Paver de politique jusqu'aux pages d'une nouvelle, c'est dépasser les
bornes des respect? qu'on vous doit, n'est-ce pas, mesdames? Oh! les
feuilletonistes ont d'abominables lubies, j'en conviens. Tout aussi bien
que les publicistes, il faudrait les accrocher à la lanterne! mais,
que voulez-vous? chacun a ses petits défauts, nous comme vous chères
lectrices. Gracieux chez votre sexe, ces défauts sont grossiers chez le
nôtre! Qui est coupable? pas vous assurément; imaginez-vous que nous
le soyons davantage! Cependant il existe un criminel! Si nous le
cherchions, ce méchant, cet esprit du mal qui agace nos muscles, irrite
nos nerfs, aigrit notre voix, exaspère nos doigts, met du feu sous nos
pieds, de la lave dans notre corps, des épingles sur le coussin de notre
fauteuil, des tisons ardents dans notre cerveau; Ah! oui, si nous le
cherchions! Voyons:--où est-il? qu'on nous le montre? où se cache-t-il!
qu'on nous l'apporte cet assassin, ce meurtrier, cet iconoclaste,
ce déchireur de gazettes, ce rongeur de livres, ce...--Mesdames,
placez-vous la main sur le coeur et vous le sentirez palpiter.
Messieurs, tâtez-vous le pouls et vous compterez ses pulsations! il
est dans notre sang, il est dans notre économie, il s'appelle la nature
organisée.
A moi, cette découverte prouve que nul ne peut échapper à son caractère;
à vous, elle ne prouve rien sinon, peut-être que je vous ennuie, mais
elle prouve, en même temps, qu'Alphonse Maigret étant libéral, je suis
bien obligé de le peindre avec ses qualités et ses imperfections.