Combien nous devons demander la glorification de Dieu, notre sainteté et
celle du prochain, puisque nous sommes absolument sûrs de l’obtenir!...
Et, en effet, n’est-il pas naturel que Celui qui nous a aimés jusqu’à
tant souffrir pour nous, nous aime assez pour nous exaucer?... Quelle
responsabilité nous avons! Si nous ne prions pas assez, nous sommes
responsables de tout le bien que nous aurions pu faire par la prière et
que nous n’avons pas fait. Quelle terrible responsabilité! Mais, quelle
bonté de la part de Notre-Seigneur, de nous faire ainsi, en quelque
sorte, partager Sa puissance en donnant une telle valeur à nos prières!
St MATHIEU, 9, 22. «Ta foi t’a guérie», dit Notre-Seigneur à
l’hémorroïsse...
Nous le voyons, ce que Notre-Seigneur recommande par-dessus tout dans la
prière, c’est la foi. Il la recommande presque à chaque ligne...
Pourquoi? 1º parce que c’est ce qui nous manque le plus; 2º parce que,
quand elle nous manque, notre prière non seulement ne peut pas être
agréable à Dieu, mais Lui est injurieuse... Qu’elle nous manque, je ne
le vois que trop, hélas! par ma triste expérience. Elle me manque si
souvent pour deux causes: parce que je me regarde trop et je ne regarde
pas assez Dieu; j’ai les yeux sur mon indignité au lieu de les avoir sur
Sa bonté, sur Son amour, sur Son Cœur ouvert pour moi; et parce que je
regarde ma demande trop humainement; j’ai devant les yeux les
difficultés que présentent les grâces que je demande, leur impossibilité
à être atteintes par les hommes, les obstacles qui s’opposent à leur
accomplissement, au lieu d’avoir devant les yeux la toute-puissance de
Dieu à qui tout est facile!... Ayons donc sans cesse sous les regards
l’amour immense de Dieu pour nous, cet amour qui Lui a fait endurer de
telles souffrances pour chacun de nous, et qui Lui rend si doux, si
agréable, si naturel, de nous faire les plus grandes grâces (plus les
grâces sont grandes, plus Il lui est doux de nous les faire, c’est la
nature de l’amour), et cette facilité infinie avec laquelle Il peut
faire ce qui nous semble le plus difficile, le plus impossible.
St MATHIEU, ch. 14, 23. «Il monta sur la montagne, seul, pour y prier.
Et le soir venu, il était tout seul...»
--Notre-Seigneur prie seul, prie la nuit. C’est une habitude chez Lui...
Bien des fois l’Évangile nous répète: «Il se retira seul pendant la nuit
pour prier»... Aimons, chérissons, pratiquons à son exemple, la prière
nocturne et solitaire... Quand tout sommeille sur la terre, veillons et
faisons monter nos prières vers notre Créateur... S’il est doux d’être
en tête-à-tête avec ce qu’on aime au milieu du silence, du repos
universel et de l’ombre qui couvre la terre, combien est-il doux
d’aller, en ces heures, jouir du tête-à-tête avec Dieu!... Heures
d’incomparable félicité, heures bénies qui faisaient trouver à saint
Antoine les nuits trop courtes... heures où, pendant que tout se tait,
tout dort, tout est noyé dans l’ombre, je vis aux pieds de mon Dieu,
épanchant mon cœur dans Son amour, Lui disant que je L’aime, et Lui me
répondant que je ne L’aimerai jamais, si grand que soit mon amour,
autant qu’Il me chérit... Nuits fortunées que mon Dieu me permet de
passer en tête-à-tête avec Lui... O mon Seigneur et mon Dieu, faites-moi
sentir comme je le dois le prix de pareils moments! Faites-moi
«_delectare in Domino_»... Faites-moi, à Votre exemple, n’avoir pas de
plus chers moments, pas de plus vrai repos, pas d’heures plus suaves et
plus enviées que ces heures de prières nocturnes et solitaires!
