L'homme qui joue au jeu de l'art se mêle de ce qui le regarde avec

le risque d'ouvrir une brèche sur ce qui ne le regarde pas. Les

découvertes d'un Einstein dépassent notre petite taille et n'arrivent

pas aux pieds des dieux. Il s'épuise dans le vide.

Un Einstein prouve des erreurs. Il ouvre une porte aux erreurs

nouvelles. Il faudrait, pour dénoncer des erreurs sans ridicule,

se mettre à telle altitude que les oreilles ne pourraient nous

entendre. Se tenir dans les limites accessibles à une masse de grandes

intelligences médiocres infirme toute théorie.

Imaginons une fable. Des insectes enfermés dans une bouteille ronde

couchée sur une table y vivent et pullulent. Au bout de quelque temps,

un des insectes découvre que leur univers est plat. Quelque temps

après, un autre qu'il est cubique. Quelque temps après, un autre qu'il

est triangulaire; quelque temps après, qu'ils vivent libres, mais

retenus contre une surface bombée. Ainsi de suite. Un insecte, poète,

écrit, précisément pour rimer avec onde:

_Moi, pauvre prisonnier d'une bouteille ronde._

Il a tout découvert, mais il ne renseigne personne.

Je regarde un objet solide, un vieux clou. Sa matière est faite de

molécules qui ne se touchent pas entre elles et qui bougent à des

vitesses folles. Imaginons une de ces molécules peuplée d'êtres

lucides comme nous, gravitant, vivant, rêvant, entourées de vide et

voyant à distances inégales, dans ce faux vide, d'autres molécules

qui les chauffent, qui les éclairent, qui gravitent. Leur orgueil

s'attardera-t-il à croire qu'elles peuvent être fraction infinitésimale

d'une formidable tête de clou?

Les métaux de notre atmosphère m'inclinent à comprendre que notre œil,

notre éther sont un de ces espaces qui séparent les molécules d'un

solide.

J'arrive à la certitude que la terre, le soleil, la lune, les étoiles

sont un peu d'une tête de clou, sur une terre qui, elle-même, etc... Me

voilà bien avancé.

Quel malaise! quelle solitude!

Je retourne aux jeux qui me consolent.

C'est donc par discipline que je conseille aux artistes de ne pas

entremêler l'art, la science, la philosophie, l'occultisme. Ces

mélanges donnent une paresse, ou bien un pédantisme de femmes savantes.

L'art de Picasso, si simple, si instructif et les leçons qui s'en

dégagent s'obscurcissent, non seulement à cause du terme «cubiste»,

mais encore à cause d'études stériles où, au lieu de parler peinture,

on parle de Poincaré, de Bergson, de la quatrième dimension et de la

glande pinéale.

* * *

M. Marnold, critique du _Mercure_, me reproche de ne parler que par

métaphores de la musique. C'est pour moi le seul langage possible.

Aidé par les musiciens, je pourrais éblouir les lecteurs crédules.

Mais outre que les musiciens tiennent les articles de techniciens pour

incompréhensibles, je ne suis pas technicien et cherche avant tout à me

faire bien comprendre.

«On ne peut aimer une musique, me disait M. Marnold, sans savoir à

fond le contre-point et l'harmonie.» C'est prétendre qu'on ne peut

jouir d'un arbre sans connaître la nature de ses fibres, d'un plat

sans être cuisinier. Voilà notre terrain de dispute avec un homme bien

sympathique, puisqu'il n'hésite pas à défendre les jeunes.

Mais s'il est néfaste que l'art s'imagine trouver des ressources

dans la science, rien n'empêche l'artiste «d'ouvrir la cage aux

chiffres». L'art, c'est la science faite chair. La théorie scientifique

démontrant, par exemple, pourquoi il est possible de revoir toute sa

vie au moment où la mort change notre vitesse moléculaire me charme,

le jour où un ami me la résume sous la forme suivante: Lueur et bruit

d'un coup de feu sont une seule secousse, mais suppose que la lueur se

retourne en route, elle entendra le bruit.

J'aime qu'on me traduise finement et grossièrement dans mon domaine

quinze chapitres qui risquent de m'entraîner hors de chez moi.

C'est cette pudeur qui nous pousse à traiter légèrement de nos

inquiétudes profondes. Cette pudeur empêche qu'on nous écoute, qu'on

nous prenne au sérieux. J'ai masqué le drame du _Potomak_ sous mille

farces. Ainsi chante-t-on pour se donner du cœur dans le noir.

* * *

On accuse d'arrivisme ce qui pousse avec une force irrésistible. Le

théâtre, surtout, plus voyant que les livres, attire le reproche

d'arrivisme sur celui de nous qui s'en préoccupe. Ce reproche m'étonne

toujours.

Arriver... Arriver à quoi? Arriver où?

