Télémaque lui répondit:

--Vois toi-même, père chéri, car on dit que nul mortel ne peut te le

disputer en sagesse.

Ulysse répliqua:

--Eh bien! voici quel parti me semble le meilleur: baignez-vous et

revêtez ensuite vos tuniques, puis ordonnez aux femmes de se parer;

que l'aède divin conduise la danse joyeuse, afin que ceux qui passent

dans la rue, entendant la lyre harmonieuse, croient que nous célébrons

un hymen. Ainsi la nouvelle du massacre des prétendants ne se répandra

pas dans la ville avant que nous n'ayons gagné nos campagnes aux riches

vergers. Là, Zeus nous inspirera.

Il dit et tous obéirent. Bientôt le vaste palais retentit du bruit

cadencé de la danse joyeuse, et ceux qui du dehors l'entendait,

disaient ainsi:

--Certes, l'un des princes a épousé cette reine si recherchée.

L'infortunée s'est lassée d'attendre le retour de l'époux de sa

jeunesse.

Cependant Eurynomé baigna Ulysse; elle le parfuma d'essence et

le revêtit d'un manteau magnifique et d'une tunique éclatante de

blancheur; puis Minerve répandit sur la tête du héros une majestueuse

beauté, déroulant sur ses puissantes épaules les boucles de ses cheveux

pareils à la fleur de l'hyacinthe. Alors, semblable aux Immortels,

il revint s'asseoir en face de son épouse à laquelle il adressa ces

paroles ailées:

--Femme divine, ton cœur est plus insensible que celui d'aucune autre

mortelle; quelle autre femme pourrait se tenir éloignée d'un époux

rentrant dans sa patrie après vingt années d'absence? Mais allons,

nourrice, apprête un lit afin que je me couche seul, car sa poitrine

renferme un cœur de pierre.

La prudente Pénélope lui répondit:

--Divin héros, je ne méprise ni n'admire avec excès, et je sais bien

quel tu étais lorsque tu t'éloignas d'Ithaque sur un vaisseau aux

longues rames. Mais allons Euryclée, apprête le lit robuste qu'il a

construit lui-même et porte-le dans l'appartement après l'avoir garni

de peaux et de tapis brillants.

Elle parlait ainsi pour éprouver son époux; mais Ulysse irrité lui dit

aussitôt:

--Femme, ce que tu viens de dire afflige mon cœur. Qui donc a déplacé

mon lit? Un dieu seul aurait pu le faire, car ce lit façonné par moi

porte un signe remarquable. Le rejeton puissant d'un olivier aux larges

feuilles avait poussé dans la cour, je traçai et bâtis une chambre

tout autour, puis coupant le tronc près de la racine et le travaillant

habilement, j'en fis le pied d'un lit que je sculptai avec patience,

l'incrustant d'or, d'argent et d'ivoire. J'ignore, femme, si ce lit est

encore en place ou si quelque mortel a coupé l'olivier.

Il dit, et Pénélope sentit défaillir son cœur, car elle reconnaissait

les signes décrits par Ulysse. Elle courut droit à lui en pleurant et

jetant ses bras autour du cou du héros, elle baisa sa tête et lui dit:

--O Ulysse, ne t'irrite point contre moi, toi qui es en toutes choses

le plus sage des hommes, et ne me blâme pas si je ne t'ai point

embrassé dès que je t'ai vu. Mon cœur craignait d'être trompé par

les discours d'un fourbe. Jamais Hélène l'Argienne ne se serait unie

d'amour à un héros étranger si elle avait su qu'elle rentrerait un jour

dans sa chère patrie. Mais, maintenant que tu as décrit exactement des

choses qu'Ulysse seul pouvait connaître, tu persuades mon cœur, malgré

toute sa défiance.

Elle dit, et ses paroles augmentèrent l'attendrissement d'Ulysse

qui pleurait en embrassant sa chère et vertueuse épouse. Pénélope

contemplait avec ravissement son époux et ses beaux bras blancs ne

pouvaient se détacher de son cou. L'Aurore aux doigts de rose les

aurait trouvés pleurant encore si Minerve n'avait eu la pensée de

prolonger la nuit qui touchait à son terme.

