LA COMÉDIE DANS LE DRAME

--Depuis qu’en 1546, le sire de Geoffroy de Pont-Blanc succomba sous les

coups des Anglais en défendant la ville, Lannion vécut si tranquille

qu’on n’y pouvait prévoir un scandale aussi grand que celui qu’ont

fourni la vie et la mort du comte de Kerninon. Ses 6.000 habitants

étaient quiets, un mois auparavant, et nul n’aurait pensé qu’un petit

avocat de Rennes, passé dans la magistrature pour s’asseoir et faisant

par hasard l’intérim du Procureur en vacances, allait, un beau matin, en

perdant toute mesure, provoquer, au nom de la loi, un autre scandale

encore.

On avait cependant supporté bien des surprises depuis le 21 août, date

du drame. On avait vu la Justice devenir sourde et muette et le Parquet

renoncer à mettre en branle l’action publique. On avait vu la ville

gardée par un unique agent, servant de facteur au maire, et le

sous-préfet ramasser, après une rixe, un jeune homme assommé.

Mais on n’avait en somme pas encore vu agir M. Mocudé, Procureur de la

République intérimaire. On eut ce spectacle. Il valait d’être vu.

Il s’agissait de procéder à l’autopsie du comte Roger de Kerninon,

inhumé avec une balle dans le cou. Cette opération médico-légale, menée

par les docteurs Millardet, professeur à la Faculté de Rennes, et

Étesse, directeur du sanatorium marin de Trestrel, assistés du docteur

Le Goffic, médecin traitant, allait avoir pour théâtre le cimetière de

Ploulec’h.

L’enclos funèbre est sur l’emplacement de la première chapelle élevée en

Bretagne à la Vierge. Un vaste presbytère y est attenant, dans la cour

duquel on pouvait dresser l’appareil opératoire, puis, en fermant la

porte tenue close par un gendarme, en dérober le mystère à tout regard

profane.

Les grandes enquêtes de Mega Sulvan · 第 33 / 60 题