Pour nous autres, qui agissons en marge des récompenses et des places

à prendre, l'arrivisme n'a pas plus de sens qu'une liasse de billets

de banque entre les mains d'un sauvage. C'est sans doute cette

indifférence complète à la réclame qui attire la réclame autour des

spectacles particuliers.

Pour ma part, malgré que je me fasse une règle de ne jamais lire les

articles bons pu mauvais qui me concernent, sauf si on m'y force, j'ai

toujours entendu mener un grand bruit gratuit autour de nos spectacles.

Or, les critiques sont partagés entre la conviction que notre groupe

dépense une fortune pour monter une œuvre et que cette œuvre lui en

rapporte une autre.

Des amis me citent les articles les plus étranges. Ainsi n'ayant lu ni

le _Mercure de France_, ni l'_Action Française_, j'ai tout de même été

bien aise de savoir qu'à notre époque, en 1921, le critique de l'un

croyait Auric, Honegger, Durey, Milhaud, Poulenc, Germaine Taillefer et

moi millionnaires, citait Cézanne et Chabrier comme artistes pauvres,

pensait _sincèrement_ que nous payions pour être joués, et le critique

de l'autre estimait que «je fais n'importe quoi pour lire mon nom

imprimé».

On s'étonne qu'une telle revue et qu'un tel journal accueillent de si

naïves folies, et que des hommes, même incultes, les puissent encore

écrire.

Ce que je me demandais, c'est pourquoi des spectacles comme _Parade,

le Bœuf sur le Toit, les Mariés de la Tour Eiffel_, révoltent si fort

les professionnels du théâtre et déchaînent une si longue colère,

puisqu'ils n'exercent aucune concurrence.

Ces spectacles n'empiètent pas sur le marché. On les donne peu. Ils ne

touchent pas au boulevard. Ils évoluent en dehors de la production dite

contemporaine.

Un article de notre ami Lugné-Poë m'ouvre les yeux. Il s'effraye. Il

possède pourtant des titres à ne s'effrayer de rien. Il signale un

danger. Il constate l'importance atmosphérique de ce théâtre spécial

qui se développe ailleurs qu'au «théâtre», qui démode le théâtre, qui

ne le remplace pas pour le public mais qui l'en fatigue confusément.

Le cirque, le music-hall, le cinématographe et ces entreprises qui,

depuis Serge de Diaghilev, mettent de puissants véhicules aux mains

des jeunes, autant de forces qui conspirent, sans même connaître leur

entente, contre ce que le théâtre est devenu, savoir: un vieil album de

photographies.

Les pièces du boulevard éveillent une espérance en chacun. Puisque un

tel auteur, pense le publie averti, peut atteindre de si hautes cimes,

puisque cette vieille actrice peut paraître si jeune, tout n'est donc

pas perdu pour moi. Grosso modo, un sentiment de cet ordre préside au

succès des répétitions générales.

J'ai vu un dramaturge en vogue qui essayait de nous faire partager son

médiocre bonheur. Près de moi, quatre de ces femmes qu'on ne rencontre

qu'au théâtre, les cheveux jaunes, charmeuses de perles, se cueillaient

les larmes dans l'œil avec une pointe de mouchoir, pour qu'en coulant

elles ne les défardassent pas.

Simple détail de salle, me direz-vous. Erreur. Ainsi se comporte une

salle _d'élite._ Le reste moutonne derrière.

Mais le regard, l'oreille distraits que ce public accorde, pour rire, à

nos spectacles, lui laisse une empreinte mystérieuse. Cette empreinte

le gêne. C'est une mouche dans son naseau. Il dormait. Il se cabre. Il

rue. Car le théâtre est un gros véhicule de poésie.

Hélas! il oblige à des réussites immédiates. Le seul moyen d'obtenir un

résultat sera donc de créer un malentendu à la faveur duquel plusieurs

publics puissent simultanément trouver leur compte (Shakespeare,

Molière). Je me permets pour cette question délicate de renvoyer à la

préface des _Mariés de la Tour Eiffel._

Revenons à l'arrivisme.

Même dans le régime des places, qui donc arrive? Victor Hugo est-il

arrivé? J'en doute. La patronne de l'auberge où j'habite ne sait pas

son nom. Les jeunes ne lisent plus ses livres. Les lecteurs grouillent

sur Baudelaire. Baudelaire arrive-t-il? Une viande arrive-t-elle parce

que les mouches s'y mettent à la longue? Elle est plutôt moins fraîche.

Rien n'arrive. La terre tourne et n'arrive pas. Il n'y a que la minute

qui compte. Certaines œuvres heureuses fleurissent comme ces graines

découvertes dans une fouille d'Égypte sur une momie de jeune fille et

qui, semées cinq mille ans après, à Baltimore, épanouirent des roses.

C'était la minute de ces roses.