Cependant l'ingénieux Ulysse dit à son épouse:

--Femme, l'avenir nous réserve encore un labeur immense que je dois

accomplir tout entier. L'âme de Tirésias me l'a prédit le jour où je

descendis aux enfers pour l'interroger sur mon retour. Mais viens,

femme, allons dans notre couche goûter les douceurs du sommeil.

La prudente Pénélope lui répondit:

--Ta couche est prête à te recevoir, mais dis-moi quelle est cette

épreuve, puisque je dois la connaître un jour, autant vaut que j'en

sois instruite dès à présent.

Ulysse lui dit alors:

--Femme divine, je ne te cacherai rien; ton cœur cependant ne se

réjouira point et je ne me réjouis pas moi-même, car Tirésias m'a

ordonné de parcourir de nombreuses cités, portant avec moi une large

rame jusqu'à ce que j'arrive chez des peuples ne connaissant pas la

mer, ni le sel dans les aliments, ni les navires aux flancs rouges, ni

les larges rames qui sont les ailes des vaisseaux. Alors, un voyageur

venant à ma rencontre, me dira que je porte un van sur mon épaule

glorieuse; je planterai en terre la large rame et j'offrirai à Neptune

un bélier, un taureau et un sanglier, puis je retournerai dans ma

demeure. Là, j'immolerai de saintes hécatombes aux dieux immortels, et

loin de la mer, la douce mort viendra me visiter.

Pénélope lui répondit:

--Espérons qu'après tes souffrances, les dieux te donneront une

vieillesse heureuse!

C'est ainsi qu'ils s'entretenaient et bientôt ils gagnèrent

l'appartement élevé où ils retrouvèrent avec joie leur lit magnifique.

Bientôt après, Télémaque, le bouvier et le porcher firent cesser les

danses, ils ordonnèrent aux femmes de regagner les appartements et

allèrent eux-mêmes se coucher.

Cependant les deux époux se charmaient mutuellement par leurs récits.

Pénélope divine entre les femmes racontait ses longues souffrances,

les tristesses de sa solitude, et le noble Ulysse redisait ses luttes

héroïques et ses maux nombreux.

Pénélope l'écoutait ravie et le sommeil fuyait ses paupières. Il dit

d'abord comment les Ciconiens furent domptés et l'arrivée de ses

vaisseaux sur les rives fleuries des Lotophages; puis la cruauté du

Cyclope et de quelle façon il vengea ses compagnons. Il dit aussi

comment il avait été reçu chez Eole; son entrée dans Télépyle, la cité

des Lestrygons géants. Il raconta également les ruses de l'artificieuse

Circé, puis sa descente aux enfers pour consulter l'âme du Thébain

Tirésias; comment il avait entendu le chant des Sirènes et comment il

avait évité la terrible Charybde et la funeste Scylla; comment ses

compagnons avaient immolé les génisses du soleil; comment Zeus avait

frappé son rapide vaisseau et comment, échappant seul au noir destin,

il était arrivé dans l'île d'Ogygie chez Calypso aux belles tresses qui

lui promettait l'immortalité, voulant faire de lui son époux; comment

enfin les Phéaciens, l'honorant comme un dieu, l'avaient reconduit dans

sa chère patrie après l'avoir comblé de présents.

A ce moment de son récit, le doux sommeil qui fait oublier descendit

sur leurs paupières.

Quand l'Aurore au trône d'or sortit du sein de l'Océan, Ulysse se leva

et adressa ces paroles à son épouse:

--Femme, dès que le Soleil montera à l'horizon, la Renommée parlera des

prétendants que j'ai immolés dans ce palais. Je vais donc me rendre

dans mes campagnes aux riches vergers pour revoir aussi mon vieux père,

le noble Laërte qui pleure toujours mon absence. Pour toi, renferme-toi

avec tes femmes dans tes appartements et ne te laisse interroger par

personne.

Il dit, et revêtit ses armes magnifiques; puis il fit lever Télémaque,

le bouvier et le porcher. Bientôt, tous armés, ils franchirent

les portes, et Minerve, les enveloppant d'un nuage, les conduisit

rapidement hors de la ville.

