Le silence se prolongeait dans la petite chambre. L'on n'entendait
que le frôlement de l'aiguille dans le tulle, le bourdonnement des
moustiques et le frémissement de la phalène qui achevait de brûler ses
ailes à la flamme de la lampe.
Alphonse n'avait pas changé de position: ébloui par le soleil même de
son admiration, il rêvait dans la réalité qu'il avait sous les sens.
Probablement, cet état aurait duré plusieurs heures encore, sans qu'il
lui vînt à l'idée d'en sortir. Mais sa poitrine oppressée, livra cours
à une petite toux sèche qui, tout de suite, éveilla l'attention de son
infirmière.
Elle s'approcha du lit, en glissant sur le plancher comme une sylphide.
A l'aspect du jeune homme, qui l'examinait avec un radieux sourire de
reconnaissance, Angèle poussa un cri de joie.
Alphonse prit sa main, qu'elle lui abandonna sans résistance.
--J'ai été bien malade, n'est-ce pas? murmura-t-il, d'une voix
plaintive.
--Oh!
Puis ce fut tout... ces deux enfants, si beaux de leurs vertus, de leur
innocence, confondirent leurs âmes dans un regard passionné.
La main d'Angèle tremblait dans celle d'Alphonse, celle d'Alphonse
frémissait dans celle d'Angèle.
Ils s'aimaient: avaient-ils besoin de se le dire?