5 janvier 1908.

Que vous avez souffert! Que de deuils et que de douleurs! Comme je

dirais: hélas! hélas! et comme je pleurerais sur vos douleurs, si je ne

pensais que ces douleurs sont votre éternel bonheur, votre ciel, votre

félicité sans fin de lumière et d’amour, et que votre Époux bien-aimé,

Jésus, vous les donne pour cela! Tout en les partageant et tout en

compatissant du plus profond de mon cœur, je ne puis dire, hélas! quand

c’est la main, le Cœur de Jésus qui donne, et qui ne donne ces herbes

amères que pour mieux vous combler de bonheur durant l’éternité. Que la

volonté de Jésus se fasse en vous!...

A une Religieuse Clarisse,

Dans nos prières, demandons-Lui de L’aimer et demandons-Lui que tout

le monde L’aime; ou bien--et c’est, je crois, le meilleur

système--disons-Lui chaque matin que tout ce que nous Lui demandons pour

nous, nous le demandons toujours pour tous les hommes sans exception. Et

puis ceci dit, ne nous occupons plus des autres; nous avons fait d’un

seul coup tout ce que nous pouvions pour eux: après cela, ne pensons

plus aux créatures et ne parlons plus à l’Époux que de Lui et de nous,

comme si Lui et nous étions seuls au monde... Entrons dans le

tête-à-tête avec Lui et ne Lui parlons que de notre amour... Perdons de

vue tout le créé, après avoir fait dès le matin tout ce que nous pouvons

pour lui... Plus nous oublierons les hommes, plus nous leur ferons de

bien; plus nous demanderons à l’Époux, dans le tête-à-tête, dans l’oubli

de tout ce qui n’est pas Lui, de L’aimer de tout notre cœur, plus nous

ferons de bien à l’humanité entière, qui a part à toutes nos demandes...

A sa Sœur,

Béni-Abbès, 15 avril 1903.

«Alleluia...! Ainsi est la vie: toute joie, même bonne et pieuse, passe

ici-bas, excepté celle qui a sa source en Dieu seul et Son infini

bonheur; et celle-ci même, par permission divine, peut parfois se

voiler, même dans l’âme la plus fidèle; c’est au ciel seulement que la

joie sera sans déclin, l’alleluia immuable et perpétuel... Ma chérie,

dès ce monde, entrons le plus possible dans l’immutabilité de la vie des

cieux: l’âme pieuse le peut et le doit; ce dont nous aurons là-haut

l’évidence, la claire vue, la foi nous l’enseigne, et, dans la mesure de

notre foi et de notre amour, nous devons déjà nous réjouir de cette

immense gloire de Jésus qui fait le bonheur des saints...

«Pensons souvent que notre Bien-Aimé est bienheureux et remercions-en

Dieu de toute notre âme.

«Si nous souffrons, notre Bien-Aimé Jésus est bienheureux; cela suffit,

car c’est Lui et non nous que nous aimons.

«Si nous sommes misérables, notre Bien-Aimé est infiniment parfait,

saint et glorieux: cela suffit car c’est Lui, non nous que nous aimons.

«Si ceux que nous aimons ici-bas--et nous devons aimer tous les humains

nos frères,--souffrent ou pèchent, cela n’empêche pas notre Bien-Aimé

d’être bienheureux et glorieux au plus haut des cieux; cela suffit, car

c’est Lui que nous aimons «de tout notre cœur, de toute notre âme, de

tout notre esprit, de toutes nos forces, et _par-dessus toute chose_...»

«Rendons-Lui grâce sans cesse de Sa grande gloire, comme l’Église le

fait à la messe, au _Gloria in excelsis_... Unissons-nous dès cette vie

au chœur des saints et des anges du ciel, et avec eux disons: «Saint,

saint, saint! Alleluia!»

A sa Sœur,

1er avril 1903.

«Peines et joies, consolations et épreuves, tout te vient de ce Cœur

béni, tout t’est donné par Lui pour ton très grand bien, pour ta

sanctification, pour augmenter en ce monde et en l’autre ta conformité à

Lui, ton union à Lui... «Tout est pour le bien de ceux qui aiment

Dieu»... Perds-toi bien dans le Cœur de Jésus: Il est notre refuge,

notre asile, la maison du passereau, le nid de la tourterelle, la barque

de Pierre pour traverser la mer orageuse; Il est notre tout ici-bas et

sera notre tout éternel... Il est heureux, maintenant, Il ne connaît

plus la souffrance. Quand tu souffres, pense à Son bonheur, dis-toi que

c’est Son bonheur que tu veux et non le tien, Lui que tu aimes et non

toi; et au sein de tes afflictions, de tes tristesses, de tes

inquiétudes, de tes troubles, de tes épreuves, réjouis-toi de Son

bonheur infini et immuable et de Son immense paix... Que la pensée du

bonheur et de la paix dont Il jouit dans la «bienheureuse et toujours

tranquille Trinité», te remplisse dès ce monde de bonheur et de paix, en

attendant que leur vue soit ton bonheur et ta paix éternelles...

Alleluia! Alleluia! Notre Bien-Aimé est bienheureux, que nous

manque-t-il? Alleluia! Alleluia!

A sa Sœur,

Écrits spirituels de Charles de Foucauld · 第 103 / 139 题