Apprenez-moi, de plus, à prolonger ces heures où, pendant que tout
sommeille, je veille seul à Vos pieds, où, sans que personne sache ni
partage mon bonheur, je jouis, dans la solitude de la nuit, de la
présence de mon Dieu! O mon Dieu, si ces veilles solitaires et fortunées
pouvaient dévorer de plus en plus toutes mes nuits, que je serais
heureux!... Combien de saints ont eu ce bonheur: je sais bien que je ne
le mérite pas, mais je ne mérite aucune faveur et Vous m’en avez tant
fait, et je sais si bien que Vous m’aimez! Mon Dieu, si cela est, comme
je le pense, conforme à Votre volonté, faites-moi cette grâce, je Vous
le demande, par toutes les grâces que Vous m’avez déjà faites et par
Votre Cœur! Amen...
* * * * *
Notre-Dame du Perpétuel-Secours, vous que je n’ai jamais invoquée en
vain, obtenez-moi ce bienfait et ayez la main sur moi, pour m’empêcher
de dormir, comme je le fais si souvent, hélas! lorsque je suis aux pieds
de Notre-Seigneur et qu’Il m’invite à Le prier, à prier avec Lui, à
passer une heure en tête-à-tête avec Lui!...
St MATHIEU, ch. 17, v. 19. «Si vous aviez de la foi gros comme un grain
de sénevé, rien ne vous serait impossible.»
Nous pouvons tout par la prière. Si nous ne recevons pas, c’est, ou que
nous avons manqué de foi, ou que nous avons trop peu prié, ou qu’il
serait mauvais, pour nous, que notre demande nous soit accordée, ou que
Dieu nous donne quelque chose de meilleur que ce que nous demandons...
Mais jamais nous ne recevrons pas ce que nous demandons, parce que la
chose est trop difficile à obtenir: rien ne nous est impossible à
obtenir... N’hésitons pas à demander à Dieu même les choses les plus
difficiles, telles que les conversions des grands pécheurs, de peuples
entiers: demandons-les même d’autant plus qu’elles sont plus difficiles,
avec la foi que Dieu nous aime passionnément...; mais demandons avec
foi, avec insistance, constance, avec amour, avec bonne volonté... Et
soyons sûrs que si nous demandons ainsi et avec assez de constance, nous
serons exaucés en recevant la grâce demandée ou une meilleure.
... Demandons donc hardiment à Notre-Seigneur les choses les plus
impossibles à obtenir, quand elles sont pour Sa gloire, et soyons sûrs
que Son Cœur nous les accordera d’autant plus qu’elles semblent
humainement plus impossibles, car donner l’impossible à ce qu’Il aime
est doux à Son Cœur, et combien ne nous aime-t-Il pas?
St MATHIEU, ch. 17, v. 20. «Ce genre de démons ne se chasse que par la
prière et le jeûne.»
Non pas par des prières ou des jeûnes spéciaux, mais par une vie de
prière et de jeûne... Si donc nous voulons résister aux tentations du
démon, il nous faut, pour cela, mener une vie de prière et de jeûne: ce
sont les deux armes que Notre-Seigneur nous indique... Pour que notre
vie soit une vie de prière, il faut deux choses: d’abord qu’elle
renferme un temps suffisamment long consacré uniquement chaque jour à la
prière; ensuite, que pendant les heures consacrées à d’autres
occupations, nous restions unis à Dieu, conservant la pensée de Sa
présence, et tournant, par de fréquentes élévations, nos cœurs et nos
regards vers Lui...
St MATHIEU, ch. 18, v. 14. «Ainsi votre Père, qui est dans les cieux, ne
veut pas qu’aucun de ces petits périsse.»
