«... Comme c’est bon, n’est-ce pas, de s’abandonner au Cœur de Jésus, de
se laisser faire par Lui, de bien penser que tout ce qui arrive, excepté
le péché, arrive par Sa volonté, que même le péché est «permis» par Lui,
et que de tout, absolument de tout, même des fautes, on peut et on doit
tirer le plus grand bien...! Comme c’est doux de nous sentir dans de
telles mains, et appuyé sur un tel Cœur! Avons-nous en Jésus un Père, un
Frère, un Époux assez tendre, assez sage, assez puissant! Que nous
sommes heureux, nous, pauvres petites créatures! Que le Bon Dieu est bon
pour nous! _Misericordias Domini in aeternum cantabo_: on voudrait ne
dire que ces mots-là pendant toute la vie comme on ne dira qu’eux, comme
on ne vivra que d’eux pendant l’éternité... Fondons-nous en
reconnaissance, en joie, en bénédictions, en regardant les bontés de
Dieu pour tous les hommes, Son amour inouï pour chacun de nous;
contemplons-Le et disons-nous que nous sommes un de ces petits êtres
qu’Il a tant aimés, pour lesquels Il a vécu et Il est mort: Il a donné
tout Son sang pour chacun de nous! Quel amour! Quel bonheur d’être ainsi
aimé! et d’être aimé par qui? par l’Être infiniment parfait, par la
Beauté infinie et souveraine... Qui sommes-nous, pour être tant chéris,
et chéris par Dieu?... Qu’il fait bon causer de cela, et vivre, pendant
quelques minutes, ensemble, de la vie du Ciel, en attendant que, par la
grande miséricorde de Dieu, nous la partagions ensemble pour
l’éternité!...
A un Trappiste,
Lundi après l’Ascension 1898.
«Votre occupation maintenant, c’est de vivre seul avec Dieu seul, c’est
d’être, jusqu’à votre sacerdoce, comme si vous étiez seul avec Dieu dans
l’univers... Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir
la grâce de Dieu... C’est là qu’on chasse de soi tout ce qui n’est pas
Dieu... Il faut à l’âme ce silence, ce recueillement, cet oubli de tout
le créé au milieu desquels Dieu établit en elle Son Règne et forme en
elle l’esprit intérieur, la vie intime avec Dieu... la conversation de
l’âme avec Dieu dans la foi, l’espérance et la charité... Plus tard,
l’âme produira des fruits exactement dans la mesure où l’homme intérieur
se sera formé en elle... Si cette vie intérieure est nulle, il y aura
beau avoir du zèle, de bonnes intentions, beaucoup de travail, les
fruits sont nuls; c’est une source qui voudrait donner la sainteté aux
autres, mais qui ne peut, ne l’ayant pas: on ne donne que ce qu’on a.
C’est dans la solitude, dans cette vie seule avec Dieu seul, dans ce
recueillement profond de l’âme qui oublie tout le créé, que Dieu se
donne tout entier à celui qui se donne ainsi tout entier à Lui...
A un Trappiste,
qui étudiait la théologie à Rome,
Nazareth, 21 juin 1898.
«J’espère que votre vie continue, de plus en plus perdue, ensevelie,
noyée en Jésus, entre Marie et Joseph... Vous êtes maintenant dans la
période de vie qui représente la petite enfance de Jésus... Il apprend à
lire sur les genoux de Ses saints parents. Il ne s’occupe pas encore du
salut des âmes, si ce n’est par les élans intérieurs de Son Cœur priant
Dieu pour le salut de tous les hommes..., mais Il ne s’occupe d’aucune
âme en particulier: Il est petit enfant. Il n’aide pas Joseph dans son
travail, Il ne peut pas: Il est petit enfant. Il apprend à lire sur les
genoux de Marie, s’assied à ses pieds et lui sourit, l’embrasse, se
tient muet et tranquille en la regardant. Cette vie Lui suffit, à Lui,
Fils de Dieu, pendant plusieurs années. Qu’elle vous suffise, mon bien
cher Père, c’est la vôtre pendant plusieurs années: vous avez cinq ans,
vous apprenez à lire, vous étudiez petitement, par obéissance, vous
faites tout ce qu’on vous dit, comme Jésus âgé de cinq ans faisait tout
ce que Lui disaient Ses parents...
Plus tard, Il vous mènera au désert, et de là à Gethsémani... et au
Calvaire... Maintenant, vivez avec Jésus, Marie et Joseph comme si vous
étiez seul au monde en leur compagnie, au petit foyer de Nazareth.
A sa Sœur,
Jérusalem, 19 novembre 1898.
Quand on est bien persuadé qu’une chose est la volonté du Bon Dieu, il
est si doux de faire la volonté du Bien-Aimé que rien ne coûte... Il est
ici comme à Nazareth, Il est partout, que m’importe d’être ici ou là?
Une chose seule m’importe, c’est d’être où Il me veut, de faire ce qui
Lui plaît le plus... Oublions-nous, oublions-nous et vivons en Jésus, en
L’aimant de tout notre cœur: car, tu le sais, quand on aime, on vit
moins en soi que dans celui qu’on aime, et, plus on aime, plus on
établit sa vie hors de soi, dans celui qu’on aime...
Si nous aimons Jésus, nous vivons bien plus en Lui qu’en nous, nous
oublions ce qui nous touche, pour ne penser qu’à ce qui Le touche et,
comme Il est dans une paix et une béatitude ineffable, assis à la droite
de son Père, nous participons, dans la mesure même de notre amour, à la
paix et à la béatitude de notre Divin Bien-Aimé...
Tu me dis de demander pour toi la paix... Ma chérie, en voici le secret:
aime, aime, aime...
Oui, je demanderai la paix, ou plutôt je demanderai pour toi l’amour de
Jésus qui seul peut donner la paix, et qui la donne nécessairement, la
portant toujours avec lui... Demande-la aussi, demande d’aimer; dis:
«J’aime; faites que je Vous aime davantage...» Et pense, dis, fais tout
ce qui est selon l’amour, tout ce qui peut exciter en toi l’amour, tout
ce qui peut porter les autres à aimer ce Divin Époux de nos âmes...
Si tu as des moments de tristesse, récite ton chapelet en méditant les
mystères glorieux, et dis à Jésus: «Oui, moi je suis sur la terre
pauvre, misérable et secouée par l’orage, et ballottée par la tempête;
mais, Vous, Jésus, mon amour, Vous êtes ressuscité et Vous ne connaîtrez
plus jamais la souffrance, Vous voici bienheureux pour l’éternité...
Vous, Jésus, mon Époux, Vous êtes assis au plus haut des cieux, dans une
gloire et une félicité souveraines... Est-ce moi que j’aime ou est-ce
Vous? Oh! ce n’est pas moi que je veux aimer, c’est Vous, mon Bien-Aimé;
Vous êtes heureux à jamais; qu’importe ma peine? Je ne veux avoir que
des paroles de bénédiction; mon Bien-Aimé, Vous êtes heureux, je suis
heureuse aussi; pourrai-je me plaindre quand mon Bien-Aimé est
infiniment heureux pour l’éternité?»...
A un Trappiste,