Voilà certes des réflexions que Jacques Bourgeot ne se fit pas en
apercevant le buste d'Angèle s'estompant dans la baie de la fenêtre, au
milieu d'un nimbe de lumière projetée par la lampe.
Mais ce qu'il n'analysa pas, il l'éprouva sur-le-champ, car, tandis que
son coeur se serrait, douloureusement, son esprit cherchait encore à
lutter contre l'évidence. Si, d'abord, il forma le projet de se rendre
à la station de police, pour déceler la retraite d'Alphonse Maigret, il
abandonna bientôt ce dessein dans la crainte de s'être laissé tromper
par les apparences. Que le rebelle ne fût pas caché chez Pierre Morlaix,
et, par sa déposition, Jacques se perdait dans l'esprit de celle qu'il
aimait! Jamais elle ne lui pardonnerait d'avoir causé des tracasseries à
une famille qu'elle chérissait au delà de toute expression. Un résultat
bien plus grave découlerait de la présence du prisonnier dans la maison
du charretier: Pierre serait arrêté pour avoir prêté asile à l'évadé,
et, très-certainement, son appréhension élèverait une barrière
infranchissable entre Angèle, et l'auteur de la dénonciation. La
jalousie, la rage, l'amour faisaient bouillonner le sang de Bourgeot.
Incertain, fiévreux, il cherchait à coordonner ses idées, quand une voix
murmura à son oreille:
--Le serpent rampe, il atteint plus facilement sa proie que l'aigle qui
fond dessus.