Durant ce dialogue la mère Morlaix avait fait chauffer un bouillon pour
le malade.
--Buvez, dit-elle, en lui présentant une tasse pleine du consommé;
buvez, ça vous ravigotera.
--Merci, ma bonne dame, répondit Alphonse, repoussant doucement la
tasse, je n'ai point soif.
--Il faut boire, monsieur, ajouta Angèle qui s'était approchée du lit;
car vous avez besoin de gagner des forces. Nous allons faire un petit
voyage!
--Seigneur Jésus, qu'est-ce que tu bavasses-là, ma fille? s'écria la
vieille, au comble de la surprise.
--J'appréhende, ma mère, que la retraite de monsieur Maigret n'ait été
découverte et, de peur d'accident, je suis convenue avec Pierre, de
mener notre blessé en lieu plus sûr.
--Mademoiselle, balbutia Alphonse...
--Point d'observations, monsieur, nous n'avons pas un moment à perdre.
Buvez ce bouillon: puis ma mère vous aidera à vous vêtir, tandis que
j'irai prendre ma mante.
--Mais y n'est pas capable de s'tenir déboute, c'pauvre jeune homme, dit
la vieille femme. Ous que tu veux donc qu'il se retire à c't'heure?
--A la Côte-des-Neiges.
--Ah! chez monsieur Jobinet.
--Oui, oui, reprit Angèle; hâtons-nous. Voyez, il est près de trois
heures à l'horloge, nous devons nous dépêcher pour arriver avant le
grand jour.
Après ces mots elle sortit, et la mère Morlaix ayant pris, dans une
armoire, l'habillement des dimanches de son fils, en eut bientôt revêtu
l'intéressant malade.