HUMILITÉ

«Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur», avez-Vous dit, mon

Dieu..., et comme Vous nous en avez donné l’exemple!... Vous Dieu, Vous

Vous faites homme! Homme, Vous Vous faites le dernier de tous, un petit

ouvrier de ce petit Nazareth où j’ai le bonheur d’être, et, lorsque Vous

passâtes de la vie cachée à la vie publique, quelle humilité dans Vos

paroles et dans Vos actes, dans Vos enseignements et dans Vos

exemples... Quand Vous faites des miracles, Vous recommandez de n’en

rien dire... Quand Vous laissez voir à Vos apôtres Votre gloire, Vous

leur recommandez le silence jusqu’à Votre résurrection... On Vous

appelle chez un malade, Vous y allez aussitôt; on Vous demande une

chose, Vous la faites; on Vous persécute, Vous fuyez; en rien Vous ne

Vous montrez Dieu, Roi, Tout-Puissant; on Vous interpelle grossièrement,

Vous répondez doucement; on Vous chasse, Vous partez sans répliquer; on

Vous refuse l’hospitalité, Vous passez outre...; partout, Vous vous

faites petit... Et dans Vos enseignements: «Malheur aux riches, il leur

est plus difficile d’entrer au ciel qu’à un chameau de passer par le

trou d’une aiguille!... Le Fils de l’homme est doux et humble de cœur...

Si vous ne vous faites petits enfants, vous n’entrerez pas au royaume

des cieux... Ceux qui s’élèvent seront humiliés, ceux qui s’humilient

seront élevés... Toute élévation est en abomination devant Dieu... Ne

vous faites pas appeler Maîtres... Prenez les dernières places...

Celui-là sera le plus grand parmi vous qui se fera le plus petit et qui

sera le serviteur de tous les autres... Je me tiens parmi vous comme

celui qui sert... Je vous lave les pieds pour que vous vous fassiez de

même les uns aux autres... Si on vous donne un soufflet sur une joue,

tendez l’autre... Si on veut vous prendre injustement votre manteau,

donnez encore la tunique... Ne résistez pas au mal... Je ne cherche pas

la gloire des hommes...» Mon Dieu, qui avez toujours tellement enseigné

l’humilité par Vos paroles et par Vos exemples, que Vous en avez fait un

de Vos caractères les plus propres..., Vous qui, pourtant, étiez si

grand, apprenez-moi à être humble, à moi qui suis si petit!... Pour

Vous, l’humilité, c’était un exemple donné aux hommes, et Vous voyiez si

bien la différence qu’il y a de Créateur à créatures, que Vous vouliez

que Votre nature humaine rendît, quoiqu’elle ne fît qu’une seule

Personne avec Votre nature divine, l’hommage d’une humilité infinie à la

divinité dont Vous voyiez si clairement, dont Vous compreniez

parfaitement, sans ombre, la grandeur sans limite... Mais, si Vous avez

voulu être humble, combien dois-je l’être, moi pour qui, comme l’a dit

si bien saint Augustin: «l’humilité, c’est la vérité.» Oui, me voir

comme un néant, comme un ver de terre, comme pire qu’un démon par

certains côtés,--pas de toutes manières, mais d’une certaine manière,

par la multiplicité d’abus de Votre grâce, par le nombre de fois que je

Vous ai offensé après que Vous m’avez pardonné.--Comme, pour moi, cette

humilité est la vérité!... me défier de moi, moi qui tombe chaque jour,

à toute heure... avoir de bas sentiments de moi qui suis si misérable,

que je regarde mon passé ou mon présent, moi qui suis pauvre;... de bas

sentiments de mon esprit, moi qui me suis trompé si souvent!... de bas

sentiments de ma vertu, que je vois faillir tous les jours et succomber

si facilement devant de si petites tentations!

_Humble en pensées_, en me connaissant moi-même et regardant mes misères

passées et présentes, les défauts que j’ai, les vertus que je n’ai pas;

les infirmités que j’ai, les dons naturels que je n’ai pas;... en étant

humble de désirs, en n’ayant aucune ambition, aucun désir de l’estime

des hommes, mais, au contraire, le désir qu’ils soient dans la vérité,

qu’ils m’estiment à ma valeur c’est-à-dire comme un ver de terre et un

néant, une sorte de fou orgueilleux, lâche, bête et ingrat;... ne me

laissant aller à aucune rêverie (c’est du temps perdu), mais surtout à

aucune de ces rêveries mauvaises, pleines de vanité, d’esprit mondain,

d’orgueil et d’un mauvais levain d’ambition et d’élévation;... étant

défiant de moi, de mon jugement, de ma vertu, de mon courage;... en

attribuant à Dieu seul tout le bien qui peut être en moi, et à moi seul

tout le mal que je fais...

_Humble en paroles_, en parlant peu, en ne disant point de bien de moi,

en ne révélant pas, à moins de grande nécessité, le bien que Dieu fait

en moi; en ne disant rien qui puisse donner bonne opinion de moi aux

autres, à moins de grande nécessité; en cachant tout ce qui peut donner

bonne opinion de moi aux autres, les dons naturels et surnaturels

(encore que tous ne viennent nullement de moi, mais de Dieu seul);

cacher le bien que je fais, si Dieu en fait par moi. «Que ta main gauche

ignore ce qu’a donné la droite.» «Quand tu jeûnes, parfume tes cheveux.»

«Quand tu pries, ferme les portes, et que Dieu seul te voie.»... Parler

humblement, doucement, ne pas répondre hautainement à des paroles

hautaines, être humble et doux avec les petits et avec les grands,

devant les reproches et les louanges, devant les bienfaits et les

injures, les propositions flatteuses et les menaces, humble dans toutes

les paroles de la vie et humble devant la mort.

_Humble en actions_, ne croyant aucune action au-dessous de nous,

puisque Jésus a été trente ans, Joseph toute sa vie, charpentier: devant

cet exemple, regarder au contraire toute occupation comme encore trop

haute pour nous;... embrassons avec amour, avec empressement, toute

occasion de nous humilier, tout abaissement en imitation de

l’abaissement de Jésus, et parce que si nos péchés étaient connus des

hommes, rien ne leur paraîtrait assez vil pour nous;... fuyons toute

occupation, toute position élevée, parce que Jésus fut petit et méprisé,

et n’acceptons une élévation, quelle qu’elle soit, que si l’obéissance

nous y contraint, si nous voyons que c’est un devoir, la volonté

certaine de Dieu...

Écrits spirituels de Charles de Foucauld · 第 50 / 139 题