Que vous avez souffert! Que de deuils et que de douleurs! Comme je
dirais: hélas! hélas! et comme je pleurerais sur vos douleurs, si je ne
pensais que ces douleurs sont votre éternel bonheur, votre ciel, votre
félicité sans fin de lumière et d’amour, et que votre Époux bien-aimé,
Jésus, vous les donne pour cela! Tout en les partageant et tout en
compatissant du plus profond de mon cœur, je ne puis dire, hélas! quand
c’est la main, le Cœur de Jésus qui donne, et qui ne donne ces herbes
amères que pour mieux vous combler de bonheur durant l’éternité. Que la
volonté de Jésus se fasse en vous!...
A une Religieuse Clarisse,
Dans nos prières, demandons-Lui de L’aimer et demandons-Lui que tout
le monde L’aime; ou bien--et c’est, je crois, le meilleur
système--disons-Lui chaque matin que tout ce que nous Lui demandons pour
nous, nous le demandons toujours pour tous les hommes sans exception. Et
puis ceci dit, ne nous occupons plus des autres; nous avons fait d’un
seul coup tout ce que nous pouvions pour eux: après cela, ne pensons
plus aux créatures et ne parlons plus à l’Époux que de Lui et de nous,
comme si Lui et nous étions seuls au monde... Entrons dans le
tête-à-tête avec Lui et ne Lui parlons que de notre amour... Perdons de
vue tout le créé, après avoir fait dès le matin tout ce que nous pouvons
pour lui... Plus nous oublierons les hommes, plus nous leur ferons de
bien; plus nous demanderons à l’Époux, dans le tête-à-tête, dans l’oubli
de tout ce qui n’est pas Lui, de L’aimer de tout notre cœur, plus nous
ferons de bien à l’humanité entière, qui a part à toutes nos demandes...
A sa Sœur,
Béni-Abbès, 15 avril 1903.
«Alleluia...! Ainsi est la vie: toute joie, même bonne et pieuse, passe
ici-bas, excepté celle qui a sa source en Dieu seul et Son infini
bonheur; et celle-ci même, par permission divine, peut parfois se
voiler, même dans l’âme la plus fidèle; c’est au ciel seulement que la
joie sera sans déclin, l’alleluia immuable et perpétuel... Ma chérie,
dès ce monde, entrons le plus possible dans l’immutabilité de la vie des
cieux: l’âme pieuse le peut et le doit; ce dont nous aurons là-haut
l’évidence, la claire vue, la foi nous l’enseigne, et, dans la mesure de
notre foi et de notre amour, nous devons déjà nous réjouir de cette
immense gloire de Jésus qui fait le bonheur des saints...
«Pensons souvent que notre Bien-Aimé est bienheureux et remercions-en
Dieu de toute notre âme.
«Si nous souffrons, notre Bien-Aimé Jésus est bienheureux; cela suffit,
car c’est Lui et non nous que nous aimons.
«Si nous sommes misérables, notre Bien-Aimé est infiniment parfait,
saint et glorieux: cela suffit car c’est Lui, non nous que nous aimons.
«Si ceux que nous aimons ici-bas--et nous devons aimer tous les humains
nos frères,--souffrent ou pèchent, cela n’empêche pas notre Bien-Aimé
d’être bienheureux et glorieux au plus haut des cieux; cela suffit, car
c’est Lui que nous aimons «de tout notre cœur, de toute notre âme, de
tout notre esprit, de toutes nos forces, et _par-dessus toute chose_...»
«Rendons-Lui grâce sans cesse de Sa grande gloire, comme l’Église le
fait à la messe, au _Gloria in excelsis_... Unissons-nous dès cette vie
au chœur des saints et des anges du ciel, et avec eux disons: «Saint,
saint, saint! Alleluia!»
A sa Sœur,
1er avril 1903.
«Peines et joies, consolations et épreuves, tout te vient de ce Cœur
béni, tout t’est donné par Lui pour ton très grand bien, pour ta
sanctification, pour augmenter en ce monde et en l’autre ta conformité à
Lui, ton union à Lui... «Tout est pour le bien de ceux qui aiment
Dieu»... Perds-toi bien dans le Cœur de Jésus: Il est notre refuge,
notre asile, la maison du passereau, le nid de la tourterelle, la barque
de Pierre pour traverser la mer orageuse; Il est notre tout ici-bas et
sera notre tout éternel... Il est heureux, maintenant, Il ne connaît
plus la souffrance. Quand tu souffres, pense à Son bonheur, dis-toi que
c’est Son bonheur que tu veux et non le tien, Lui que tu aimes et non
toi; et au sein de tes afflictions, de tes tristesses, de tes
inquiétudes, de tes troubles, de tes épreuves, réjouis-toi de Son
bonheur infini et immuable et de Son immense paix... Que la pensée du
bonheur et de la paix dont Il jouit dans la «bienheureuse et toujours
tranquille Trinité», te remplisse dès ce monde de bonheur et de paix, en
attendant que leur vue soit ton bonheur et ta paix éternelles...
Alleluia! Alleluia! Notre Bien-Aimé est bienheureux, que nous
manque-t-il? Alleluia! Alleluia!
A sa Sœur,