Notre-Seigneur est venu pour chercher ce qui est perdu... Il laisse
quelques brebis qui sont au bercail pour courir après celle qui s’est
égarée... Faisons comme Lui, et puisque nos prières sont une force,
qu’elles sont certaines d’obtenir ce qu’elles demandent, courons, par
nos prières, à la recherche des pécheurs, faisons, par elles, l’œuvre
pour laquelle notre Divin Époux est venu sur la terre... Si nous ne
sommes pas voués à la vie apostolique, combien nous devons prier pour la
conversion des pécheurs, puisque la prière est presque le seul moyen
puissant, étendu, que nous ayons de leur faire du bien, d’aider notre
Époux dans son travail, de sauver Ses enfants, de tirer d’un péril
mortel ceux qu’Il aime passionnément, et qu’Il nous a, par son
testament, ordonné d’aimer comme Lui-même les aime!... Et si nous sommes
voués à l’apostolat, notre apostolat ne sera fructueux que si nous
prions pour ceux que nous voulons convertir, car Notre-Seigneur ne donne
qu’à celui qui demande, n’ouvre qu’à celui qui frappe... Pour que Dieu
mette de bonnes paroles sur nos lèvres, de bonnes inspirations dans nos
cœurs, la bonne volonté dans les âmes de ceux à qui nous nous adressons,
il faut la grâce de Dieu, et, pour la recevoir, il faut la demander...
Ainsi, quel que soit notre genre de vie, prions beaucoup, beaucoup pour
la conversion des pécheurs, puisque c’est pour eux surtout que
Notre-Seigneur travaille, souffre et prie...
Prions chaque jour de toute notre âme pour le salut et la sanctification
de ces enfants égarés mais bien-aimés de Notre-Seigneur, afin qu’ils ne
périssent pas, mais soient heureux; prions chaque jour pour eux,
longuement et de toute notre âme, pour que le Cœur de Notre-Seigneur
soit consolé par leur conversion et réjoui par leur salut...
St MATHIEU, ch. 21, v. 13. «Ma maison est une maison de prière; vous en
avez fait une caverne de voleurs.»
Ceci nous indique le respect infini que nous devons avoir pour toute
église, chapelle; avec quel recueillement, quel respect, il faut nous y
tenir; et si ce recueillement était obligatoire jadis, combien plus il
l’est maintenant que Notre-Seigneur réside dans nos Tabernacles...
La parole de Notre-Seigneur nous dit encore autre chose, elle s’applique
à notre âme: notre âme, aussi, est une maison de prière; la prière doit,
sans interruption, s’élever d’elle vers le ciel, comme une fumée
d’encens, et combien de fois, hélas! les distractions, les pensées
terrestres, les pensées qui ne sont pas pour la plus grande gloire de
Dieu, les pensées mauvaises même, l’occupent, la remplissent de bruit,
de trouble et de souillures, et en font une caverne de voleurs!...
Efforçons-nous de toute notre puissance de faire que notre esprit soit
toujours occupé de Dieu ou de ce qu’Il nous charge de faire pour Son
service; et même, qu’en faisant ce dont Il nous charge, nous jetions
sans cesse un regard vers Lui, sans jamais détacher le cœur en aucune
façon, et les yeux le moins possible, n’attachant nos yeux à nos
occupations qu’autant que c’est nécessaire, et notre cœur pas du tout:
que Dieu soit le Roi de nos pensées, le Seigneur de nos pensées, que Sa
pensée ne nous quitte pas et que tout ce que nous disons, faisons,
pensons, soit pour Lui, soit dirigé par Son amour. Rappelons-nous
l’expression «dame des pensées» et qu’ainsi notre âme soit toujours une
maison de prière, jamais une caverne de voleurs. Que rien d’étranger n’y
ait accès; qu’aucune chose profane n’y entre, même en passant. Qu’elle
s’occupe sans cesse de son Bien-Aimé... Quand on aime, on ne perd pas de
vue ce qu’on aime...
