Ne vous étonnez pas des tempêtes présentes. La barque de Pierre en a vu
bien d’autres. Songez à cette soirée du jour où furent martyrisés saint
Pierre et saint Paul. Comme tout devait paraître avoir sombré, pour la
petite chrétienté de Rome! Les premiers chrétiens ne se découragèrent
pas. Nous qui avons, pour fortifier notre foi, les dix-huit siècles de
vie de l’Église, combien petits doivent nous paraître ces efforts de
l’enfer dont Jésus a dit qu’ils «ne prévaudront pas». Ni les juifs ni
les francs-maçons ne peuvent empêcher les disciples de Jésus de
continuer l’œuvre des apôtres: qu’ils aient leurs vertus, ils auront
leurs succès. A nous comme à eux, Jésus dit, en nous bénissant: «Allez,
prêchez l’Évangile à toute créature». Nous aussi, «nous pouvons tout en
Celui qui nous fortifie»: «Il a vaincu le monde». Comme Lui, nous aurons
toujours la croix; comme Lui nous serons toujours persécutés; comme Lui
nous serons toujours vaincus en apparence; comme Lui nous serons
toujours triomphants en réalité, et cela dans la mesure de notre
fidélité à la grâce, dans la mesure où nous Le laisserons vivre en nous
et agir en nous et par nous. Nous sommes avec le Tout-Puissant, et les
ennemis n’ont de pouvoir que celui qu’il Lui plaît de leur donner pour
nous exercer, nous sanctifier, faire remporter des victoires
spirituelles--les seules vraies, les seules éternelles,--à son Église et
à ses élus.
... Mais revenons à l’Évangile; si nous ne vivons pas de l’Évangile,
Jésus ne vit pas en nous. Revenons à la pauvreté, à la simplicité
chrétienne... Après dix-neuf ans passés hors de France, ce qui m’a le
plus frappé en ces quelques jours passés en France, c’est le progrès
qu’a fait, dans toutes les classes de la société, surtout dans la classe
moins riche, même dans les familles très chrétiennes, le goût et
l’habitude des inutilités coûteuses; avec une grande légèreté et des
habitudes de distractions mondaines et frivoles bien déplacées en des
temps aussi graves, en des temps de persécution, et nullement d’accord
avec une vie chrétienne. Le danger est _en nous_ et non dans nos
ennemis. Nos ennemis ne peuvent que nous faire remporter des victoires.
Le mal, nous ne pouvons le recevoir que de nous-mêmes. Revenir à
l’Évangile, c’est le remède.
A un ami,