du Lundi après le IIIe Dimanche de Carême
au Lundi après le IVe Dimanche de Carême
Nous ignorons si Charles de Foucauld fit réellement cette retraite à
Ephrem. Peut-être, méditant dans sa cellule ou dans la chapelle de
Sainte-Claire, à Nazareth, se transportait-il simplement en esprit à
Ephrem, pour écouter les enseignements de Notre-Seigneur, comme s’il
avait vécu au temps de la Vie publique, et joui, avec les apôtres et
Sainte Magdeleine, de la présence du Maître. Il se conforme ici au
conseil de Saint Ignace: «_Je verrai les personnes du mystère que je
médite. Je me tiendrai en leur présence comme un petit mendiant et un
petit esclave, indigne de paraître devant eux. Je les considérerai, je
les contemplerai, je les servirai dans leurs besoins avec tout
l’empressement et tout le respect dont je suis capable, comme si je me
trouvais présent. Ensuite je réfléchirai en moi-même, pour tirer de là
quelque profit._» (Exercices spirituels, seconde semaine.)
_Lundi, 3 h. du matin._--Mon Seigneur Jésus, merci de m’avoir éveillé,
merci de m’avoir appelé pour veiller avec Vous, entre la Sainte Vierge
et sainte Magdeleine. Que Vous êtes bon!... Tout sommeille encore, à la
maison et au dehors! Seul Vous veillez avec votre Mère et Votre
adoratrice fidèle... oh! que Vous êtes bon, mon Dieu, de m’avoir fait
lever et appelé à veiller, avec Vous, entre elles!... Vous, êtes
silencieux, à genoux; Vous priez votre Père, Vous Le contemplez, Vous
Lui offrez ces hommes pour lesquels Vous êtes venu sur la terre; ceux
qui Vous entourent d’abord, puis tous les autres, présents et futurs...
Votre Mère et sainte Magdeleine sont à genoux près de Vous, bien près de
Vous, contre Vous, un peu en arrière, de manière à Vous voir, et elles
Le contemplent en Vous, elles ne Vous perdent pas des yeux: muettes,
elles Vous adorent intérieurement, et leur âme s’abîme en Vous, en un
amour et une adoration sans fin. Leur cœur est partagé entre la
jouissance et la douleur: tantôt elles jouissent profondément de se
sentir si près de Vous, seules avec Vous, de Vous posséder, de Vous
avoir si près d’elles dans cette solitude et ce silence, pendant ces
heures de calme, de paix et de prière... tantôt une vision sanglante
passe devant leurs yeux, et elles se disent douloureusement: dans
vingt-cinq jours, où sera-t-Il? Entre ses bourreaux, lié, souffleté,
frappé, et, quelques heures après, tout ce Corps bien-aimé, que nous
adorons si doucement, ne sera plus qu’une plaque de sang. Il sera cloué
à une croix, et Il mourra!... Et alors, votre douleur, ô ma Mère, ô
Magdeleine, est grande comme la mer; vos yeux se mouillent, et, anges de
paix, vous pleurez amèrement... O ma Mère, Mère du Perpétuel Secours et
vous, ma mère sainte Magdeleine, mettez-moi entre vous pendant ces
heures de veille; je vous donne mon âme, faites-lui partager vos
sentiments, votre amour, vos joies et vos douleurs, faites-en ce qu’il
vous plaira, je ne vous demande qu’une chose, une seule chose pour elle:
servez-vous-en pour faire d’elle ce qui consolera le plus le Cœur de
Notre-Seigneur!... Je me remets à vous pour toujours, ô mes mères
bien-aimées; que je console Notre-Seigneur Jésus le plus possible
pendant tous les moments de ma vie!...
O mon Dieu, merci d’être à Vos pieds!... _Deficit anima mea._ Que Vous
êtes divinement bon! Vous m’aimez... n’est-ce pas folie de le penser?...
Vous, Dieu parfait, m’aimer, moi, créature si pauvre et, hélas! si
maligne, si lâche, tombant mille fois par jour; non, ce n’est pas folie,
c’est vérité, c’est la vérité de Votre Cœur divin, et Votre Amour est
loin de nos amours, et Votre cœur loin de nos cœurs!... Oui, c’est
vérité, Vous m’aimez, tout néant et misère que je suis... Vous nous le
dites, Vous daignez nous le dire, cela suffit..., mais, quand Vous ne me
l’auriez pas dit, le seul fait de me faire lever, de m’appeler pour
veiller avec Vous, entre Votre Mère et sainte Magdeleine, ne le
prouve-t-il pas assez? Oh! mon Dieu, que Vous êtes bon! que je suis
heureux! Mon Dieu je Vous aime, je Vous adore, faites-moi, mon Dieu,
avec votre Mère et sainte Magdeleine, me perdre et m’abîmer dans Votre
contemplation et Votre amour!...
_8 heures matin._--Nous sommes autour de Vous: la Sainte Vierge, sainte
Magdeleine, les apôtres, et cet être indigne et misérable à qui Vous
permettez de se tenir à Vos pieds. La chambre est close... aucun bruit
du dehors n’y parvient, si ce n’est le son de la pluie. Vous ouvrez la
bouche et Vous parlez, mon Dieu... tous Vous regardent, tous Vous
écoutent, avec quel amour et quel soin!... Vous avez, dites-Vous, encore
huit jours à passer à Ephrem, Vous en partirez mardi prochain, demain en
huit, pour aller en Galilée, où Vous ne ferez que passer, car vendredi
en quinze, Vous serez de retour à Béthanie, et vendredi en trois
semaines, jour de l’immolation de la Pâque, ce sera aussi le jour de
l’Immolation de l’Agneau de Dieu (ô Jésus, que dites-Vous?)... Pendant
ces huit derniers jours de retraite, Vous allez repasser avec Vos
enfants, qui font cercle autour de Vous, les principaux actes de Votre
vie... Vous êtes la _voie_, la _vérité_ et la _vie_. Vous serez
toujours, par Votre grâce et Vos sacrements, la _vie_ des âmes, et Vous
y verserez toujours largement cette vie; quant à la _vérité_ et à la
_voie_, Vous les avez données depuis trente ans, et Vous continuerez à
les donner à la terre jusqu’à l’Ascension: mais alors ce sera fini; il
faudra que la terre vive de souvenir, jusqu’à la fin des temps; _Vos
enseignements et Vos exemples_ sont ensemble tout à la fois et la _voie_
et la _vérité_.