St MATHIEU, 21, 16 «... et les enfants... criaient dans le temple:
Hosanna au Fils de David.»
Notre-Seigneur approuve les enfants qui chantent: «Hosanna au Fils de
David». Il approuve donc, Il veut qu’on Le loue... Il ne Lui suffit pas
qu’on Le remercie, qu’on Lui demande pardon, qu’on Le prie d’accorder
des grâces; ces trois mots: «merci, pardon, secourez-nous», si
indispensables, et qui doivent être à tout instant dans nos cœurs et sur
nos lèvres, ne suffisent pas pour Le prier comme nous le devons: il faut
encore Le louer. Louer, c’est exprimer son admiration et, en même temps,
son amour, car l’amour est inséparablement uni à une admiration sans
réserve. Donc, louer Dieu, c’est se fondre à Ses pieds en paroles
d’admiration et d’amour, c’est Lui répéter sous toutes les formes qu’Il
est infiniment parfait, infiniment aimable, infiniment aimé, que Sa
beauté, notre admiration et notre amour sont sans mesure; c’est Lui dire
sans fin, Lui dire sans pouvoir mettre de terme à une si douce
déclaration, qu’Il est beau et que nous L’aimons.
Combien la louange fait partie essentielle de l’amour; combien, par
conséquent, elle fait indispensablement partie de nos devoirs envers
Dieu: c’est facile à voir... Mais il est une deuxième cause pour
laquelle nous devons à Dieu la louange: c’est que, nous permettre de la
Lui adresser, c’est de Sa part une incomparable faveur: permettre à
quelqu’un de nous dire, de nous répéter sous toutes les formes qu’il
nous aime, n’est-ce pas la plus grande faveur que nous puissions lui
faire? N’est-ce pas lui dire que son amour nous plaît, nous est
agréable, n’est-ce pas lui dire presque que nous l’aimons aussi?... Dieu
nous permet de nous tenir à Ses pieds, murmurant sans fin des paroles
d’admiration et d’amour: quelle grâce! quelle bonté, quel bonheur!...
Mais, quelle ingratitude si nous méprisions une telle faveur! Ce serait
la mépriser que de n’en pas profiter, et non seulement Dieu nous permet
ce bonheur des bonheurs, mais Il nous l’ordonne: Il nous ordonne de Lui
dire que nous L’admirons et que nous L’aimons, et nous ne répondons pas
à une invitation si précieuse et si douce? quelle ingratitude! quelle
indignité! quelle grossièreté, quelle monstruosité! Mon Seigneur et mon
Dieu, apprenez-moi à trouver toute ma joie à Vous louer, c’est-à-dire à
Vous répéter sans fin que Vous êtes infiniment parfait et que je Vous
aime infiniment: «_Delectare in Domino et dabit tibi petitiones tuas_»
avez-Vous dit. Apprenez-moi à me délecter en Vous, dans la vue de Vos
infinies beautés et le murmure amoureux et incessant, à Vos pieds, de
Vos louanges!... Sainte Magdeleine, obtenez-moi la grâce de louer
Notre-Seigneur, notre Maître commun, comme Il veut que je le fasse!...
St MATHIEU, ch. 26, v. 36. «Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas
prier.»
Que fait Notre-Seigneur pendant la dernière heure qui précède Son
arrestation et le commencement de Sa Passion? Il se retire seul, pour
prier... Ainsi, quand nous avons une grave épreuve à supporter, un
danger, une souffrance à affronter, passons dans la prière, la prière
solitaire, les derniers moments, la dernière heure qui nous en
séparent[2]. Dans tout événement grave de notre vie, faisons ainsi:
préparons-nous y, cherchons force, lumière, grâce pour nous y bien
conduire en employant à prier, et à prier seul, la dernière heure, le
dernier moment qui nous en séparent...
[2] Charles de Foucauld passa dans ce silence qu’il recommande ici,
les dernières heures qui précédèrent sa mort violente.