M. le président Marinier a l’œil vif dans un visage très dur.

C’est au terrible interrogatoire de ce président disant: «Je ne voudrais

pas que l’on croie que j’invente ce que je dis. C’est dans le dossier»,

que Louise Théolas devra répondre. Et non seulement pendant deux jours,

comme on l’a cru, mais pendant trois jours au moins, si ce n’est quatre.

On siègera vendredi, samedi, dimanche, et peut-être lundi. On siégera

tant que Bernardine Nédellec aura quelque chose à dire, et Désiré

Allain, le notaire, et l’expert armurier, et les voisines, et les

docteurs, et les autres témoins, et les avocats. On siègera jusqu’à ce

que la grande voix de Maître Henri-Robert, qui verra se lever l’aube

ici, et qui doit avoir le dernier mot dans les débats, se soit tue.

Il en sera ensuite de Louise Théolas, comtesse de Kerninon, ce que la

justice des hommes décidera. Acquittée, elle restera comtesse et

recueillera l’héritage. Condamnée, elle ne sera plus qu’une femme de 65

ans en prison, et les cousines de son mari ramasseront d’entre les

doigts du fisc les miettes de la fortune seigneuriale. Car c’est là

l’enjeu du drame et du procès.

Saint-Brieuc, 8 mai.

Il fallait bien s’attendre à ce que le procès de cette femme fît

recette. Toutes les passions surexcitées d’un pays où son mari était

comte et seigneur devaient attirer devant le calvaire qu’elle allait

gravir la grande foule haineuse de ceux qui ne pouvaient lui pardonner

son ascension vers la richesse et l’honneur. Mais on n’aurait pu

imaginer cependant qu’une prévenue, en principe innocente jusqu’à ce que

la justice prononce, trouvât au tribunal quatre accusateurs au lieu

d’un. C’est pourtant ce que, sous les outrages, l’on a vu aujourd’hui

dans le prétoire et tout autour.

Louise Théolas, comtesse de Kerninon, en robe très simple de veuve, a

été introduite à 13 heures entre ses gendarmes dans une salle pleine à

craquer. Elle était pâle sous ses voiles noirs et ses yeux étaient

rouges. Son regard se fixa tout de suite sur la robe de M. Marinier, et

elle sembla ne pouvoir les détacher de cette grande tache sanglante.

Elle ne fit certainement pas attention à la masse compacte des témoins

que le greffier appelait et ne vit ni Bernardine, presque aussi vieillie

qu’elle, ni le visage sévère jusqu’à la dureté de M. le procureur

Brohan. Une émotion profonde la poignait, qui apportait parfois à ses

paupières la brûlure des larmes et elle s’essuyait vite le visage, où la

sueur perlait sur la peau blême, au creux des tempes et au gras de la

gorge.

Toutefois elle répondit d’une voix qui s’assurait davantage à chaque mot

aux premières questions du président et elle écouta sans autres gestes

que de brefs signes de dénégation la lecture de l’acte d’accusation. La

partie commençait seulement. Puis les trois quarts des témoins ne

pouvant être entendus le jour même, furent mis dehors. Et le formidable

duel commença.

Dès le début, ce fut effrayant. Sous les regards d’un auditoire

haletant, le président jeta à la tête de cette femme qui se raidissait

sa douloureuse jeunesse en des termes qui soulevèrent des rumeurs:

--Comment gagniez-vous votre vie, s’écria-t-il, dans les infâmes bouges

d’Algérie et de France où vous avez roulé? Après avoir chanté sans avoir

rien appris que des refrains de beuglant, vous tendiez aux spectateurs

une soucoupe pour recevoir des sous. Vous tombiez à la plus basse

prostitution. Vous n’aviez aucun talent.

Maître Henri Robert intervint:

--L’avez-vous entendue chanter? dit-il. Non. Alors, pourquoi dites-vous

aux jurés qu’elle n’avait pas de talent? Nous ne discutons pas,

d’ailleurs, ici, de la vertu des chanteuses de café-concert. Il s’agit

de savoir si cette femme a tué son mari ou non.

L’observation ne calma pas M. Marinier. Il trouva sa revanche en

accablant l’accusée de soupçons effroyables.