On méprise la Beauté jeune, ici. Une fois vieille, on la tué. Une

fois morte, on l'embaume. Mais alors, la jeunesse s'en écarte

douloureusement.

* * *

S'il faut absolument me résumer, jeter un coup d'œil d'ensemble sur mon

parcours, je constate (d'après moi):

Que la forme doit être la forme de l'esprit. Non pas la manière de dire

les choses, mais _de les penser_;

Que le besoin de s'exprimer en public est une sécrétion n'ayant

d'excuse que si elle nous vient de naissance et ne peut se guérir;

Qu'il faut coïncider ou se suicider et qu'on ne saurait admettre l'état

d'âme d'un spectateur qui trouve la pièce absurde mais qui, restant

dans la salle pour avoir chaud, manifeste, siffle, et empêche les

autres d'entendre;

Qu'il y a toujours très peu de gens de leur époque, puisqu'un

précurseur ne saurait exister et qu'il suffit d'un seul de ces

prétendus précurseurs, c'est-à-dire d'un seul homme qui exprime

l'époque malgré elle, pour que, sans le savoir, toute l'époque boite

derrière lui;

Que la sottise, le manque de sensibilité, le scepticisme spirituel

protègent les primeurs d'un pays en les méconnaissant. Ils sont une

glacière où nos fruits se conservent. Trop de curiosité, de gravité,

d'aménité, d'indulgence, passent les fruits de mains en mains et leur

ôtent le duvet;

Que la lutte nous stimule et la bonne volonté du public nous endort;

Que nous avons sans cesse besoin d'un mur comme au jeu de pelote,

pour mener notre partie seul, ou avec, ou contre les autres. C'est

ce qui nous fait accuser tantôt d'outrecuidance si notre mur est un

chef-d'œuvre que tout le monde respecte, tantôt de méchanceté si notre

mur est un maître.

En aucun cas, ni le chef-d'œuvre ni le maître ne sont des cibles. Le

mur de pelote n'est pas une cible. Il ne s'agit pas de flèches qui

s'enfoncent, mais de balles qui rebondissent. Personne, au pays basque,

ne s'avise de plaindre le mur. C'est juste pour n'avoir pas à plaindre

le mur, à l'abîmer, à le trouer, à le fendre, que nous choisissons des

murs solides et sur quilles balles les plus violentes ne marquent pas.

Lorsque, sous le titre d'ensemble: _La Noce massacrée_, noce dont les

victimes pour rire sont invulnérables et remises debout immédiatement,

je choisis Maurice Barrés, c'est, avouons-le, comme mur de pelote.

Il me fallait un mur très haut, très fort, très ensoleillé, très en

vue. Un mur que mes meilleures balles ne puissent émouvoir et qui me

seconde, serve mon jeu à merveille.

Ainsi de Mme Bovary aux premières pages du _Secret professionnel._

Je ne lui fais aucun mal. Donc, ne me reprochez rien, ne criez pas.

Laissez-moi courir, sauter devant et m'entraîner. En semaine, à

Saint-Jean-de-Luz, à Hendaye, à Bayonne, n'importe quel amateur peut

se servir du fronton à sa guise et s'y faire la main. J'use du même

privilège.

(Barrés à qui, en tant que mur, mes balles ne sauraient être

désagréables ni agréables, ne se blessera pas, maintenant, d'être

comparé à un mur. J'en connais, dans plusieurs villages, frontons d'un

côté, de l'autre couverts de pêches, de raisins, de roses).

Qu'un air de mégalomanie est inévitable chez un homme très libre et

n'attendant de récompenses d'aucune sorte.

Que le poète ressemble aux morts en cela qu'il se promène invisible

parmi les vivants et n'est vaguement vu par eux qu'après sa mort,

c'est-à-dire, si on parle des morts, lorsqu'ils apparaissent sous forme

de fantômes.

Que les poèmes, les poésies et la poésie sont choses différentes, et

que s'il existe de très bons paratonnerres qui n'attirent jamais la

foudre, cela ne discrédite pas les orages.

Que c'est dans sa forme confuse--pour nous--et quasi orageuse que les

gens de toutes sortes peuvent ressentir la poésie en commun.

Que cette entente de bétail sous l'orage provoque les embrassements

artificiels, sources de malentendus et de discordes.

Que les naufrages et la patrie en danger ou bourse en danger sont

riches en poésie de cet ordre.

Que la poésie cesse d'être évidente pour tous dès qu'elle se précise

pour quelques-uns.

Que les infidélités à la rime, aux règles fixes pour d'autres règles

intuitives nous ramènent à la règle fixe et à la rime avec un scrupule

nouveau.

Que, par exemple, un poète _revenu_, concentre dans un seul vers ce

qu'il délayait jadis en quatre strophes.

