I
On a établi une différence entre le coeur et le cerveau (traduisez
esprit). Au premier, disent certains physiologistes, appartiennent les
sensations naturelles, au second, les sentiments étudiés.--Tandis que
Bichat, avec son effroyable science, définissait en trois mots, le siège
accepté de nos émotions, et disait: le coeur? _Un muscle creux_!
lord Byron méditait l'impressionnabilité unique et suprême du cerveau
(_brains_). Si le Français se posait en négateur des idées reçues, si
l'Anglais essayait de changer le trône de nos facultés, avaient-ils plus
tort ou raison que le vieil Homère, s'écriant par la bouche de l'un
de ses héros: Mon _diaphragme_ vous aime? Les progrès de la physique,
mécanique, botanique, astronomie, chimie, pathologie et même de
l'anatomie, ont été considérables depuis un siècle; mais cependant, on
n'est point encore parvenu à déterminer l'organe réel des conceptions
internes. Aussi acceptons-nous et accepterons-nous jusqu'à preuve du
contraire, l'antique, tradition: Le coeur nous semblera jouer en nous
un rôle passif, et le cerveau un rôle actif. Celui-ci produira, celui-ci
recevra. En d'autres termes, nous pensons que le coeur est soumis au
contrôle du cerveau. Les organes extérieurs transmettent la sensation au
cerveau qui la juge, l'apprécie, et renvoie au coeur le résultat de son
examen; et tandis que ce dernier subit la secousse, l'autre en diminue
ou affaiblit l'effet pour lui-même. De là naît cette sorte d'antagonisme
dans notre nature. Le coeur est ou profondément ulcéré ou entièrement
satisfait, alors que le cerveau nage dans un océan d'incertitudes.