--Comme vous avez dû être heureuse, le 21 août, quand votre mari fût

mort! fit-il.

Alors la malheureuse éclata.

--Pendant trente-deux ans, gémit-elle, j’ai toujours été trompée. Tout

était bon pour mon mari, les servantes, les paysannes et mes bonnes, et

j’ai toujours pardonné.

Elle voulut se défendre, dire les choses, expliquer. Elle voulut montrer

aux juges la vie qui fut la sienne auprès de ce mari volage, toujours

repentant et toujours débauché. Mais le président lui arracha la parole,

couvrit sa voix par la sienne, accumulant pêle-mêle, les injures, les

sarcasmes et les accusations, sans lui laisser même la possibilité de se

faire entendre. Ramassant tous les racontars, tous les ragots et toutes

les insinuations, refusant les explications, balayant les larmes,

étouffant les sanglots, il la flagella pendant trois heures d’horloge,

sans admettre sa douleur de femme, sa jalousie et sa passion de mère.

Et, au moment où, reprise, faisant front, elle allait crier, il

suspendit l’audience, sans que l’accusée ait pu placer dix phrases.

Et, à la reprise, ça recommença. Mme de Kerninon put tout juste indiquer

sa version de l’accident fatal. Secouée de spasmes, elle allait

poursuivre, quand elle reçut en pleine figure cette exclamation:

--Vous jouez la comédie!

Elle fléchit. Maître Henri Robert la releva.

--Je vous rappelle à votre devoir, tonna-t-il, vous devez être

impartial.

Et elle renonça.

--Je m’en remets à ces messieurs, gémit-elle, en désignant les jurés.

Quant à vous, chargez-moi tant que vous voudrez, c’est votre rôle.

Alors, après un monologue oiseux de M. Marinier, le premier témoin, M.

Chauchix, séquestre, se présenta à la barre comme second accusateur. Ce

petit huissier chafouin chargé d’expertiser la fortune de Kerninon,

sentant le président favorable à ses commérages, libéra sa pauvre tête

falote de tous les bavardages recueillis au cours de ses recherches

financières et avoua sans scrupules s’être livré à une véritable

instruction extra-judiciaire qu’aucun contrôle n’avait pu limiter.

Il fallut soixante minutes à ce croquemites pour émettre une seule

précision importante: à savoir qu’en biens de toutes sortes la famille

Kerninon possédait encore actuellement un million.

Il est à peine besoin d’ajouter que le ministère public pour sa part et

la partie civile pour la sienne apportèrent au président leur vigilant

concours pour seconder une accusation qui se suffit pourtant à

elle-même: le 21 août, la comtesse a-t-elle tiré deux balles sur le

comte?

La déposition de l’ancien notaire Désiré Allain, prêteur et, comme le

dit le président, compagnon de débauche de Roger de Kerninon, n’apporta

pas d’autre précision que celle qu’en quinze ans le comte avait dépensé

pour ses plaisirs 114.000 francs, soit 500 francs par mois. Elle ne fut

illustrée que par une parole présidentielle qui fit encore bondir Maître

Henri-Robert.

--Bernardine, dit M. Marinier, était, en somme, une femme sérieuse. Elle

ne coûtait pas plus au comte que ne lui aurait coûté la passion de la

chasse ou de l’auto.

--Il n’est pas permis, jeta la grande voix de Maître Henri-Robert, de

faire en cour d’assises l’apologie de la maîtresse pour faire condamner

la femme légitime.

Les applaudissements ne cessèrent que sous la menace d’une expulsion de

la salle. C’était fini. Ni la lecture à l’audience de lettres

déchirantes écrites par la comtesse au comte pendant ses trahisons, ni

la lassitude d’une femme peut-être criminelle, mais qui a le droit de se

défendre, ne calmèrent la foule hurlant à la mort autour de la voiture.

Les huées l’accompagnèrent jusqu’à la prison, d’où elle sortira demain,

dès 9 heures, pour reprendre sa place d’infamie, avec pour seuls

soutiens Maîtres Henri-Robert et Geoffroy, ses défenseurs.

Saint-Brieuc, 9 mai.

