Je l'ai vue, Lorenzo, la divine jeune fille, je l'ai vue, et je t'en
remercie. Je la trouvai assise et occupée à faire son propre portrait;
elle se leva comme si elle me connaissait, et ordonna à un domestique
d'aller chercher son père.
--Il ne pensait pas, me dit-elle, que vous viendriez sitôt; il sera dans
la campagne, mais il ne tardera point à revenir.
Dans ce moment, une petite fille accourut entre ses genoux et lui dit à
l'oreille quelques mots que je ne pus entendre.
--C'est un ami de Lorenzo, lui répondit Thérèse: celui que papa alla
voir avant-hier.
Sur ces entrefaites, M. T*** rentra; il m'accueillit avec bonté et me
remercia de m'être souvenu de lui. Thérèse alors prit sa petite sœur
par la main, et se retira avec elle.
--Vous voyez, me dit M. T*** en me montrant ses enfants qui quittaient
la chambre, nous voici tous!...
Il prononça ces mots comme s'il avait voulu me faire sentir que sa femme
manquait: il ne la nomma point cependant. Après avoir causé quelque
temps, je me levai pour sortir; alors, Thérèse rentra.
--Nous sommes voisins, me dit-elle en souriant, et j'espère que vous
viendrez quelquefois passer vos soirées avec nous.
Je revins chez moi le cœur tout en fête. Je crois que le spectacle de
la beauté suffit pour adoucir chez nous, pauvres hommes, toutes les
douleurs; un nouvel avenir s'est ouvert devant moi; tu peux y voir une
source de bonheur... et, qui sait?... peut-être d'infortunes!... Mais
qu'importe, ne suis-je pas prédestiné à avoir l'âme dans une éternelle
tempête? et n'est-ce pas toujours la même chose?