Que l'infidélité, si elle nous ramène à notre premier amour, nous y

attache avec des forces qui le rendent indestructible, au lieu qu'un

amour sans la moindre infidélité en contient tous les germes.

Que la «grâce» existe en ce sens qu'il y a des inventeurs de nouveaux

véhicules ou de modestes conducteurs d'anciens véhicules qui ne captent

jamais le fluide. Mais que la «grâce» est un mystère qui ne regarde pas

les hommes, et qu'on ne leur demande aucun mysticisme, en dehors des

exercices religieux.

Que musique, peinture, sculpture, architecture, danse, poésie,

dramaturgie et cette muse que je surnommais _Cinéma, dixième muse_,

sont des pièges en qui l'homme essaye de capter la poésie à notre usage.

Que peu de ces pièges marchent, peu de ces lampes

s'allument, et que la plupart des gens se pavanent

dans les ténèbres en croyant leur maison richement

illuminée.

Notes.

[1] Juger moins gros serait écrire un autre livre. Notre

livre est fait d'extrêmes, de blanc et de noir. Nous sautons

ici le beau milieu, c'est-à-dire la première classe: celle du

tireur qui épaule bien et tire juste à la fois.

[2] Ne pas confondre ce tir rapide avec l'abréviation, l'œuvre

courte. Marcel Proust fait mouche mille fois, pendant que

vous croyez qu'il épaule.

[3] Quand Balzac semble fignoler, c'est qu'il tire à la ligne.

Toute notre sympathie lui est acquise.

[4] Stylisation dans les arts plastiques. Sculpture: Fin de

l'art égyptien. Grand nombre de statues nègres. Empire,

Canova, de nos jours: Bourdelle.

[5] Rimbaud, Mallarmé sont devenus Adam et Ève. La

pomme est de Cézanne. Nous porterons toujours lé poids

du péché originel.

[6] Si nous nous tournons vers nous-mêmes, nous nous

voyons une moitié dans l'ombre comme les planètes. La

nuit du corps humain est déjà suffisamment active pour

que nous ne cherchions pas à obscurcir notre moitié

blanche.

[7] Disons deux, pour aller plus vite.

[8] Défiez-vous des poètes qui obtiennent trop vite le suffrage

de la jeunesse. Rien ne s'émousse plus qu'une réussite trop

prompte, même de bon aloi.

[9] Il n'y a pas de groupes esthétiques. Il y a des individus

contagieux. Mais comme le groupement est une force, il faut

former un groupe amical, un groupe individualiste. C'est le cas

du groupe de nos jeunes compositeurs. J'ai vu Picasso essayer

de décorer un paravent: ce paravent vivait. C'était terrible.

Il y renonça.

[10] On doit pouvoir traiter cavalièrement un grand artiste

ou le blâmer, parce qu'on doit ne s'occuper jamais des autres

et se trouver dans l'état d'un sultan qui, fréquentant exclusivement

cinquante femmes choisies entre les plus belles,

finit par leur voir des laideurs.

[11] Un critique se choquait de ce que je fasse des réserves sur

les dernières toiles de Matisse, à cause de sa haute valeur

intrinsèque. Sans doute un critique, lorsqu'il parle pêle-mêle

de Matisse et de peintres médiocres, aurait-il mauvaise grâce

à faire des réserves sur l'œuvre de Matisse, mais un poète

critique n'est pas ce critique. Son guide ne parle que des fournisseurs

de premier ordre et, partant, il ne prend jamais la

moindre précaution avant de donner un avis de détail sur la

marchandise. J'aime l'entêtement d'Ingres qui se refusait à

peindre Shakespeare parmi les dramaturges de son apothéose

d'Homère.

[12] Par contre, certains écrivains-nés veulent écrire des

œuvres académiques et obtenir des récompenses officielles.

Ils échouent. C'est ce qui les sauve et leur donne un charme

précieux.

[13] Une bonne chose ne peut réussir parce qu'elle est bonne,

mais elle porte toujours en elle assez de mauvais pour s'accrocher

à quelques esprits et prendre ainsi racine à la longue.

[14] L'exotisme de Blaise Cendrars est légitime. Cendrars

a voyagé; il emploie des matériaux naturels.

[15] Je me souviens d'une soirée où une actrice en vogue

annonça le titre d'un sonnet de Baudelaire et le déclama.

Au dernier vers, les femmes, ayant arrangé leur robe, vérifié

leur diadème et ouvert leur éventail, s'apprêtaient enfin à

écouter.

[16] L'importance primordiale accordée au lyrisme par des

esprits comme les nôtres, les plus capables, croirait-on, de le

mépriser, nous oblige à lui reconnaître un sens divin.

Il peut changer le moindre objet en idole, et le faire vivre,

pour nous, dans les conditions de solitude surprenante où le

peintre G. de Chirico place un biscuit sec.

FIN

Le Secret professionnel · 第 3 / 3 段