La nuit porte conseil. M. le président Marinier dut avoir un sommeil

trop agité pour en profiter suffisamment. Il est arrivé ce matin à

l’audience plus excité encore que la veille par le résultat paradoxal

qu’il avait obtenu en rendant sympathique à la foule une accusée que

sert fort peu son physique. Et, reprenant son monologue accusateur,

n’utilisant même pas, dans son trouble agressif, la perpétuelle négation

si malhabile de celle dont il devrait entendre les explications avec

impartialité, il a multiplié jusqu’à la fin, dans la salle surchauffée,

les incidents les plus regrettables.

A 6 heures du soir encore, quand le dernier témoin cité par la défense

rendait hommage, dans son parler simple d’homme rude, à son ancienne

patronne, M. Marinier, rouge de colère, couvrit sa voix et émit la

prétention de retirer la parole à Maître Henri-Robert, magnifiquement

dressé, tout pâle, au banc de la défense. La salle entière, où ne se

pressaient vraiment pas seulement des amis de Mme de Kerninon, clamait

son indignation. Une passion de justice secouait l’assistance devant

tant d’injustice, et l’on peut dire que, par ses excès mêmes, le

magistrat accusateur est involontairement devenu le meilleur avocat de

la châtelaine de Lannion.

La matinée avait débuté par la comparution à la barre des témoins les

plus attendus. Le notaire Élie Fleury, fils de la comtesse de Kerninon,

nia d’abord à peu près tout ce que l’instruction avait appris sur son

rôle. Mais il reconnut toutefois avoir reçu cent mille francs sur le

prix de vente du château de Ploulec’h. Ergotant à propos des faits les

plus simples, il ne procura pas l’émotion que l’on pouvait attendre de

sa présence. La suffocation nerveuse de sa mère même ne supprima pas

l’impression gênante que ses perpétuelles hésitations propageaient. Sa

femme, entendue seulement dans l’après-midi, devait avoir au contraire,

par son attitude, ce qu’on nomme, en termes de journaliste, une bonne

presse.

Mais le grand événement de l’audience, celui qui faisait d’avance se

pourlécher les amateurs de pareils spectacles, devait être évidemment

l’apparition de Bernardine Nédellec. Elle succédait à Edmond Le

Tourneur, témoin prétentieux qui récita avec emphase un discours appris

par cœur et qui lui valut des huées.

Cependant Bernardine, vêtue de noir des pieds à la tête, déçut. Elle

était trop simple, trop monocorde, et, si l’on peut dire, trop têtue.

Ses affirmations accusatrices, que le président accueillait avec une

faveur trop marquée, n’apportaient pas l’élément nouveau qu’on

attendait. Il y avait dans toutes ses phrases une passion haineuse

envers la femme légitime dont, en somme, elle enlevait le mari et la

fortune, et qui faisait mal à entendre.

Elle répéta tout ce qu’elle avait dit déjà à l’instruction sur la

fidélité du comte à son égard, sur les sévices de son épouse et sur les

confidences qu’elle reçut après le drame, à la clinique Aurégan, de la

bouche du blessé. Elle affirma de nouveau son propre désintéressement

avant et après les coups de revolver, mais resta bouche bée quand Maître

Henri Robert lui posa tout à trac cette simple question:

--Le témoin n’a-t-il pas cherché à acheter à Paris un fonds de commerce?

--Oui.

--Combien?

--Trente-huit mille francs, dont huit mille comptant.

L’aveu ne put être paré même par le président, qui demandait soudain

«qu’on respectât la mémoire du comte» et qui avait fait comparaître

Bernardine tout à la fin de l’audience.

A la reprise, il devait d’ailleurs reprendre, en l’accentuant encore,

son singulier rôle d’accusateur avec toute l’autorité de sa robe rouge,

de ses fonctions et de sa respectabilité. Perrine Le Tourneur, la

vieille nourrice du comte, déposait. Et, comme elle accusait, ainsi que

tous les siens, la comtesse, le président la laissa déposer, elle, tout

son saoul, faisant traduire à mesure son parler breton par l’interprète

en montant ses réponses en épingle.

