A l'extrémité septentrionale du village iroquois de Caughnawaga, on
voyait alors une hutte, longue de vingt pieds sur une profondeur de
quinze. Elle était formée de pieux fichés en terre, revêtus d'un
bousillage de glaise, et surmontés d'une toiture d'écorce. De chaque
côté une porte, faite d'écorces suspendues, donnait accès dans cette
hutte, dont l'intérieur, éclairé par des trous pratiqués dans le mur,
était aussi misérable que l'extérieur. Au centre était le foyer, près
duquel une demi douzaine de chiens décharnés, le museau entre les
pattes, reposaient ordinairement leurs membres étiques. A des poutrelles
transversales, étaient accrochés des quartiers de venaison, des bottes
d'herbages de toutes grandeurs, et des chapelets de poissons. Des
planches de _bois blanc_, disposées en rayon, à une verge du sol,
s'étendaient autour de la cabane. Sur ces rayons, on apercevait divers
ustensiles de ménage, comme poterie en terre cuite, écuelles et marmites
de bois, et un tas de ces gros cailloux, que les sauvages, avant qu'ils
connussent la vaisselle de terre et de métal, faisaient rougir au feu,
puis qu'ils jetaient dans des vases pour chauffer l'eau ou cuire les
aliments nécessaires à leurs besoins. Dans un coin, il y avait un lit de
sapinette recouvert d'une peau d'original, et, vis-à-vis, une sorte de
grande châsse, dans laquelle on apercevait des figures de bois, aux
formes bizarres et monstrueuses. Ces figures représentaient les idoles
autrefois adorées par la nation iroquoise, lorsque les fils des Sagamos
étaient «tout-puissants et fiers»:
C'était, d'abord, _Agreskoue_, le Souverain Être, et Dieu de la guerre;
_Atahensic_, qui commandait la foule des mauvais Génies; _Touskeka_,
chef des bons Esprits, _Malcomek_, etc. Chacune de ces divinités, peinte
avec des couleurs tranchantes, portait le signe de ses attributs.
Enfin, au pied de la châsse, immédiatement sous une des ouvertures par
lesquelles le jour pénétrait dans la hutte, scintillait une couche de
poussière, dont les nuances vives, variées et chatoyantes éblouissaient
l'oeil. Cette poussière était le produit de petits coquillages,
soigneusement pilés et renfermés dans un cercle de frêne, ayant environ
deux pouces de hauteur. Du milieu, s'élançait une baguette garnie de
peaux de serpents enroulés et qui hérissaient de leurs têtes hideuses la
tige et le bout de ce nouveau caducée.
Accroupie devant le cercle, une femme étudiait avec attention les traces
que deux lézards laissaient sur la poussière, en tournant autour de la
baguette, à laquelle ils étaient attachés par des fils venant rayonner à
la circonférence.
Cette femme était riche de vieillesse et de laideur.
Elle avait le costume des Iroquoises: Une couverture de laine brune,
un _brayet_, des mitas et des mocassins ornés de verroteries et de
broderies bariolées.
Son visage était tatoué, sillonné de rides profondes. A son nez et à
ses oreilles pendaient des anneaux d'argent, et un collier de graines
rouges, avec une tête de vipère, en guise de médaillon, descendait sur
sa poitrine sèche et terreuse.
Cette femme était la Vipère-grise, la sorcière iroquoise.
Elle se disait issue de la Chaudière-noire, ce fameux Sagamos qui, en
1691, causa de si terribles ravages dans les colonies du Canada[9], et
elle jouissait d'une haute considération parmi ses compatriotes.
[Note 9: Voir les _Sagamos Illustres_, par M. Maximilien Bibaud,
chapitre XXVI.]
Quoique la plus grande partie de la tribu iroquoise encore cantonnée
au Sault St-Louis, fût déjà convertie au catholicisme, la Vipère-grise
exerçait une influence immédiate sur le conseil des chefs qui, en
maintes occasions, se prévalaient de ses jongleries pour faire adopter
des résolutions importantes.