[Illustration]

Chant XXIV

LAERTE

[Illustration]

[Illustration]

Ulysse et les siens gagnèrent rapidement les belles campagnes cultivées

par Laërte. Au milieu d'un riche verger s'élevait sa riante demeure;

elle était entourée d'une galerie ouverte où se tenait, dans la

belle saison, le maître et les esclaves qu'il employait. Une vieille

Sicilienne vivait également près de lui et soignait le vieillard avec

zèle.

Alors Ulysse, s'adressant à son fils et à ses serviteurs leur dit:

--Vous, entrez maintenant dans cette demeure et préparez notre repas.

Pour moi, je vais au devant de mon père.

Il dit et se débarrassa de ses armes; puis il se dirigea vers le vaste

jardin sans rencontrer aucun des serviteurs de Laërte, Dolios, ou l'un

de ses fils, car ceux-ci s'occupaient à rassembler des épines pour

former la haie du verger. Il trouva son père occupé à creuser la terre

autour d'une plante; il était vêtu d'une tunique sale, misérable et

rapiécée; à ses jambes étaient des cnémides de peau de bœuf qui le

garantissaient des broussailles; de vieux gants protégeaient ses mains

contre les épines des buissons et une cape de peau de chèvre couvrait

sa tête vénérable. Une profonde tristesse accablait le vieillard. Dès

qu'Ulysse l'aperçut, il s'appuya contre un haut poirier et ne put

retenir ses larmes. Il délibéra dans son cœur, s'il embrasserait son

père et le serrerait entre ses bras ou s'il l'éprouverait d'abord.

S'arrêtant à ce dernier parti, il alla droit à Laërte et lui dit:

--O vieillard, tu possèdes l'art de cultiver un jardin, car ici tout

est bien soigné. Mais je te dirai,--et que ton cœur ne s'irrite point

de mes paroles--que de toi-même, tu ne prends pas les soins que tu

prodigues à tes vergers. Tes vêtements sont misérables et cependant tu

n'es point un serviteur que son maître néglige à cause de sa paresse,

car rien dans ton air n'annonce un esclave; tu ressembles plutôt à un

roi. Mais allons, parle-moi franchement, de qui es-tu le serviteur,

pour qui cultives-tu ce jardin? et dis-moi également si réellement

nous sommes arrivés à Ithaque, comme me l'affirmait tout à l'heure un

homme qui n'avait pas l'air d'être fort sensé, car il n'a pu me dire si

mon hôte vivait encore ou s'il était déjà descendu dans les demeures

de Pluton. Jadis en effet, j'accueillis dans ma patrie bien-aimée un

homme qui me fut plus cher qu'aucun autre; il disait avoir pour père le

fils d'Arcésius, le noble Laërte, roi d'Ithaque. Je lui fis de nombreux

présents d'hospitalité: sept talents d'or, un cratère d'argent ciselé

de fleurs, douze manteaux, autant de tapis, de voiles et de tuniques.

Je lui donnai, en outre, quatre femmes belles et habiles en travaux

irréprochables.

Le vénérable Laërte lui répondit, en versant des larmes:

--Etranger, tu es dans le pays que tu demandes, mais il est aux mains

d'hommes injustes et insolents; tu n'aurais pas prodigué en vain tant

de présents si tu avais trouvé vivant parmi le peuple d'Ithaque,

celui auquel tu avais offert une hospitalité généreuse. Mais allons,

dis-moi bien exactement combien il y a d'années que tu reçus mon fils,

et dis-moi qui tu es, quels sont tes parents et quel est le vaisseau

rapide qui t'a amené ici avec tes divins compagnons?

L'ingénieux Ulysse lui répondit:

--Je suis d'Alybas; mon père est Aphidas, fils du roi Polypémon et

mon nom est Epérite. Une divinité éloigna mon vaisseau de la Sicanie

et le conduisit à l'extrémité de cette île. Cinq années se sont

écoulées depuis qu'Ulysse a quitté ma patrie; les présages lui furent

favorables, je l'accompagnai joyeux tandis que lui-même joyeusement

se mettait en route, et nos cœurs espéraient que l'hospitalité nous

réunirait encore.

Il dit, et la sombre douleur envahissait plus encore le cœur de

Laërte. Prenant dans ses mains de la terre, il la répandit sur sa tête

blanche. A ce spectacle, Ulysse profondément ému, s'élança vers son

père bien-aimé, le serra dans ses bras et lui dit:

--Mon père me voici; je suis celui dont tu déplores l'absence depuis

vingt années; donc cesse de pleurer, car je dois te le dire, nous

devons nous hâter. J'ai tué les prétendants dans mon palais pour me

venger de leurs outrages.

