26 octobre

Je l'ai vue, Lorenzo, la divine jeune fille, je l'ai vue, et je t'en

remercie. Je la trouvai assise et occupée à faire son propre portrait;

elle se leva comme si elle me connaissait, et ordonna à un domestique

d'aller chercher son père.

--Il ne pensait pas, me dit-elle, que vous viendriez sitôt; il sera dans

la campagne, mais il ne tardera point à revenir.

Dans ce moment, une petite fille accourut entre ses genoux et lui dit à

l'oreille quelques mots que je ne pus entendre.

--C'est un ami de Lorenzo, lui répondit Thérèse: celui que papa alla

voir avant-hier.

Sur ces entrefaites, M. T*** rentra; il m'accueillit avec bonté et me

remercia de m'être souvenu de lui. Thérèse alors prit sa petite sœur

par la main, et se retira avec elle.

--Vous voyez, me dit M. T*** en me montrant ses enfants qui quittaient

la chambre, nous voici tous!...

Il prononça ces mots comme s'il avait voulu me faire sentir que sa femme

manquait: il ne la nomma point cependant. Après avoir causé quelque

temps, je me levai pour sortir; alors, Thérèse rentra.

--Nous sommes voisins, me dit-elle en souriant, et j'espère que vous

viendrez quelquefois passer vos soirées avec nous.

Je revins chez moi le cœur tout en fête. Je crois que le spectacle de

la beauté suffit pour adoucir chez nous, pauvres hommes, toutes les

douleurs; un nouvel avenir s'est ouvert devant moi; tu peux y voir une

source de bonheur... et, qui sait?... peut-être d'infortunes!... Mais

qu'importe, ne suis-je pas prédestiné à avoir l'âme dans une éternelle

tempête? et n'est-ce pas toujours la même chose?

Jacques Ortis; Les fous du docteur Miraglia · 第 21 / 85 题