M. le Maréchal comte d'Erlon.

M. le lieutenant-général Drouet, comte d'Erlon, vient, par ordonnance

royale du 9 avril, d'être élevé à la dignité de maréchal de France.

Aux termes de la loi du 4 août 1839, sur l'organisation de

l'état-major-général de l'armée, le nombre des maréchaux de France est

de six au plus en temps de paix, et pourra être porté à douze en temps

de guerre. Lorsqu'en temps de paix le nombre des maréchaux de France

excédera la limite fixée, la réduction s'opérera par voie d'extinction;

toutefois, il pourra être fait une promotion sur trois vacances.

A l'époque où cette loi fut rendue, le nombre des maréchaux de France

était de douze. Depuis, six d'entre eux sont morts, et sur ces six

vacances, deux promotions ont été faites: celles de M. le

lieutenant-général comte Horace Sébastiani et de M. le

lieutenant-général comte Drouet d'Erlon.

[Illustration: M. le maréchal comte d'Erlon.]

Aujourd'hui, le nombre des maréchaux de France est de huit, dont un

seul, M. le duc de Dalmatie, est de la première promotion, faite par

Napoléon, le 19 mai 1804, le lendemain de son élévation au trône

impérial. Voici les noms des huit maréchaux actuels: Duc de DALMATIE

(Soult), président du conseil et ministre de la Guerre; duc de REGGIO

(Oudinot), gouverneur de l'hôtel royal des Invalides; comte MOLITOR;

comte GÉRARD, grand-chancelier de l'ordre, royal de la Légion-d'Honneur;

marquis de GROUCHY; comte VALÉE; comte Horace SÉBASTIANI; comte DROUET

D'ERLON.

Les six derniers maréchaux morts sont: comte de Lobau (Mouton); marquis

Maison; duc de Tarente (Macdonald); duc de Bellune (Victor); duc de

Conégliano (Moncey); comte Clauzel.

La dignité de maréchal de France, en vertu de la même loi du 4 août

1839, n'est conférée qu'aux lieutenants-généraux qui auront commandé en

chef devant l'ennemi: 1° une armée ou un corps d'armée composé de

plusieurs divisions de différentes armes; 2º les armes de l'artillerie

et du génie dans une armée composée de plusieurs corps d'armée. Le

nouvel élu, doyen des lieutenants-généraux depuis quelques années, et

dont la nomination à ce grade remonte au 27 août 1803, satisfait depuis

longtemps à la première de ces conditions, puisqu'il plusieurs reprises,

sous l'Empire, il a commandé en chef des corps d'armée formés de

plusieurs divisions.

M. le maréchal Drouet d'Erlon, né à Reims le 29 juillet 1765, débuta

dans la carrière militaire par être soldat dans un bataillon de

volontaires nationaux, où il s'enrôla en 1792. Son courage et son

intelligence l'ayant fait distinguer par le général Lefebvre, il devint

son aide-de-camp, et fit sous ses ordres les campagnes de 1793, 1794,

1795 et 1796, aux armées de la Moselle et de Sambre-et-Meuse. En 1799,

il fut nommé, général de brigade. Attaché à l'armée qui, en 1803,

s'empara du Hanovre, il fut élevé au grade de général de division. Il

servit en cette qualité à la grande armée d'Allemagne, prit une part

active à la bataille d'Iéna, et contribua à la prise de Halle. Chef

d'état-major-général du corps d'armée du maréchal Lannes, il se signala

à la bataille de Friedland, le 14 juin 1807, et y fut blessé. Le 29 mai,

il fut nommé grand-officier de la Légion-d'Honneur. En 1809, il

contribua à soumettre le Tyrol. Chargé du commandement du 9e corps

d'armée d'Espagne, il obtint, en 1810, des succès en Portugal, et lit sa

jonction avec Masséna, le 26 décembre 1811 A la fin de décembre 1812, il

força le général anglais Hill à se retirer sous les murs de Lisbonne. En

1815, il commandait l'armée du centre et obtint des succès sur la

Guenna. Vers la lin de juillet, il emporta de vive force le Col-de-Maya,

après la plus vigoureuse résistance de la part des Espagnols. Il

commandait un corps d'armée à la bataille de Vittoria, devint un des

lieutenants du maréchal Soult lors de l'invasion de l'armée anglaise

dans le midi de la France, et combattit, en 1814, dans toutes les

affaires où le territoire national fut énergiquement disputé à l'ennemi,

notamment à Orthez et à Toulouse.

A la première Restauration, M. le comte d'Erlon fut nommé commandant de

la 16e division militaire (Lille), chevalier de Saint-Louis et grand

cordon de la Légion-d'Honneur. Après le débarquement de l'Empereur au

golfe Juan, le général Lefebvre-Desnouettes ayant formé le projet de

rassembler toutes les forces qui se trouvaient dans le nord de la

France, pour tenter un coup de main sur Paris, M. le général Drouet

d'Erlon fut prévenu de complicité dans ce hardi dessein, et arrêté, le

13 mars 1813, par ordre du duc de Feltre (Clark), alors ministre, de la

Guerre. Le cours des événements le rendit bientôt à la liberté, et lui

permit de s'emparer de la citadelle de Lille, où il se maintint jusqu'au

20 mars. Le 28 du même mois, il fit proclamer et reconnaître l'Empereur

dans la 16e division. Napoléon l'éleva à la pairie par décret du 2 juin,

et lui confia le commandement du premier corps de son armée, à la tête

duquel il fit, à Fleuras et à Waterloo, des prodiges de valeur que la

fortune rendit inutiles. Le général d'Erlon commanda ensuite l'aide

droite de l'armée sous Paris, et après la capitulation, il se retira au

delà de la Loire. Compris dans l'ordonnance de proscription du 24

juillet 1815, il quitta son corps d'armée, et fut assez heureux pour

arriver à Bayreuth, en Bavière, où il trouva un asile. Plus tard il

s'établit aux environs de Munich et y vécut, dans une modeste retraite,

de l'exploitation industrielle d'une brasserie. Il fut cité, le 12 juin

1815, devant le conseil de guerre de la 11e division militaire, à

Bordeaux, pour être jugé par contumace; mais l'instruction n'ayant pas

été trouvée suffisante, l'affaire fut suspendue jusqu'à plus ample

informé et n'eut pas d'autre suite.

La révolution de Juillet 1830 rappela en France le comte d'Erlon, et il

fut réintégré dans son grade. Son nom figura de nouveau sur la liste des

lieutenants-généraux en activité, publiée par l'_Almanach royal et

national_ de 1831, après en avoir été effacé pendant quinze années. Pair

de France, le 19 novembre 1831, M. le comte d'Erlon fut nommé, par

ordonnance royale du 27 juillet 1834, gouverneur-général des possessions

françaises dans le nord de l'Afrique, et conserva ce commandement

jusqu'au 8 août 1833, jour où il quitta Alger, une ordonnance du 8

juillet lui ayant donné pour successeur le maréchal Clauzel, qu'il vient

de remplacer à son tour dans la dignité de maréchal de France. Peu de

temps après son retour d'Algérie, M. le lieutenant-général d'Erlon fut

appelé de nouveau au commandement de la 12e division militaire, qu'il

avait occupé avant son départ pour l'Afrique, et qu'il occupait encore

au moment de sa promotion au maréchalat.

L'Illustration, No. 0007, 15 Avril 1843 · 第 8 / 13 题