Laërte lui répondit:

--Si tu es Ulysse, mon fils, dis-moi quelques signes certains pour me

convaincre.

L'ingénieux Ulysse lui dit alors:

--Vois d'abord la cicatrice que m'a faite la blanche défense d'un

sanglier lorsque j'allai sur le Parnèse voir Autolycus, le père de ma

mère chérie. De plus, je vais te nommer les arbres que tu me donnas

jadis quand tout enfant, je te suivais au jardin. Tu me donnas d'abord

treize poiriers, dix pommiers et quarante figuiers; puis tu me promis

en outre, cinquante rangées de vignes entre lesquelles le blé mûrissait.

Il dit et Laërte sentit fléchir ses genoux. Il prit dans ses bras son

fils bien-aimé et le héros soutint contre son cœur son père près de

défaillir. Quand Laërte reprit ses sens, il s'écria:

--Zeus puissant, il y a donc encore des dieux dans le haut Olympe,

s'il est vrai que les prétendants ont payé de leur vie leur odieuse

insolence. Mais maintenant, je crains que bientôt tous les habitants

d'Ithaque n'arrivent ici et n'envoient des messagers dans les cités des

Céphalléniens.

Ulysse lui répondit:

--Aie confiance, bannis ces craintes de ton esprit; et maintenant

allons dans ta maison retrouver Télémaque qui nous prépare un repas

réconfortant.

Quand ils furent près de la demeure superbe, ils trouvèrent Télémaque

avec le bouvier et le porcher, préparant les viandes et mélangeant le

vin noir.

La servante sicilienne baigna le magnanime Laërte, le parfuma

d'essences, le revêtit d'un manteau magnifique, et Minerve fit paraître

aussitôt le pasteur des peuples plus grand et plus majestueux qu'il

n'était auparavant. En le voyant semblable à un Immortel, son fils

chéri, frappé d'admiration, lui adressa ces paroles ailées:

--O mon père, certes quelqu'un des dieux immortels t'a donné cette

taille majestueuse!

Le sage Laërte répondit:

--O Zeus, et vous Minerve et Apollon, si seulement, redevenu tel que

j'étais jadis lorsque je pris Néricum, je m'étais trouvé hier avec toi

pour combattre les prétendants, j'aurais fait fléchir les genoux de

plus d'un d'entre eux et ton cœur se serait réjoui!

C'est ainsi qu'ils s'entretenaient et les préparatifs du repas étant

terminés, ils prirent place sur des sièges polis. Le vieux Dolios et

ses fils, que l'esclave sicilienne était allée appeler dans les champs

s'avancèrent vers eux. Reconnaissant Ulysse, ils s'arrêtèrent frappés

de surprise. Le héros leur adressa ces douces paroles:

--Vieillard, viens t'asseoir à cette table et cessez tous de vous

étonner, car nous sommes impatients de commencer le repas.

Il dit, et Dolios lui prit les mains et les baisa, puis il prononça ces

paroles ailées:

--O ami, puisque te voilà revenu, comme nous le désirions grandement

sans oser toutefois l'espérer, je te souhaite bonheur et prospérité.

Puis il s'assit; les enfants du vieillard firent de même et prirent

place à la table du noble Laërte.

Cependant la Renommée, rapide messagère, parcourait la cité, racontant

le trépas funeste des prétendants. A cette nouvelle, le peuple

accourut devant la demeure d'Ulysse et bientôt les parents et les amis

emportèrent les cadavres, les uns pour les ensevelir, les autres,

qu'ils placèrent sur de rapides navires, pour les reconduire dans leur

patrie, puis ils se rendirent en foule à l'assemblée. Là, Eupithès,

père d'Antinoos, prit la parole le premier:

--O amis, cet homme est le fléau des Achéens. Jadis il emmena nos plus

braves guerriers sur ses vaisseaux. Les vaisseaux sont perdus et nos

concitoyens sont morts. Et voici qu'à son retour, il a massacré les

plus nobles d'entre les Céphalléniens. Ce serait un opprobre pour nous

de ne pas punir le meurtrier de nos fils et de nos frères; pour moi, du

moins, la vie serait sans charme. Marchons donc et ne lui laissons pas

le temps de traverser la mer.

