Nous en avons fini avec la partie dramatique et sanglante de notre
récit. Nous allons passer, si vous le voulez bien, à ce spectacle qui
m'a si fort émerveillé, de voir un drame entier, en cinq actes,
représenté par des fous.
Je dis des fous et non pas des folles, parce que M. Miraglia supprime la
femme dans ses représentations dramatiques, par trois raisons: la
première, parce qu'il n'a dans son établissement, séparé des hommes, que
des femmes d'une classe inférieure; qu'il regarde comme une chose plus
délicate de faire monter des femmes sur le théâtre que d'y faire monter
des hommes; enfin qu'il n'a pas la même puissance pour enchaîner le
bavardage insensé des femmes que pour régir la parole des hommes,
presque toujours silencieux, tandis que les femmes s'abandonnent à une
éternelle loquacité.
Comme je vous l'ai dit en commençant, je ne voulus pas examiner la
représentation des fous d'Aversa au seul point de vue de la curiosité et
de l'étonnement produit par elle sur le public, et je résolus de savoir
de M. Miraglia lui-même les causes qui l'avaient porté à faire de
quelques-uns de ses fous des tragédiens et des comédiens, et de lui
demander à l'aide de quel procédé il avait obtenu un résultat si
complet.