--Vous êtes une vraie chrétienne, s’écriait-il, ce que vous dites ici

spontanément est la vérité vraie. Vous le jureriez sur un crucifix...

Et la bonne femme jurait. Et le président, triomphant:

--Le juge d’instruction n’a pas l’air d’avoir su interroger les témoins!

Céline Loarer, fille de la précédente, trouva le même accueil auprès du

tribunal. Elle aussi accusait, elle aussi apportait à la barre les

confidences du comte blessé et tous les commentaires pouvant nuire à la

comtesse.

--Votre fille, demanda M. Marinier, était dactylo chez Fleury. Or, si M.

de Kerninon avait été la sorte de satyre que l’on a dit qu’il était,

vous n’auriez certainement pas mis votre fille près de lui, n’est-ce

pas?

Tel fut le ton. Et, quand le fils Fleury intervint de la salle parce que

le témoin accusait sa mère d’avoir «débiné» son mari mort pendant la

veillée mortuaire, M. Marinier s’exclama:

--Vous et votre mère, vous n’avez qu’une idée: insulter les témoins.

Maître Henri-Robert protesta. En mots cinglants, il mit en parallèle les

deux façons qu’avait le président de recevoir les témoignages, suivant

qu’ils favorisaient plus ou moins l’accusation.

On aurait pu penser qu’après cette énergique intervention les incidents

auraient pris fin. C’était compter sans l’humeur de l’honorable

conseiller à la Cour, dont l’attitude, les gestes et les fureurs

semblaient devoir être supprimés du répertoire judiciaire et de façon

définitive, tout au moins en France, depuis un bon demi-siècle.

Les témoins secondaires, voisins et voisines, experts et domestiques

mêlés au drame, l’armurier qui examina l’arme, le serrurier qui fit

jouer la serrure, les docteurs qui soignèrent la victime, ne pouvaient

ajouter à l’électricité de ce jour orageux. Mais la dernière violence

explosa sur les lèvres présidentielles avec les derniers mots des

témoins à décharge, et donne à penser que, demain, pour le réquisitoire

et pour les plaidoiries, de terribles joutes oratoires nouvelles sont à

prévoir.

Le verdict sera rendu sans doute vers 6 heures. Il est difficile d’en

préjuger, les débats n’ayant apporté aucune clarté supplémentaire à la

question de la culpabilité. On n’a vu depuis deux jours, au banc des

accusés, qu’une femme mise dans l’impossibilité, non seulement de se

défendre, mais simplement de s’expliquer, et cela n’ajoute rien, il faut

le dire, à la majesté indispensable à la justice.

Saint-Brieuc, 10 mai.

Louise Théolas, veuve de Kerninon, a été condamnée aujourd’hui, à 17

heures, à la peine de huit années de réclusion, dix ans d’interdiction

de séjour, un franc de dommages-intérêts et aux dépens.

Ce n’est pas devant une salle comble que l’audience fut reprise, mais

dans une salle où il aurait été impossible de glisser une épingle. Les

témoins étant revenus occuper les rares places encore libres, la chaleur

devint aussitôt étouffante.

Introduite, la comtesse apparut plus pâle sur le fond rouge des

tentures, mais aussi plus résolue. Une intervention _in extremis_ de

l’expert armurier Vilbrun apporta tout de suite un précieux argument à

la défense. Celui-ci, en effet, pour décharger sa conscience, tint à

déclarer qu’à la réflexion il ne tenait pas pour tout à fait impossible

qu’un second coup de revolver ait pu partir au cours d’une lutte le 21

août, chez le notaire Fleury.

Maître Gautier-Rougeville, crâne percé d’yeux bleus et orné d’une

barbiche, prit la parole au nom de la partie civile. Le comte de

Kerninon, comme il fallait s’y attendre, redevint immédiatement une

sorte de saint breton, et la comtesse cessa d’être une Jeanne-d’Arc en

Afrique. D’une voix mélo-dramatique, l’honorable avocat accusateur

retraça longuement toutes les phases de ce drame qu’il nomme un drame de

l’ingratitude.

M. le procureur de la République Brohan lui succéda. N’utilisant aucune

note et n’ayant pas recours à son dossier, il donna l’impression

d’improviser d’une voix forte le réquisitoire de «l’intruse».

