair et des embûches du Démon pour que nous, catholiques
d’aujourd’hui, nous soyons mis à même de participer au sacrifice de
Jésus-Christ par leurs mérites. Si nous assistons paisiblement à la
Messe, c’est aux tortures qu’ils subirent sans défaillance que nous en
sommes redevables. C’est de leur sang que l’Église est cimentée. C’est
leur haleine qui en vivifie l’atmosphère chaque fois que la nonchalance
de nos âmes médiocres la rend toute stagnante. Dans l’union solidaire
que nous formons avec eux, leur part est énorme; la nôtre bien minime.
Mais sans ce privilège que nous confère la communion des Saints
saurions-nous, s’il le fallait, remplir les devoirs formidables qu’il
peut impliquer un jour?
Question angoissante et que je me suis souvent posée. Je me
disais:--Imagine que, demain, les ennemis de l’Église deviennent nos
maîtres, qu’ils édictent des lois et des décrets qui t’ordonneront de
renier Jésus sous peine de mort. J’admets que, d’un premier mouvement,
tu refusas l’apostasie. Mais on t’emprisonne; et tu ne tardes pas à
comparaître devant un tribunal d’athées en fureur qui te condamneront,
sans délai ni appel, parce que son fanatisme matérialiste lui présente
ta fidélité à Jésus comme un crime irrémissible. La sentence prononcée,
tu es reconduit dans ton cachot et tu y restes seul avec cette pensée:
dans quelques heures le bourreau me coupera la tête.
Es-tu bien sûr qu’alors tu n’appelleras pas le geôlier pour lui demander
s’il n’existe pas des moyens d’échapper au supplice?
--Il n’y en a qu’un, répondra-t-il, renonce à ton Dieu.
Auras-tu le courage de repousser la tentation? Ne mendieras-tu pas une
audience de tes juges pour sauver ton cher corps en perdant ton âme? Et
si l’on te présente un Crucifix, ne le repousseras-tu pas en t’écriant:
«Je ne connais plus cet homme?»
Je dis que le chrétien qui n’a pas évoqué cette possibilité en
tremblant, au moins une fois dans sa vie, fait preuve d’une confiance
excessive en lui-même. Je dis que si la persécution sanglante revenait,
il risquerait d’apostasier sur une simple menace d’arrestation.
Certains objectent:--Mais la persécution sanglante ne reviendra jamais.
La dureté, la cruauté du paganisme antique n’existent plus. L’état de
civilisation où nous sommes parvenus nous garantit du retour
d’abominations pareilles.
Fragile assurance! Il est vrai que la société actuelle, si régie qu’elle
soit par une fringale de basses jouissances et par la négation des
droits de Dieu sur l’humanité, garde encore quelques traces de
l’adoucissement des mœurs qu’elle doit à des siècles de christianisme.
Encore ne faut-il pas exagérer sa mansuétude car il n’y a pas si
longtemps que sa mère la Révolution satanique tenta de détruire l’Église
par la guillotine. Mais que, demain, un bouleversement social se
produise. Je vous certifie que ceux qui le provoqueront brûleront d’une
haine farouche contre Dieu et son Église et qu’ils mettront en pièces
les fidèles avec autant de férocité--sinon plus--que ne le firent jadis
les païens.
Et qui sait si ce temps n’est pas tout proche? Qui sait si l’astre noir
de l’Antechrist ne se lèvera pas bientôt à l’horizon trouble de
l’avenir?
Jésus a dit: «_De ce jour et de cette heure, nul ne sait rien, pas même
les anges mais Dieu seul._»
Et alors, ajoute saint Paul, «_l’amour de Dieu se refroidira chez un
grand nombre_».
* * * * *
Bien des signes donnent à présumer que ce soir du monde approche.
Ce n’est donc pas sans raison que je demande aux Saints martyrs qui se
pressent devant l’autel de me venir en aide le jour, peut-être prochain,
où il me faudrait rendre témoignage à Jésus sous le glaive. Leur exemple
me fortifie. Les sachant près de moi, je me sens étroitement solidaire
de leurs souffrances et de leur héroïsme. Contemplant leurs plaies je me
sens aussi un peu moins indigne de m’offrir avec l’Hostie. Et, d’un cœur
sans réticences, j’articule l’admirable prière qui précède immédiatement
la Consécration:
_Daigne, ô mon Dieu faire qu’en toutes choses, cette oblation soit
bénie, légitime, valable, fondée en raison et acceptable par ta
miséricorde, en sorte qu’elle devienne, pour notre salut, le Corps et le
Sang de ton Fils très aimé, Notre Seigneur Jésus-Christ._
_Bénie_, elle le sera, si je n’ai pas abusé des grâces qui me furent
départies avec surabondance malgré l’insuffisance de mon zèle.
_Légitime_, elle le sera, si j’ai la conviction absolue que le fait de
sa perpétuité dans l’Église correspond à l’ordre établi par Jésus
lorsqu’il institua la Cène.
_Valable et raisonnable_, elle le sera parce que c’est l’Agneau vivant
de Dieu, Dieu lui-même, c’est-à-dire la Raison et la Sagesse incréées
qui vont être immolées tout à l’heure.
Si je comprends la responsabilité que j’assume en prononçant, avec le
célébrant, ces paroles, si, par elles, je m’associe aux Martyrs qui
moururent pour la gloire du Mystère d’amour qu’elles commémorent,
«_j’aurai part à la divinité de Celui qui a daigné se revêtir de notre
humanité_».