M. Huot était un homme bon et vertueux, il aimait à obliger ses
semblables; aussi tint-il parole. S'étant assuré que le père d'Alphonse
jouissait de l'estime publique, il prit ce dernier à sa charge et
l'envoya au collège. L'adolescent réalisa toutes les espérances qu'avait
fait concevoir l'enfant. Ses progrès furent rapides, et chaque année
il enleva une moisson de lauriers. Mais à l'inverse de la plupart des
écoliers que les succès bouffissent d'un sot orgueil, Alphonse ne
se laissa point enivrer par les louanges dont chacun se plaisait à
l'accabler. La solidité de son jugement, la droiture de son imagination
ne se démentirent jamais. Pour ses condisciples, il fut toujours un
compagnon aimable, serviable, généreux; pour ses maîtres, il fut un
élève laborieux, perspicace doux et docile; pour son protecteur, il
fut un garçon plein de nobles qualités, et pour ses parents un fils
excellent d'une humeur égale et d'une exquise délicatesse de caractère.
Grâce à ses dispositions naturelles, Alphonse s'était donc concilié
l'amour de tout le monde lorsque le notaire vint à décéder.
A cette époque le jeune homme avait dix-huit ans. Il travaillait à se
faire recevoir avocat. La mort soudaine de celui qui l'avait poussé dans
la carrière de la science, l'affecta douloureusement; cette mort lui
arrachait un guide sûr et un ami éclairé; cependant, quoique sans
ressources pécuniaires, il poursuivit vaillamment ses études. Afin de
subvenir à ses besoins, il fit des traductions pour les marchands, copia
des dossiers pour les jurisconsultes et, donna des leçons de français et
d'anglais, car il possédait également ces deux langues. Mais un nouveau
malheur ne tarda pas à l'assaillir. Son père, charpentier de profession,
se tua en tombant d'un échafaud. Alphonse restait seul pour soutenir une
vieille mère infirme et plusieurs frères et soeurs en bas âge.