CRANE DE LA FEMME.

Le docteur reconnut que le crâne était celui d'une femme, à sa face

étroite, au peu de largeur de l'arcade dentaire, à la très-grande

distance existant entre le trou de l'oreille et la partie supérieure de

l'os occipital, à laquelle correspond l'organe de la philogéniture, qui

présentait une saillie de plus de six lignes.

Il reconnut que cette femme n'avait pas plus de trente-deux à

trente-quatre ans, au peu d'épaisseur des os, aux sutures non effacées

et faciles à désarticuler, à l'état d'intégrité des dents, condition de

jeunesse que l'on ne trouve plus passé cet âge.

D'après les dimensions générales du crâne, il observa que les parties

postérieures et latérales dépassaient en volume les parties supérieures

et antérieures: ce qui indiquait que, chez l'individu auquel il avait

appartenu, les tendances animales l'emportaient sur les sentiments

moraux et les facultés intellectuelles; de telle sorte que, n'étant pas

contre-balancées par ces dernières, elles se trouvèrent détournées du

but moral, vers lequel, dans les conditions d'un organisme moins brutal,

le pouvoir de la volonté eût pu les diriger, et entraînèrent l'individu

à satisfaire ses instincts.

Ce crâne, confronté à ceux des plus terribles criminels, pouvait

soutenir la comparaison. L'organe de la _destructivité_ ne rencontrait

son pareil que dans celui d'une tête de femme, conservé au musée de

Versailles, et qu'on montre comme étant celui de la marquise de

Brinvilliers;--chose qui nous paraît impossible, puisque la marquise de

Brinvilliers, décapitée en 1676, fut ensuite brûlée et réduite en

cendres, jetée au vent; mais qui, à défaut du crâne de celle-ci, serait

probablement celui de la fameuse madame Tiquet, qui tua son mari en

1699.

Donc, ce crâne était celui d'une personne entraînée vers l'homicide par

des instincts brutaux, que les sentiments moraux et les facultés

intellectuelles étaient insuffisants à combattre.

Jacques Ortis; Les fous du docteur Miraglia · 第 63 / 85 题