Il dit ainsi en pleurant et la pitié saisit tous les Achéens. Cependant

Médon, ainsi que Phémios le chanteur divin, sortirent du palais

d'Ulysse; ils s'avancèrent au milieu de l'assemblée, et tous furent

frappés de stupeur. Le sage Médon leur tint alors ce discours:

--Ecoutez-moi, habitants d'Ithaque, c'est avec la volonté des dieux

immortels qu'Ulysse a pu accomplir ces actions; moi-même j'ai vu aux

côtés du héros la divinité qui guidait son bras et jetait la terreur

parmi les prétendants.

Il dit, et la pâle crainte s'empara d'eux tous. Alors le vieillard

Halitherse, fils de Mastor, prit la parole à son tour, car lui seul

voyait dans l'avenir.

--Habitants d'Ithaque, écoutez ce que j'ai à vous dire: si ces choses

sont arrivées, c'est par votre méchanceté, car c'est un grand crime

de dévorer les biens et d'outrager l'épouse d'un noble héros. Ecoutez

ma voix et suivez mon conseil: ne marchons pas si nous ne voulons pas

aggraver le malheur qui est déjà sur nous.

Il dit et plus de la moitié des citoyens demeura sur la place; les

autres se levèrent avec tumulte et coururent aux armes. Eupithès

marchait à leur tête, mais il ne devait plus revenir en ces lieux.

Cependant Minerve adressa ces paroles à Zeus:

--Mon père, réponds à ma prière: laisseras-tu aller plus loin cette

guerre funeste ou rétabliras-tu l'amitié entre les deux partis?

L'assembleur de nuées lui répondit:

--Mon enfant, n'as-tu pas décidé toi-même qu'Ulysse punirait ses

ennemis? Puisqu'aujourd'hui sa vengeance est accomplie, qu'on immole

des victimes, gages du serment fidèle et qu'il règne en paix parmi ses

sujets.

A ces paroles, Minerve s'élança rapide et descendit des sommets de

l'Olympe.

Quand Ulysse et les siens eurent apaisé le désir de la nourriture douce

au cœur, le héros prit la parole:

--Que l'un d'entre vous s'assure si nos ennemis sont déjà près d'ici.

Il dit et l'un des fils de Dolios se leva et dès le seuil, il vit

une troupe qui s'approchait. S'adressant à Ulysse, il dit ces paroles

ailées:

--Les voilà près d'ici, armons-nous au plus vite!

Les compagnons d'Ulysse et les six fils de Dolios revêtirent leurs

armes; Laërte et Dolios malgré leurs cheveux blancs prirent également

une armure, et la petite troupe s'avança ayant Ulysse à sa tête.

Minerve s'approcha d'eux sous les traits de Mentor; Ulysse l'apercevant

se réjouit et adressa ces mots à Télémaque, son fils chéri:

--Télémaque, songe à ne pas déshonorer la race de tes pères qui jusqu'à

ce jour a brillé par son courage.

Le sage Télémaque répondit:

--Père chéri, tu verras que mon cœur ne déshonorera point ta race.

Laërte se réjouit et dit à son tour:

--Dieux amis! que cette journée est belle pour moi! mon fils et mon

petit-fils disputent ensemble de valeur.

Minerve alors s'approcha du vieillard et lui dit:

--Fils d'Arcésius, adresse tes vœux à la déesse aux yeux bleus, fille

de Jupiter et lance ton javelot avec force.

En parlant ainsi, elle lui inspira une grande énergie et Laërte lança

son javelot qui atteignit Eupithès. L'airain le traversa d'outre en

outre; il tomba avec bruit et ses armes retentirent sur lui. Ulysse et

les siens fondirent avec impétuosité sur les premiers combattants. Ils

allaient les immoler tous, quand Minerve fit entendre sa puissante voix:

--Habitants d'Ithaque, cessez ce funeste combat et ne versez plus de

sang.

La pâle crainte s'empara aussitôt de tous les cœurs; ils laissèrent

tomber à terre leurs armes et s'enfuirent vers la ville. Minerve alors

adressa ces paroles à Ulysse:

--Noble fils de Laërte, industrieux Ulysse, cesse de combattre, de

peur que Zeus à la voix terrible ne s'irrite contre toi.

