L'aurore se montra souriante, radieuse; bientôt un rayon de soleil, aux
teintes molles et rosées, vint se tamiser à travers les persiennes de
la fenêtre de mademoiselle Angèle et s'ébattre sur le plancher de sa
chambre.
La jeune fille se leva et s'approcha du cabinet. Elle frappa timidement,
mais sans recevoir de réponse. Après avoir attendu une minute ou deux,
Angèle se détermina à entrer.
Alphonse était couché; son corps frissonnait, ses dents
s'entre-choquaient, il avait le visage inondé de sueur, et ses grands
yeux ouverts, immobiles, annonçaient l'égarement.
Angèle s'approcha et lui prit le bras:
--Êtes-vous plus malade?
Il resta silencieux sans changer de posture. Son haleine était chaude et
bruyante.
--Il a la fièvre! une fièvre cérébrale! murmura la jeune fille! Mon
Dieu! quelle affreuse situation pour tous deux! Que faire? Appeler
un médecin. Il n'y faut pas songer! Le garder ici, près de moi? On
s'apercevra de sa présence! Et les soins qui lui manqueront... mon Dieu!
mon Dieu! qui pourra me tirer d'embarras?... Mais... oh! oui, c'est ça!
oui! mon bon ami Pierre! oh! il ne me refusera pas! j'en suis certaine.
Allons, je cours chez lui, avant qu'il ne soit parti.
En achevant ces mots, mademoiselle Angèle jeta une mante sur ses
épaules; et, après avoir enfermé son protégé à double tour, se rendit
précipitamment à la rue des Voltigeurs.