Angèle, tombée à genoux devant une image de la Vierge, priait.
Rien n'est plus propre à raffermir la foi religieuse que l'amour qui
en est la base. L'amour répugne autant à l'athéisme que la sensitive au
souffle glacial de l'hiver.
La prière de la jolie fille du faubourg Québec dura longtemps; et,
lorsqu'elle se releva, la sérénité brillait sur son visage. Telle, après
une tempête, une rose se redresse doucement sur sa tige pour saluer le
retour d'un soleil vivifiant. Encore perlée par les gouttes de pluie, la
reine des fleurs rayonne d'un plus bel incarnat, parfume l'air de plus
doux arômes.
Ayant jeté sur ses épaules une mantille et posé sur sa tête un petit
chapeau de paille, Angèle se rend chez Pierre Morlaix.
Ce fut d'un pas léger qu'elle fit le trajet de la rue du Loup à la rue
des Voltigeurs.
Cependant, en approchant de la demeure du charretier, sa démarche se
ralentit insensiblement, et lorsqu'elle arriva à la maison de briques,
aux contrevents verts, où s'était écoulée la plus grande partie de son
enfance, elle tremblait comme la feuille d'érable agitée par les vents
d'automne.
Les palpitations augmentèrent encore quand elle mit le pied sur le seuil
de la porte, et s'accrurent bientôt à ce point qu'elle fut obligée de
s'appuyer au mur pour ne pas tomber.
Pauvre, pauvre Angèle, que méchant est ce monde qui vous cause tant de
douleurs!