Elle dit et le héros se réjouissant en son cœur, lui obéit. Alors

Pallas Athéné, semblable à Mentor dont elle avait pris les traits et la

voix, immola les victimes, gages sacrés du serment de paix, entre les

deux partis.

[Illustration]

[Illustration]

[Illustration]

Table

Pages.

CHANT PREMIER.--Ithaque 1

-- II.--Télémaque 17

-- III.--Pylos 31

-- IV.--Lacédémone 47

-- V.--Calypso 77

-- VI.--Nausicaa 95

-- VII.--Alcinoüs 109

-- VIII.--Jeux 123

-- IX.--Le Cyclope 145

-- X.--Circé 169

-- XI.--Ulysse aux Enfers 193

-- XII.--Charybde et Scylla 215

-- XIII.--Retour à Ithaque 235

-- XIV.--Eumée 253

-- XV.--Retour de Télémaque 273

-- XVI.--Ulysse et Télémaque 295

-- XVII.--Les Prétendants 317

-- XVIII.--Pénélope 343

-- XIX.--Euryclée 365

-- XX.--Funestes Présages 389

-- XXI.--L'Arc d'Ulysse 407

-- XXII.--Le Massacre 427

-- XXIII.--Ulysse et Pénélope 449

-- XXIV.--Laërte 465

TABLE 483

[Illustration]

_Imprimerie des Nouvelles Collections Guillaume_

E. GUILLAUME, DIRECTEUR

Borel.--110, avenue d'Orléans, Paris.

[Illustration: "PAPYRUS"]

Notes de transcription

Les mots suivants ont été remplacés.

Page 104: «hyacinte» remplacé par «hyacinthe» (Semblables à la fleur de

l'_hyacinthe_, ses cheveux ... )

Page 144: «Phéacéens» remplacé par «Phéaciens» (Alcinoüs entendant ses

profonds soupirs, dit aux _Phéaciens_, amis de la ... )

Page 155: «nons» remplacé par «nous» (nous _nous_ sauvâmes au fond de

l'antre)

Page 172: «navigâmes» remplacé par «naviguâmes» (et nous _naviguâmes_

jour et nuit;)

Page 176: «matetelots» remplacé par «matelots» (j'excitai mes

_matelots_ à se courber)

Page 182: «donné» remplacé par «donnée» (et, me l'ayant _donnée_, ...)

Page 183: «supliante» remplacé par «suppliante» (et _suppliante_, me

dit ...)

Page 190: «Erète» remplacé par «Erèbe» (alors te tournant vers

l'_Erèbe_, et étendant ...)

Page 202: «rassassier» remplacé par «rassasier» (me _rassasier_ de

larmes amères ...)

Page 205: «pourvoieront» remplacé par «pourvoiront» (Les dieux et vous,

nobles Phéaciens, _pourvoiront_ à mon départ.)

Page 209 (a): «parle» remplacé par «parler» (et il n'est pas bon de

_parler_ en vain.); et (b): «de» remplacé par «des» (nous versions _des_

larmes abondantes.)

Page 229: «il» remplacé par «ils» (_ils_ préparèrent le repas du soir)

Page 284: «pocher» remplacé par «porcher» (la cabane du _porcher_;)

Page 290: «navigâmes» remplacé par «naviguâmes» (et nous _naviguâmes_

jour et nuit;)

Page 345: «rassassier» remplacé par «rassasier» (et buvait sans pouvoir

_rassasier_ son ventre insatiable.)

Page 410: «arrivé» remplacé par «arrivée» (Lorsque Pénélope fut

_arrivée_ ...)

Page 443: «mon» remplacé par «ton» (je venais chanter dans ta demeure

pendant _ton_ absence.)

Page 464: «ausssi» remplacé par «aussi» (pour revoir _aussi_ mon vieux

père)

Page 471: «sceptacle» remplacé par «spectacle» (A ce _spectacle_, Ulysse

profondément ému)

Page 477: «Halithersès» changé par «Halitherse» (Alors le vieillard

_Halitherse_, fils de Mastor ...)

L'Odyssée(#52927) · 第 14 / 14 段