Certes, il respecte en l’accusée et la femme et la mère, mais il répète

aussi avec insistance que lui, magistrat breton, est en face d’un jury

breton ayant à juger «celle qui préfère habiter Paris parce que la

Bretagne n’est pas assez belle pour elle».

Il termine en demandant une condamnation sans s’opposer à l’admission

des circonstances atténuantes.

Le tour de la défense est venu. Maître Geoffroy se lève, à son banc,

tout rose. Et, usant des mêmes arguments que l’accusation, il se dresse,

lui, avocat breton, pour défendre devant le jury breton Louise Théolas

et son fils Fleury, étrangers au pays.

Il ne fait, bien entendu, qu’une bouchée de la tribu des Le Tourneur et

de celle des Nédellec, Bernardine et Yvonne, et rappelle l’argument

décisif apporté tout à l’heure à la barre par l’expert-armurier.

Dès qu’il s’assied, Maître Henri-Robert se lève. Et c’est toute la

défense qui se lève en sa personne. Il est 18 heures. Dans vingt-cinq

minutes, la grande voix se taira. Et, dans ce laps de temps si court,

elle détruira, semble-t-il, toutes les charges de l’accusation.

Il est impossible de résumer une plaidoirie semblable, dont toute la

puissance vient de la majesté de l’attitude, du son de la voix et de

l’élégance du geste. Mais il suffira d’en extraire quelques phrases pour

faire partager le frisson ému de tous les auditeurs.

--Un mot de vous, messieurs, s’écrie le maître s’adressant aux jurés, et

ce sont les travaux forcés à perpétuité. Avec les circonstances

atténuantes c’est encore cinq ans de réclusion. Et ma cliente n’est

poursuivie que pour tentative de meurtre. Or on a dit tout à l’heure ici

que ce n’est pas la maladie qui a tué le malade, mais que c’est le

médecin. Et c’est vrai. Très légèrement blessé, le comte de Kerninon a

été charcuté, il n’y a pas d’autre mot. Il est resté deux heures sous le

chloroforme. Il y est mort. D’autre part, comment la comtesse, plus

petite que son mari, aurait-elle pu blesser de haut en bas celui-ci qui

avait un mètre quatre-vingt-deux? En réalité, c’est au cours de la lutte

dont on a parlé que, le comte ayant levé les mains, le second coup

partit. D’ailleurs le comte de Kerninon a dit après le drame: «Je me

suis blessé». Voilà la voix du mort.

Enfin, il rappelle qu’à la clinique Aurégan le comte agonisant demanda à

voir sa femme, que donc celle-ci ne saurait être sa meurtrière, et il

adjure les jurés de scruter leur conscience pour savoir s’ils ont la

preuve certaine que Mme de Kerninon a tué.

Le jury se retire dans la salle de délibération. Il en ressort vingt

minutes plus tard. Sa réponse est «oui» à la majorité sur la culpabilité

et «oui» à la majorité sur les circonstances atténuantes. Louise Théolas

perd tous droits à la succession seigneuriale.

On lui lit l’arrêt qui la condamne. Elle ne comprend pas. Elle ne

comprend rien. Elle ne comprend plus:

--Ce n’est pas fini? dit-elle.

--Gardes, emmenez la condamnée! ordonna M. Marinier.

Elle ne bouge pas. Tout s’est écroulé. Elle reste debout sur les ruines.

--On va dire, fait-elle... Il faut dire...

On l’entraîne. Elle est assommée.

Saint-Brieuc, 11 mai.

A Saint-Brieuc même, la condamnation de la comtesse de Kerninon a

produit un très vif émoi. Il a fallu protéger Bernardine Nédellec pour

lui permettre de sortir du Palais. Les conclusions du bâtonnier

Henri-Robert pour demander la cassation ont été naturellement rejetées

par la Cour, mais la manière dont fut conduit le procès a paru si

scandaleuse même à ceux qui n’avaient aucune sympathie pour l’accusée,

qu’il est impossible d’en rester là.

Les grandes enquêtes de Mega Sulvan · 第 38 / 60 题